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Abraham en Égypte, entre famine et sagesse

Pourquoi Abraham descend en Égypte, et ce que cherche Sarah à protéger de la convoitise des dirigeants.

18 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Abraham, 86 ans et la naissance d'Ichmaël, 48 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Chalom à tout le monde. Nous continuons dans le livre de Béréchit, au chapitre 12, et nous reprenons au verset 9. Vayissa Avram halokh vénassoa hannegba. Avram avançait, continuant sa route vers le sud. Nous nous rappelons, je crois, depuis les dernières études, qu'Avraham avait pour intention, au départ, de réunir toute l'humanité autour de sa émouna. On peut dire que la première activité d'Avraham a été justement de fonder une sorte de religion cosmopolite, destinée à l'ensemble de l'humanité, qui enseignerait l'unité de Dieu, l'unité du Créateur du monde, qu'il y a un seul créateur qui a tout créé. Il y avait les âmes qu'ils avaient faites à Haran, Nefesh Achер assou à Haran, un groupe humain d'adeptes de la émouna d'Avraham qui cheminaient avec lui.

Nous avons également découvert que lors de la révélation de Dieu à Avraham, Dieu a demandé à Avraham d'abandonner son premier projet. Lekh lekha: cela veut dire littéralement « va-t'en, seul, loin de tout ce que tu as fait jusqu'à présent ». Et tu as fondé maintenant quelque chose de tout à fait nouveau: c'est une nation. Une nation sainte. C'est très différent d'une religion.

La religion s'adresse à l'individu. Quand on parle d'une nation, il s'agit par contre d'une entité collective. Cela veut donc dire que la sainteté ne sera pas vécue comme la somme des saintetés de chaque individu, mais sera vécue comme une expérience au niveau de la collectivité. Or, la collectivité nationale, par définition, est une entité politique. Que la finalité d'Israël concerne justement une entité nationale, donc politisée et ancrée sur un territoire, c'est ce qu'exprime le verset: Lekh lekha mé'artsekha, el ha-aretz acher ar'eka, « quitte le pays où tu es pour te rendre dans le pays que je t'indiquerai, pour que tu y fondes une nation ».

Nous avons pu voir que dans la réaction d'Avraham à cette injonction divine, il y a des réticences. Ce n'est pas une chose banale, ce n'est pas, pourrait-on dire, évident d'engager la sainteté dans le politique. On peut comprendre les réticences que cela implique, parce que la politique est considérée comme la partie la plus basse de la vie humaine. Mais pourtant, le Créateur du monde nous a demandé de faire de la politique, parce que c'est la politique qui est le levier de toute action grande dans l'histoire des hommes.

Nous avons vu qu'Avraham, finalement, bien qu'ayant emmené avec lui un groupe de ses adeptes, les abandonne dans la ville de Sichem et continue sa route tout seul. Tout seul, cela veut dire avec sa femme. Mais finalement, il est quand même tout seul. Il a abandonné son premier projet, le projet cosmopolite, et maintenant il continue sa route.

Le verset que nous venons de lire nous dit qu'il continue sa route vers le sud. Où veut-il arriver ? Rachi nous dit qu'Avraham voulait arriver à Jérusalem. Avraham connaissait-il déjà Jérusalem ? Probablement pas. Mais il se sentait porté vers un pôle de sainteté qu'il allait découvrir un jour: qu'est-ce que Yérouchalayim ?

Ce que nous savons par la suite du récit, c'est qu'Avraham n'est pas arrivé à Yérouchalayim. Ou plus précisément, il y est arrivé, mais après 57 ans. Ce n'est que 57 ans plus tard, lors de la Hakedat Yitzhak, le ligotage d'Isaac sur l'autel, qu'Avraham se rend finalement à Yérouchalayim. On peut donc dire qu'à partir de ce voyage d'Avraham commence toute une route, qui va atteindre son point culminant, 57 ans plus tard, à Jérusalem.

Consciemment, où Avraham veut-il arriver ? Si ce n'est pas à Jérusalem, où pense-t-il se rendre ? Probablement vers le sud, le sud d'Erets Israël, c'est-à-dire l'Égypte. Il était probablement dans le projet d'Avraham de continuer sa route, après avoir rencontré Erets Israël, après avoir reçu du Créateur la promesse que cette terre serait donnée à ses enfants. Avraham a beaucoup de temps libre. Il veut continuer à convertir l'humanité, si l'on peut dire ainsi. Et il se rend donc vers l'Égypte.

Puis juste après interviennent des événements qui, a priori, semblent tout à fait fortuits, mais qui vont justement dans le sens de l'intention d'Avraham. Je lis le verset 10: Vayehi ra'av ba'aretz, « il y eut la famine sur la terre ». Vayered Avram Mitzraïmah lagour CHam, « Avram descendit en Égypte pour y résider », ki ka'ved ha-ra'av ba'aretz, « car la famine était lourde sur la terre ». On voit ici une conjonction entre les intentions d'Avraham et l'intervention de la Providence. La Providence, on pourrait même dire la Providence économique, fait qu'Avraham ne peut de toute manière pas rester en Erets Israël. Il doit se rendre en Égypte, malgré lui. Mais peut-être que, inconsciemment, cela correspond à ses intentions. Il veut, pourrait-on dire, convertir l'Égypte, à la fois en un lieu unique.

Si l'on lit attentivement le verset, on se rend compte qu'il se reprend, il y a une redondance. « Il y eut de la famine sur la terre », donc il y a eu une famine; « Avram descendit en Égypte pour y résider », « car la famine était lourde sur la terre ». Nous savons déjà qu'il y avait eu une famine. Pourquoi nous dire deux fois qu'il y a eu une famine ? On peut dire qu'il y a, associativement, une intention du texte: nous dire qu'il

y avait deux famines, simultanées. Une famine économique dans le pays de Canaan: les gens n'avaient pas de quoi manger, et il fallait donc quitter le pays. Mais il y a aussi une autre famine, la famine spirituelle, celle de l'Égypte, que Avraham part régler. C'est-à-dire que, pour Avraham, le projet consiste à alimenter, à assouvir la famine de l'Égypte. Il y a donc une double lecture du texte: une lecture terre à terre, et une lecture plus profonde, qui cache les vraies intentions d'Avraham.

Passons au verset 11: « Ce fut lorsqu'Avram se rapprocha de venir en Égypte, c'est alors qu'il dit à Sarah sa femme: Hine na yadati ki isha yefat mar'eh at », je sais bien que tu es une femme belle à voir. Il est intéressant de voir l'insistance que met la Torah à nous parler de la beauté des tsadikim, et plus précisément des tsadikot, c'est-à-dire des femmes justes. Elles sont souvent décrites dans la Bible, et surtout dans la Torah, comme étant belles. Qu'est-ce que signifie cette beauté, une beauté physique ?

La beauté est ce qui attire. Nous avons l'habitude, depuis des siècles, que ce qui est beau physiquement ne soit pas forcément beau moralement, et inversement. Mais c'est, pourrait-on dire, le fruit de la chute de l'humanité, depuis que la présence du Créateur n'est plus ressentie comme évidente sur Terre: ce que nos sages appellent Chéloukhina, le départ de la présence de Dieu, depuis la destruction du Temple. Mais dans les temps antiques, il allait de soi que si il y a une beauté intérieure, elle se manifeste également comme beauté extérieure. Donc si la Torah nous dit que Sarah était belle, c'est parce qu'elle était une tsadika, parce qu'elle était juste. Et c'est cette beauté de Sarah, intérieure …

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