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L'épreuve d'Abraham et la question de l'héritier

Pourquoi le texte parle d'épreuve pour Abraham seulement, et qui, d'Isaac ou d'Ismaël, prolonge la lignée.

30 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Sarah, la première acquisition sur la terre, 26 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Chalom, nous continuons notre étude du livre de Béréchit, et nous sommes au chapitre Kaf-Bet, c'est-à-dire le chapitre 22, qui relate l'épisode de la Akedat Yitzhak, que l'on traduit en général en français par « le sacrifice d'Isaac ». En fait, il n'y a ici aucun sacrifice, puisque Yitzhak est simplement ligoté, et finalement il n'est pas sacrifié. Ce que signifie le terme hébreu Akedat Yitzhak, c'est le ligotage d'Isaac.

Cette épreuve est assez surprenante si l'on se demande à quoi elle sert. Nous avons vu la dernière fois une des interprétations, celle du Rachbam, qui lit l'événement de la Akeda à la lumière du traité de paix conclu entre Abraham et Avimélekh. Cette fois-ci, nous allons voir d'autres interprétations. Je reprends ici le premier verset, le verset Aleph: Vayehi ahar devarim haéleh.

Ce fut après ces choses-là, veha-Elohim nissa et Avraham, et Dieu mit Abraham à l'épreuve. Vayomar elav Avraham, il lui dit: Avraham. Vayomer hineni, il répondit: me voici. Alors, quelles sont les paroles qui ont suscité la Akeda ? Ahar hadevarim haéleh, après ces paroles-là. D'après une des interprétations,, c'étaient les paroles d'Ismaël, le frère d'Isaac, fils d'Abraham.

Ismaël dit à Isaac: moi, j'ai plus de mérite que toi, parce que je me suis fait circoncire à treize ans, à un âge où je pouvais m'opposer, et pourtant j'ai quand même fait la mitsva. Tandis que toi, on t'a circoncis à l'âge de huit jours, tu n'étais pas capable de t'opposer, tu n'as donc aucun mérite. Isaac lui aurait répondu: comment oses-tu rivaliser avec moi à cause d'un seul organe, alors que moi, si Dieu me demandait de me sacrifier tout entier, je le ferais avec joie. Et après ces paroles-là, Dieu a mis Abraham à l'épreuve.

C'est-à-dire, en d'autres termes, si l'on prétend effectivement être Israël, il faut le prouver, et la preuve, c'est justement la capacité de se donner entièrement. Est-ce que cela veut dire que l'épreuve doit être achevée, concrétisée ? Est-ce qu'il faut vraiment donner sa vie ? Non, puisque finalement, ce qui s'est passé, c'est que Dieu s'est contenté de l'intention d'Isaac. Mais dans l'histoire, chez les descendants d'Isaac, il y a eu parfois des cas de Mesirout Nefesh, de don de soi, qui ont abouti également au sacrifice de la vie, purement et simplement.

En tout cas, Vayehi ahar devarim haéleh, c'est après cette rivalité entre Isaac et Ismaël. La question se pose: où les rabbins du Talmud sont-ils allés chercher tout cela ? D'où ont-ils trouvé qu'il y aurait eu un entretien entre Ismaël et Isaac ? C'est tout simple. Étant donné que l'objet de la Akeda, c'est de désigner qui est le véritable fils d'Abraham,

en filigrane se cache la rivalité avec Ismaël, que nous allons voir de manière bien claire dans l'analyse du texte. Je reprends ici le premier verset: ce fut après ces paroles-là que Elohim éleva Abraham. Nissa peut vouloir dire « mettre à l'épreuve », mais peut vouloir dire aussi « hisser ». Nes, c'est une hampe, quelque chose qui soulève; en hébreu, cela s'appelle nes. Il a donc élevé Abraham.

Remarquez que le terme employé est Elohim. Elohim, c'est la Midat HaDin, la mesure de la rigueur, qui n'est pas la conception que Dieu a d'Abraham, ni celle qu'Abraham a de Dieu. D'habitude, Abraham connaît Dieu comme le généreux, celui qui donne. Là, c'est celui de la rigueur, du jugement.

