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Abraham, Avimelech et le puits de Beer-Chéva

Comment Abraham cède une partie de la terre par souci de paix, et la critique qui en découle (Béréchit 21, 22-34).

9 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : L'épreuve d'Abraham et la question de l'héritier, 30 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Toujours dans le chapitre Kaf Alef, le chapitre 21, à partir du verset Kaf Bet, c'est-à-dire 22, dans lequel on nous raconte une nouvelle rencontre entre Abraham et Avimelech. Nous avons eu déjà une première rencontre lorsque Avimelech a voulu s'emparer de Sarah, enfin, qu'il s'est emparé de Sarah. Et puis là, après la naissance d'Yitzhak, le renvoi d'Ismaël, il y a à nouveau une confrontation avec Avimelech. Et cette confrontation mérite d'être étudiée. Je prends ici le verset.

Alors, il y a dans le discours de paix d'Avimelech un présupposé qui est problématique. Le présupposé est qu'Abraham est étranger sur sa terre. La terre appartient à Avimelech. Abraham est un étranger toléré, ce qui, en vérité, est faux. Évidemment, Avimelech n'est peut-être pas censé le comprendre, parce qu'il n'a pas été l'objet de la parole de Dieu. Mais on pourrait s'attendre, de la part d'Abraham, à mettre les points sur les i. Or, Abraham, par esprit peut-être de compromis, accepte d'entendre ces paroles d'Avimelech et sa proposition d'accord de paix, bien que cela soit basé sur un présupposé faux sur le plan théologique, pourrait-on dire.

La réponse d'Abraham: Vayomer Avraham, Ani Ichavé. Abraham dit: je vais prêter serment. C'est-à-dire que dès qu'Abraham entend une proposition de paix de la part d'Avimelech, il s'empresse de dire oui, parce qu'Abraham aime la paix. Même si cette paix est basée sur une ambiguïté grave, qui, d'ailleurs, d'après la tradition talmudique, s'est retournée contre les enfants d'Israël jusqu'au temps du roi David. Parce que les descendants d'Avimelech étaient les rois cananéens de Jérusalem, et ils se sont opposés à la prise de Jérusalem au nom de cet accord entre Abraham et Avimelech.

C'est-à-dire qu'il y a parfois des erreurs qui sont faites dans des accords internationaux qui, après, créent des pesanteurs qui empêchent la Gueoula, la délivrance d'Erets Israël et du monde, d'avancer. En tout cas, Abraham, ici, s'empresse donc de signer l'accord. Et puis, nous avons une petite surprise au verset suivant: Vayokhiach Avraham et Avimelekh. Abraham réprimanda Avimelech

Al odot be'er ha-mayim asher gazelou avdei Avimelekh, à cause du puits d'eau que les serviteurs d'Avimelech avaient volé. C'est-à-dire qu'il y avait un problème: il y a eu un vol, il y a eu empiètement de la part des serviteurs d'Avimelech, et logiquement, avant de signer l'accord, Abraham aurait dû peut-être mettre les choses au point. C'est-à-dire qu'il aurait dû exiger qu'il y ait d'abord réparation de l'injustice, et après seulement signer l'accord. Or Abraham, dans son empressement, accepte tout d'abord de signer l'accord, et seulement après il se rappelle qu'il y a des problèmes sur le terrain qui n'ont pas été réglés.

Et la réaction d'Avimelech ? Va-yomer Avimelekh: Lo yadati mi assa et ha-davar ha-zeh. Avimelech dit: je ne sais pas qui a fait ceci. Et toi non plus, tu ne me l'as pas dit. À qui s'adresse-t-il ? Il s'adresse probablement à Pikhol, son chef d'armée, qui est avec lui. Il dit au responsable, donc, de la police secrète palestinienne: mais enfin, tu ne me l'as pas dit. Réponse de Pikhol: Rajoub répond: mais moi non plus, je ne leur avais pas entendu parler jusqu'à ce jour. Donc il y a une évidente mauvaise émouna de la part du côté philistin.

