Abraham et la vision de Dieu : être des Avot
Pourquoi la vision divine est possible pour les Avot, et ce que Rambam et Ramban en disent.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Vayera Elav Hachem : la vision d'Abraham et ses commentateurs, 57 min
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## L'apparition à Abraham et la question du verset
Bon, shalom tout le monde. Nous continuons notre étude du livre de Béréchit, et nous sommes au chapitre 18, au verset 1, que nous avons déjà commencé à étudier, mais nous allons le reprendre. Vayera Elav Hachem: Hachem lui apparut, et il fut vu par lui.
Alors, il faut remettre en question la légitimité même de ce verset. Comment Dieu peut-il lui apparaître alors qu'il dit en toutes lettres: Lo yirani adam vachaï, « l'homme ne peut pas me voir de son vivant » ? Donc, comment Abraham a-t-il pu voir Dieu alors que c'est impossible ? Vayera Elav Hachem. Vous avez compris la question, n'est-ce pas ? Je crois que nous avons commencé à étudier un texte de Rachi qui répond à ce problème dans le livre de Chémot. Vous vous en rappelez ? Personne ne s'en rappelle ? Est-ce que je me trompe d'ailleurs sur le verset dans lequel nous sommes ? D'accord, d'accord.
Donc il y a un problème. Vayera, Hachem apparaît à Abraham, ce qui est absolument impossible, étant donné qu'il est dit Lo yirani adam vachaï. Je crois que nous avons commencé à évoquer un Rachi dans le livre de Chémot qui confronte… Oui ?
— Ça, oui, mais ce n'est pas ce que dit Rachi.
Non, il est à vote.
Donc on avait étudié ce thème, n'est-ce pas ? C'est parce que c'étaient des Avot que c'était possible, oui ? Que dit le Zohar ? Que les trois hommes, c'étaient Avraham, Yitzhak et Yaakov. Cela veut dire que ce que nous avons établi sur la base du Zohar, c'est que lorsqu'il y a une révélation d'une puissance de ce genre, le sujet de la révélation est englouti. Il est englouti dans la révélation elle-même, n'est-ce pas ? Et c'est pour cela qu'Avraham cesse d'être appelé Avraham: il s'appelle à partir de maintenant Lui, Lui.
Il s'appelle lui. Vayera Elav Hachem, et Dieu apparut à lui. N'est-ce pas ? Veilone Mamré, dans les plaines de Mamré. Vehou yoshev: et lui était installé Petah HaOhel, à l'ouverture de la tente, Kehom hayom, lors de la chaleur du jour. Vayisa einav, et il leva ses yeux, et il vit: vehinei shloshah anashim nitsavim alav, et voici que trois hommes se tenaient près de lui.
Ce qui est important pour moi, pour l'instant, c'est qu'il y a une différence entre l'Abraham que nous avons vu de manière permanente dans le chapitre précédent, et un certain « il », « lui », qui apparaît dans ce chapitre. Jusque-là, vous me suivez ? Et c'est cela qui est important pour moi à ce stade de l'étude. D'accord ?
Et vayomar: « Il » dit: Adonaï, mes maîtres, im na matsati ḥen beénekha, si j'ai trouvé grâce à tes yeux, al na taavor me'al avdekha, ne passe pas d'auprès de ton serviteur. Yukaḥ na me'at mayim, que l'on prenne un peu d'eau; verḥatsu raglekhem, lavez vos pieds; vehishaanu taḥat ha'etz, installez-vous sous l'arbre; veeḳḥah pat lechem, je prendrai un peu de pain; visaadu libekhem, rassasiez votre cœur; ahar ta'avoru, après, vous passerez, al ken ʿavartem al avdekhem, parce que c'est pour cela que vous êtes passés auprès de votre serviteur. Vayomeru, et ils dirent: ken ta'aseh, ainsi tu feras, kaasher dibarta, comme tu l'as dit.
