La circoncision, alliance de la terre et de l'universel
Pourquoi se circoncire rend Abraham entier, et comment l'alliance lie la terre d'Israël à une mission pour l'humanité.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Yitzhak, Rivka et la stérilité des matriarches, 40 min
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Au chapitre 17, verset numéro 2, qui est le deuxième verset de ce passage où Dieu annonce à Abraham qu'il devra se circoncire, le texte nous dit qu'Abraham doit répondre à la demande de Dieu d'être entier. Puisque dans le verset Aleph, nous avons vu: Hithalekh lefanay veheye tamim, « marche devant moi et sois entier ».
C'est a priori très surprenant. Comment devient-on entier en se circoncisant, alors que la circoncision est justement une atteinte à l'intégrité corporelle de l'homme ? Abraham va être diminué dans son corps, et c'est là qu'il devient entier. On ne peut le comprendre que si l'on comprend que l'homme n'est pas fait uniquement de la vie naturelle.
En effet, quand l'homme est entièrement parfait du point de vue de la nature, c'est-à-dire lorsque son corps est entier, il se sent comme dans une bulle, il est fermé à la transcendance. Pour qu'Abraham ait un contact avec la transcendance, il faut qu'il soit prêt à sacrifier quelque chose de lui-même. Et quand il sacrifie quelque chose de lui-même, il devient capable d'entrer en contact avec ce qui le dépasse, donc avec la transcendance.
Véétena beriti beni ouvénékha, « et je placerai mon alliance entre moi et toi ». Véarbé otkha bimod meod, « je vais te multiplier beaucoup, beaucoup ». Et là, à nouveau, il y a un petit problème. Non, il n'y a pas de problème du tout, pardon.
C'est un double message. Dieu annonce à Abraham qu'il va être à la fois l'objet d'une alliance et qu'il sera multiplié. Le premier élément est qualitatif, l'autre quantitatif. Abraham va grandir aussi bien en qualité, puisqu'il va être le sujet d'une alliance, qu'en quantité, puisqu'il va être multiplié dans sa descendance.
La réaction est: Vayipol Avram al panav, vayidaber ito Elohim, « Abraham tomba sur sa face, et Elohim lui parla en ces termes ». Jusqu'à présent, le dieu qui lui parle est Hachem Yudke Vavke, qui lui dit: je suis El Shaddai, le dieu de la fécondité, et je veux te faire grandir. Or Avram ne peut pas soutenir la révélation, il tombe sur sa face. C'est insoutenable pour lui, et finalement il y a une réduction.
Et là intervient une deuxième annonce très importante, c'est le changement de son nom.
Voici que mon alliance est avec toi, et tu deviendras le père d'une multitude de nations. Ton nom ne sera plus appelé Avram, ton nom sera maintenant Avraham, car je t'ai fait père d'une multitude de peuples. Évidemment, on peut, de prime abord, être assez surpris, parce que la circoncision est justement ce qui va différencier Abraham du reste de l'humanité. Quand Abraham est circoncis, il est différent dans son corps des autres. Il annonce la couleur. Il va avoir une histoire séparée du reste de l'humanité. En quoi peut-il prétendre, à partir de ce moment-là, à une mission universelle ?
Or on voit qu'il y a probablement une précision très importante de la Torah: pour remplir une fonction universelle, il faut être fidèle à sa spécificité. C'est quand on est fidèle à ce qui nous rend différent des autres que l'on est capable de donner quelque chose aux autres. C'est donc lorsqu'Abraham accède à la circoncision, donc à ce qui va le différencier des autres, qu'il va enfin avoir quelque chose à dire à l'ensemble des hommes. Il va devenir Av Hamon Goyim, le père d'une multitude de nations.
Une interprétation quand même intéressante est celle de Philon d'Alexandrie. Quand il lisait ce verset, il ne comprenait pas le mot Hamon comme signifiant multitude, comme on a l'habitude de le traduire, mais comme signifiant le tumulte, le bruit que fait une multitude. Il traduisait donc: Av Hamon, le père du ton, celui qui donne le ton à l'humanité. C'est un peu comme s'il fallait un diapason pour régler la symphonie de l'ensemble des civilisations, et ce diapason, c'est la postérité d'Abraham.
Ensuite, après cela, quand Abraham entend cette parole, Dieu lui dit: « Je te ferai fructifier beaucoup. Je ferai de toi des nations, des rois sortiront de toi. Et j'établirai mon alliance entre moi et toi, et ta descendance après toi, lédorotam liverit olam, pour les générations, en alliance perpétuelle. Lihiot lékha léElohim oulezarakha akharekha, pour être pour toi un dieu et pour ta descendance après toi. » Ce sont de grands mots, mais qu'est-ce qu'ils veulent dire ? Il y a une alliance qui veut dire que le Créateur du monde sera le Dieu de la descendance d'Abraham. Il va spécifier sa révélation, son choix, sur une descendance particulière, les descendants d'Abraham.
Mais comment cela va-t-il se traduire ? C'est très simple: « Je donnerai à toi et à ta descendance après toi le lieu où tu as résidé, tout le pays de Kenaan, en héritage perpétuel, et je serai pour eux un Dieu. »
Il y a là une précision de Rachi qui est très importante. Rachi dit que ce n'est que lorsque le Juif habite en Erets Israël que le Créateur est son Dieu. S'il habite en dehors de la terre d'Israël, c'est comme s'il n'avait pas de Dieu. Rachi le dit, donc je ne veux vexer personne. Rachi reprend d'ailleurs l'enseignement des hakhamim dans le traité Ketoubot, dans le Talmud, en se basant sur un verset du livre de Samuel.
Rachi nous dit donc, très nettement, que la circoncision est une alliance qui porte sur Erets Israël. C'est le titre de propriété de la terre. Celui qui est prêt à sacrifier quelque chose de lui a une relation directe avec la terre, et alors l'Éternel est son Dieu. Sans cela, il est un juif, peut-être, mais qui ne vit pas l'alliance et qui ne vit pas le contact avec la terre, le sol où Dieu se révèle.
C'est donc très surprenant de voir qu'un acte qui a l'air tout à fait du domaine du culte, un acte cultuel, un acte religieux, qu'on pourrait donc dire sacrificiel, a en fait une portée politique: l'emprise de la nation d'Israël sur la terre d'Israël.
Or c'est un peu surprenant, parce que cette alliance, on l'a déjà connue deux chapitres plus haut. Dans le chapitre 15, nous avons eu l'alliance entre les morceaux, Bérith Bein HaBetarim, où Abraham recevait déjà la promesse de prendre en sa possession toute la terre d'Israël. Mais il y a une petite différence, au niveau de l'étendue du territoire. Le territoire dont il était question au chapitre 15 s'étend depuis le Nil jusqu'à l'Euphrate. C'est un territoire immense. Tandis que ce dont il est question ici est une portion plus réduite, seulement la terre de Kenaan, c'est-à-dire cette partie d'Erets Israël qui s'étend du Jourdain à la mer.
Cela veut donc dire qu'il y aurait deux modalités possibles d'alliance. Quand Israël est méritant et remplit véritablement son rôle universel, son territoire s'étend du Nil à l'Euphrate. Quand il est capable de se replier sur lui-même, de vivre sa sainteté individuelle, ce qui s'exprime justement par la circoncision, acte de sanctification du corps, alors il vit dans le cadre de la partie, pourrait-on dire, cultuelle d'Erets Israël, celle où les sacrifices sont autorisés à certaines époques, c'est-à-dire …
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