Quelle est la réaction d'Abraham ? Vayikach Avraham tsone oukbakar. Abraham prit du petit bétail et du gros bétail, vayitén le Avimelekh, et le donna à Avimelech, vayikretou chenehem berit, ils conclurent tous les deux une alliance. C'est-à-dire qu'Abraham se dit: bon, c'est vrai qu'ils sont de mauvaise émouna, mais il faut, de ma part, faire des actes de bonne volonté qui vont faire avancer le processus de paix. Et donc Abraham rentre dans l'engrenage d'un renoncement à la terre.

Finalement, ce que fait Abraham, il renonce à une partie d'Erets Israël, en tout cas tant que les descendants d'Avimelech auront le pouvoir politique. Et la partie en question, d'ailleurs, c'est assez surprenant: il s'agit de la région de Guérar. La région de Guérar se trouve très précisément entre Rafia'h et Gaza. Cela correspond géographiquement, topographiquement, à ce qu'on appelait le Gush Katif, la région de Katif. Et Abraham renonce pour des raisons, si vous voulez, de paix. Il est prêt même à faire des actes de bonne volonté avec un groupe politique qu'il sait être de mauvaise émouna.

Et vous avez donc ici, au verset 32: Vayikrétou berit beer shava. Ils conclurent une alliance à Beer-Shéva. Vayakoum Avimelekh ou Pikhol sar tsevao. Avimelech et Pikhol, chef de son armée, se levèrent, vayachouvou èl éretz Plichtim, et revinrent dans le pays des Philistins.

Et juste après cela, nous avons le premier verset de l'Akéda, au chapitre Kaf Bet, au verset Alef: Vayehi a'har ha-devarim ha-éleh, véha-Elohim nissa et Avraham. Et ce fut après ces choses-là que Dieu mit Abraham à l'épreuve. Et nous avons chez les commentateurs différentes interprétations de ces choses-là. Je voudrais citer tout d'abord, pour commencer, l'opinion du Rashbam, Rabbi Shmuel ben Meir, qui était le petit-fils de Rachi, qui dit qu'il faut prendre le texte à la lettre: après ces choses-là, il s'agit de l'accord passé entre Abraham et Avimelech. Lorsqu'Abraham a renoncé à une partie de la terre en faveur d'Avimelech, nous dit le Rashbam, c'était quand même il y a déjà 850 ans que ces choses-là ont été écrites.

Il dit: « Dieu s'est courroucé contre Abraham. Comment as-tu renoncé à une partie du territoire que j'ai donné à tes enfants ? » Et donc, ici, le mot « éprouver » est dans une des deux exceptions possibles de ce terme, aussi bien en hébreu qu'en français: cela veut dire le soumettre à des épreuves, c'est-à-dire l'affliger. Et c'était un peu comme si Dieu disait à Abraham, c'est comme ça que, disons, le lisait [Manitou]: je t'ai donné une terre et je t'ai donné un fils. Je t'ai donné ce fils pour qu'il hérite de cette terre. Mais tu ne veux pas de cette terre. Eh bien, rends-moi le fils. Si vous voulez, c'est quelque chose d'assez grave. Heureusement qu'Abraham n'a pas renoncé à toute la terre d'Israël; comme ça, il n'a pas renoncé à tout son fils. Il a eu finalement que le bénéfice de la peur.

Mais il y a ici une sorte de critique du Créateur envers celui qui a eu une faiblesse au nom d'un compromis immédiat, si vous voulez, qui réglerait un conflit dans l'immédiat, et qui a renoncé pour cela aux enjeux de sa émouna. Et donc, on pourrait dire que la Akéda viendrait comme une sorte de réplique, en tout cas ça serait l'arrière-plan de cet événement: une réplique à la faiblesse momentanée, au fléchissement momentané d'Abraham. Évidemment, il y a dans la Akéda de nombreuses autres dimensions que nous devrons mettre en évidence dans notre prochaine étude. Shalom.

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