Cela veut dire qu'il y a une absence totale d'Abraham. Abraham disparaît à ce moment-là, et ensuite seulement, lorsqu'il entre dans le monde des actions, il réapparaît, et alors Abraham s'empressa. Ça, c'était la première interprétation que nous avons donnée. Je crois que nous avons cité également l'interprétation de Rachi dans le livre de Chémot, qui explique en fait que la raison pour laquelle la vision a été possible, c'est qu'il s'agissait des Avot.
Qu'est-ce qu'être des Avot ? Avot, cela veut dire être des pères. Être le père de quelqu'un, cela veut dire que l'essentiel, c'est le quelqu'un dont je suis le père. C'est-à-dire que vivre comme des Avot, cela veut dire qu'ils ont accepté, Abraham, Yitzhak et Yaakov, de vivre en fonction d'une finalité qui ne s'accomplira que du temps de leurs enfants, et non de leur vivant à eux. C'est-à-dire qu'ils sont dans la promesse, ils ne sont pas dans la réalisation. N'est-ce pas ?
Maintenant, qu'est-ce qui est important dans la vie ? La promesse ou la réalisation ?
— La réalisation.
La réalisation. Quand on n'est que dans la promesse, c'est qu'on n'est pas encore vraiment vivant. On est en dehors de la vie. Et donc ils ont accepté de ne pas vivre. Donc il n'y avait pas de problème: lo yirani adam vachaï, ils n'étaient pas vivants. Donc la vision était possible, parce qu'être des Avot, c'est être en dehors de la vie. C'est un niveau extrêmement supérieur, évidemment, mais il n'est pas le but de la Torah. Dans la Torah, il est dit: daber el bné Israël, parle aux enfants d'Israël, et non pas aux pères d'Israël. D'accord ? C'est la réalisation qui est l'essentiel. Et qu'est-ce que la réalisation, au fond ? Eh bien, c'est Erets Israël. Qu'est-ce qui a été promis aux ancêtres ? Erets Israël. Donc qu'est-ce que la réalisation ? L'installation dans Erets Israël. D'accord ? C'est cela, le projet.
C'est-à-dire que, dans l'histoire du peuple juif, il y a différentes époques. Il y a des époques de pères et des époques de fils. Par exemple, pendant tout le temps de l'exil horrible que nous avons passé, et que nous passons encore, pendant 1800 ans, eh bien nos ancêtres étaient des pères. Ils vivaient dans l'espoir de la réalisation d'une promesse. Et nous, qu'est-ce que nous sommes ? Nous sommes des fils, puisque nous réalisons la promesse.
Il y a eu plusieurs fois dans l'histoire des générations de fils: c'est à chaque fois que l'on a accompli le projet. C'est-à-dire ceux qui sont entrés en Erets Israël du temps de Yehoshoua, ceux qui sont revenus du temps d'Ezra, et ceux qui sont revenus du temps de Sokhnot. À chaque fois, c'est une réalisation du projet. Et ceux qui étaient dans l'exil d'Égypte, dans l'exil de Babylone, dans l'exil d'Europe et d'Afrique du Nord, et tout le reste, étaient des pères. D'accord ?
Donc ils étaient plus grands que nous au niveau de la conception spirituelle, mais ils n'étaient pas le but de l'histoire, étant donné que le but de l'histoire, c'est la réalisation. Oui, vas-y.
— Mais est-ce que ça veut dire qu'il n'est pas vivant ?
Ben oui, c'est ce que ça veut dire. Il n'est pas vivant. Le fait d'être père, c'est ne pas être vivant. C'est par définition. Maintenant, ça veut dire quoi ? Pourquoi est-ce à ce moment-là que cela se passe ? C'est le moment où, ayant fait la circoncision, il est digne de donner naissance à Yitzhak. Donc c'est en cela qu'il se manifeste pleinement comme père. Et c'est pour cela qu'à ce moment-là, il a cette vision-là. Oui ?
— Le quoi ?
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