Une question très importante a été posée par Maïmonide. Elle est rapportée par son fils, Rabbi Avraham ben Maïmon: pourquoi le verset dit-il que Dieu a mis Abraham à l'épreuve, sans dire que Isaac a aussi été mis à l'épreuve ? On devrait dire: Dieu éprouva Abraham et Isaac. À cause de cette question, Maïmonide est arrivé à la conclusion qu'Isaac était un enfant à l'époque où cela s'est passé.

Mais c'est contraire à la tradition talmudique, qui considère, pour des raisons de calcul, qu'Isaac avait trente-sept ans, donc qu'il était un homme totalement adulte, totalement conscient de lui-même et capable de s'opposer. Et pourtant, le texte nous dit que l'épreuve a concerné Abraham, et il ne dit pas qu'elle a concerné Isaac. En fait, la réponse donnée par Maïmonide, c'est que pour Isaac, ce n'était pas une épreuve.

Pour Abraham, qui connaît Dieu comme le Créateur, c'est-à-dire celui qui donne, le fait que Dieu veuille reprendre ce qu'il a donné est une épreuve, quelque chose d'incompréhensible, une épreuve à traverser sur le plan mental. Pour Isaac, pas du tout. Isaac connaît Dieu comme celui à qui il doit rendre des comptes, le Dieu de la Midat HaDin. La Midat HaDin, c'est-à-dire: j'ai le devoir de payer pleinement ce que j'ai reçu. Une des choses que j'ai reçues, c'est moi-même. Le prix de moi-même, je dois le payer, et le seul prix que je peux payer, c'est moi-même.

Donc, le fait d'être sacrifié pour Dieu est une évidence. On peut dire que cela ne pose pas de problème. De son point de vue, on pourrait dire même que c'est son désir le plus profond de s'acquitter de sa dette envers le Créateur. Or, s'acquitter de sa dette, c'est se donner soi-même. Donc, on peut dire que pour Isaac, il n'y a pas d'épreuve. L'épreuve, c'est pour Abraham, qui doit adopter la Midat d'Isaac, la mesure de la rigueur.

On peut dire que s'il y a vraiment une épreuve pour Isaac, c'est quand on le refuse, quand Dieu lui dit: allez, il faut descendre de l'autel. Imaginez Isaac vexé: comment, je ne suis pas bien ? Il y a quelque chose qui ne va pas.

En tout cas, Vayehi Elohim nissa et Avraham, vayomar elav, Avraham. Il est évident que lorsque Dieu s'adressait aux prophètes, il leur disait leur nom. Pourquoi la Torah a-t-elle besoin de nous dire que Dieu a appelé Abraham par son nom ? Selon un enseignement du Rav Kook dans son commentaire sur le Siddour, cela veut dire que Dieu a dit à Abraham d'être pleinement lui-même: sois pleinement Abraham.

Et pourquoi ? Parce qu'on pourrait penser qu'une épreuve de ce genre demande un peu d'oubli de soi. Dans les peuplades barbares qui faisaient des sacrifices humains, il y a une sorte de frénésie, une sorte de délivrance qui fait qu'on oublie qui l'on est. C'est au sommet de l'extase que le sacrifice est consommé. Donc, d'une certaine manière, il faut se droguer, il faut s'oublier. Tandis que Dieu dit à Abraham: non, je demande que tu sois pleinement en possession de toute ta personnalité pour faire ce que je vais te dire de faire.

Vayomer, il dit: hineni, me voici. C'est la première fois qu'un homme répond de cette manière à un appel lancé par Dieu. La première fois qu'un appel a été lancé, c'était lorsque Dieu a dit au premier homme: Ayeka, où es-tu ? Après la faute, au lieu de répondre « me voici », le premier homme a commencé à se justifier: j'ai entendu ta voix dans le jardin et je me suis caché parce que j'avais honte de ma nudité; et d'ailleurs, ce n'est pas de …

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