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Abraham, Lot et le conflit de pâturages à Béréchit

Comment régler un conflit de territoire entre proches : tribunal, compromis, et la promesse de la terre.

51 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Abraham face au conflit de Lot : charité ou justice, 51 min

Début du cours (texte)

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom. Chapitre Yud Gimel, verset Zayin. Chapitre Yud Gimel, verset Zayin. Vayihiriv. Il y eut un conflit. Benroé Mikne Avram ou Benroé Miknelot, entre les bergers du bétail d'Avram et les bergers du bétail de Lot. Vehakenaani veferizi yoshev baaretz, le Cananéen et le Phérézien étaient installés dans le pays.

Alors, ça veut dire quoi exactement ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Nous ne le savons pas trop. Mais en tout cas, il est certain qu'il s'agit d'un problème de pâturage. Il n'y a pas assez de place pour tout le monde. Il y a les pâturages d'Abraham, les pâturages de Lot, et certainement les pâturages des Cananéens et des Phéréziens. Ça fait beaucoup pour un petit territoire, la région de Béthel et Haï. Dans ce coin-là, il n'y a pas assez pour tout le monde.

Alors, il y a donc un conflit. Le conflit porte sur un territoire. Il y a là, chapitre Yud Gimel, verset Zayin, deux populations qui sont liées par des liens de famille, des liens de sang.

Et qui revendiquent le même territoire, alors que toutes les deux croient dans le Dieu d'Abraham. Voilà. Problème, non ? Qu'est-ce qu'on fait quand il y a deux populations, monothéistes toutes les deux, liées par des liens de sang, qui revendiquent le même territoire ?

Alors, tout d'abord, quand il y a conflit de manière générale, indépendamment de cela, il y a différentes manières de régler le conflit. Soit par la guerre, la violence. Soit pas par la guerre. Pas par la guerre, il y a deux manières de le faire: soit par la justice, soit par la charité, n'est-ce pas ? La charité consiste à renoncer ou à faire un compromis. La justice consiste à faire selon la loi. Comment décider quelle sera la justice ? On va pour cela devant une institution qu'on appelle le tribunal, le beit din.

Donc, si on ne veut pas faire la guerre, il y a une première possibilité: aller au tribunal. L'autre consiste à faire de la charité, c'est-à-dire un compromis. Tout dépend de la nature du conflit. Si le conflit est un conflit juridique, alors on va au tribunal. Ça s'appelle en hébreu riv. Riv. Et regardez le terme employé par la Torah: vayehi riv.

Riv, par définition, est un conflit qui se règle au tribunal. Mais on peut, chapitre Yud Gimel, verset Zayin, quatrième fois... Donc il y a une autre possibilité: considérer que cette dispute est ce qu'on appelle une meriva. Meriva, une sorte de chamaillerie, ça peut se régler à l'amiable, sans passer devant le tribunal. D'accord ? Ce sont les deux possibilités.

Maintenant, si vous gardez la page, mais que vous faites un petit saut du côté du chapitre Yud Ḥet, au verset Yud Zayin, là il y a un monologue de Dieu avec lui-même. Vayomer Hachem, Dieu se disait: Hamekhasseh ani me Avraham asher ani oseh: est-ce que je vais cacher à Avraham ce que je fais ? Veavraham ihyeh le'goy gadol, alors qu'Avraham sera une grande nation, veatsum, puissante, venivrechu vo kol goyei haaretz, par lui seront bénies toutes les nations de la terre. Ki yadaativ, car je l'ai connu.

Émouna, techouva, Guemara, rav Kook, Orot HaTechouva, Rambam, Rambam, Kuzari. La paracha, Béréchit, Chemot, Vayikra, Bamidbar, Devarim.

Ce qui est quasiment incompatible.

Là, dans le livre de Chmouel, vous pouvez revenir à la page. Dans le livre de Chmouel, il est dit que le roi David faisait ce qu'on appelait tsedaka ou mishpat. Il faisait charité et justice. Et la Guemara demande: mais enfin, comment pouvait-il faire à la fois charité et justice ? Car s'il y a justice, il n'y a pas charité, et s'il y a charité, il n'y a pas justice.

Réponse de la Guemara: la Guemara donne trois réponses possibles.

La première, c'est que David rendait le jugement. Il disait au coupable: toi tu es coupable, et tu dois payer. C'était la justice. Mais pour pouvoir payer, David sortait de sa poche la somme à payer et la donnait au coupable pour qu'il puisse payer. C'était donc de la charité. Il faisait donc justice et charité. Seulement, il y a un petit problème: la justice était vraiment justice et la charité était vraiment charité, mais ce n'était pas en même temps. Ce n'était pas simultané.

Autre réponse donnée par la Guemara: il faisait une peshara. Peshara, ça veut dire un compromis. Le compromis était proposé par le tribunal lui-même. Donc c'était un élément de justice, puisque c'est au tribunal, mais c'est une charité, parce que ce n'est pas vraiment le droit. Donc c'était simultané. Le tribunal proposait un compromis, il imposait un compromis. Donc ça vient du tribunal, donc c'est la justice. Mais ce n'est pas vraiment la justice, c'est un peu de charité, puisqu'on a renoncé à arriver à la loi absolue.

Le problème, c'est que ce n'est pas vraiment de la charité et que ce n'est pas vraiment de la justice. C'est en même temps, mais ce n'est pas vraiment l'un et l'autre. Oui, mais alors ce n'est pas de la justice.

Troisième réponse donnée par la Guemara: il rendait la justice, il disait au coupable: tu es coupable et tu dois payer. Et le coupable avait le sentiment qu'on lui avait fait une charité, puisqu'on l'avait sauvé de l'interdiction de voler. On l'a sauvé du vol.

Donc la justice était elle-même charité. Mais ça suppose un niveau moral des personnes en présence qui est plus élevé que la normale.

Donc on voit, en tout cas, qu'il y a ici un projet qui n'est pas si simple: unir deux valeurs contradictoires. Maintenant, c'est effectivement le projet moral d'Abraham. Dieu dit: je veux qu'Abraham réalise ce qu'on appelle l'unité des valeurs. Maintenant, quand on doit réaliser l'unité des valeurs ? On a toujours une valeur à laquelle on est plus sensible, et une à laquelle on est, pour laquelle on a plus de difficultés.

Quelle est, d'après vous, la valeur qu'Abraham intègre plus facilement, la charité ou la justice ?

— La charité.

La charité. Donc son travail, c'est quoi ?

— La justice.

La justice. On va voir qu'il va faire le contraire. Regardez au verset Ḥet. Le verset Ḥet, toujours dans le chapitre Yud Gimel. Rien n'a changé depuis, mais nous avons passé au verset suivant: Vayomer Avram el Lot. Avraham dit à Lot: Al na tihi meriva beini uvenecha, qu'il n'y ait pas de dispute entre moi et toi.

Vous voyez d'abord qu'Abraham a changé de vocabulaire. La Torah a dit que c'était un riv, et lui dit: c'est une meriva. Une meriva se règle à l'amiable. Uven roiai uven roeycha, entre mes bergers et tes bergers. Ki anashim ahim anachnu, car nous sommes frères, c'est-à-dire nous sommes proches parents. Si nous sommes proches parents, nous sommes frères, ça veut dire que si ça continue comme ça, il y aura un assassinat. Parce qu'à chaque fois qu'il y a un conflit entre frères, ça finit par un meurtre. D'accord ? Nous avons l'expérience. Kayin veHével. Oui, comment ? Israël voulait tuer Israël, on a …

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