Le yetzer hara et le conflit intérieur selon le Rambam
Pourquoi le Rambam ne traite pas du tiraillement intérieur, et comment les Hakhamim et les prophètes en parlent différemment.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le libre arbitre selon Maïmonide, face aux déterminismes, 47 min
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Bon, alors, chers amis, après une très longue interruption, intolérable, tragique même pourrait-on dire, nous allons reprendre notre étude du Chemoné Pérakim. N'est-ce pas ? Je crois que nous sommes arrivés à la fin du… Ah non, nous sommes dans le cinquième chapitre ? Où est-ce qu'on en est ? J'ai complètement oublié. Chapitre 6 ? À propos du Yetzer Hara, c'est ça ? D'accord.
Avant qu'on ait fini le sixième chapitre ? On a fini, n'est-ce pas, Daniel ? On était au milieu du sixième ? Bon, d'accord. Alors nous allons reprendre, je pense, pour que ce soit bien clair, au début du sixième, dans la merveilleuse édition que vous avez devant les yeux. C'est à la page Kouf Pé Hé. N'est-ce pas ? Ça va ? C'est ça, sixième chapitre. On est capable de lire ? Qu'est-ce qu'on va devenir ?
Non mais il n'a pas l'air de vouloir collaborer avec toi. Donc tu ne collabores pas. C'est ça ? Non, ça, c'est terrible. Non, parce que le problème, c'est que quand on a un livre, on comprend beaucoup mieux. Bon, alors, reprenons le sixième chapitre, hein. Page Kouf Pé Hé. Kouf Pé Hé. Oui, il y a un petit problème, on aurait dû mettre les chiffres dans cette édition-là. Vous voyez ?
Vous vous êtes excusés… C'est la dernière fois, hein. Bon, alors ! Non mais, tu veux bien lui montrer où c'est ? Kouf, Pé, Hé. Sinon, je vais le voir moi-même. Voilà. Bon, Perek Chichi, donc le sixième chapitre traite d'un sujet liminaire. C'est-à-dire que jusqu'à présent, on a vu que les cinq premiers chapitres faisaient un tout, une sorte de bloc. Et le sixième chapitre, le sixième, le septième et le huitième traitent de sujets…
Auxiliaires, très importants, mais qui ne sont pas indispensables pour l'intelligence de notre étude. De quoi s'agit-il ? De quoi parle le Chemoné Pérakim ? Quel est le sujet, d'abord ? Pas du tout. Le Chemoné Pérakim, de quoi ça parle ? De la morale, n'est-ce pas ? Le Chemoné Pérakim parle de la morale. Il y a une introduction, et après, il y a cinq chapitres. Les cinq premiers chapitres nous expliquent quelles sont les données indispensables pour que le travail moral soit possible.
À savoir, premier chapitre, que l'âme humaine est une, parce que s'il y a plusieurs âmes, il n'y a donc pas de responsabilité morale. Que l'homme est libre: s'il n'y a pas de liberté, il n'y a pas de moralité, ça, c'est le deuxième chapitre. Troisième chapitre, qu'il y a un bien et un mal: s'il n'y a pas de bien et de mal, il n'y a pas de travail moral. Quatrième chapitre, la pratique: comment acquérir le bien, rejeter le mal et réparer le mal.
Et le cinquième chapitre, très important, nous a parlé d'un sujet: le but de la vie. Voilà. Et comment orienter les différentes activités de notre vie vers ce but. Voilà. C'est ça, les cinq chapitres. Une fois tout cela bien mis en place, il nous reste des questions. La question dont traite le sixième chapitre, c'est le Yetzer Hara. En français, on traduit en général par « le mauvais penchant », mais c'est difficile à traduire de cette manière.
En tout cas, il y a une inclination chez les hommes à faire le mal. Ça pose un problème, parce que s'il y a une inclination à faire le mal, alors ça veut dire que je suis un être qui vit en permanence en conflit. Ça veut dire que la vie est un enfer. Est-ce qu'on peut admettre une vision du monde dans laquelle je suis condamné pour toute ma vie à vivre en enfer ? Je suis tiraillé entre la tendance au bien et la tendance au mal.
Est-ce que ce tiraillement existe chez tout le monde ? Il y a des hommes pour qui le choix du bien fait partie de la nature, presque pourrait-on dire. Ils n'ont pas de conflit intérieur. Tandis qu'il y a d'autres personnes qui ont ce conflit intérieur. Une personne qui ne fait que le bien, ça s'appelle comment ? Un tsadik, n'est-ce pas ? Et s'il fait le bien sans conflit, est-ce que c'est un tsadik ? Oui. Et s'il fait le bien avec conflit, est-ce que c'est un tsadik ?
Oui. C'est-à-dire que ce sont deux formes d'être tsadik. Il y a deux manières d'être des tsadikim: soit avec un conflit intérieur, soit sans conflit intérieur. D'accord ? Mais dans tous les cas, on est tsadik, on est défini comme tsadik en fonction des actes. N'est-ce pas ? Tu es d'accord, n'est-ce pas ? Oui, alors réponds à ce que j'ai dit. Oui, bon.
Alors là, c'est un sujet dont le Rambam ne parle pas. Il n'en parle pas. Il a peut-être un peu parlé dans le quatrième chapitre, quand il a expliqué le travail qu'il fallait faire pour arriver au milieu, mais le Rambam ne parle pas de ça, justement. Mais, par exemple, dans le Hassidout, il y a toute une étude autour de ça, en particulier chez le Baal Chem Tov, le fondateur du Hassidout, qui explique qu'il y a trois moments dans la relation envers le mal.
Qu'on appelle Kefia, Hafdala, Hamtaka. Hafna, Hafdala, Hamtaka. Ça veut dire Kefia, ça veut dire euh, victoire… C'est, euh, soumission, soumission. Kefia, c'est la soumission. Hafdala, ça veut dire la séparation, Hamtaka ça veut dire adoucissement. Alors ça veut dire quoi ? Ça veut dire que la première chose que je fais, lorsque je suis conscient que je suis habité par une tendance au mal, je fais la guerre et je gagne. Je soumets les forces du mal à ma volonté et je ne fais pas le mal.
Mais je suis en tension perpétuelle, c'est-à-dire que je dois tout le temps contenir le mal pour qu'il ne fasse pas de dégâts. D'accord ? Ce n'est pas facile. Imaginez, par exemple, qu'on vous dit: vous devez retenir ce mur pour qu'il ne tombe pas. Ce n'est pas facile. Après, ça fait mal, quelque part, n'est-ce pas ? Au poignet, à la paume de la main, c'est difficile. Mais enfin, ça, c'est la première phase.
Deuxième phase, Hafdala. À partir d'un certain moment, quand on a pris l'habitude de dominer le mal, on perd son aspiration au mal. On en est séparé. Je ne veux plus faire le mal. Je ne veux plus, mais je suis quand même affaibli. Je ne suis plus la même personne qu'avant. Je ne suis pas aussi puissant que ce que j'étais auparavant. C'est le prix que j'ai payé pour ne pas être attiré par le mal. Comment ? Par exemple: j'étais un voleur, un cambrioleur. Et quand j'étais cambrioleur, oh là là, j'avais des réussites.
Et puis un jour on se dit: tiens, il est écrit dans la Torah: « Tu ne voleras point. » Ah, c'est embêtant, ça. Bon, d'accord, je ne vole plus. Mais à chaque fois que je vois une boutique de bijoux, je dois me retenir, parce que je crève d'envie de forcer la serrure, etc. Mais je me retiens. Je suis …
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