Abraham plaide pour Sodome : justes et méchants
Comment Abraham, face au jugement divin, plaide d'abord pour les justes puis pour la ville, et ce que cela révèle.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Abraham et la vision de Dieu : être des Avot, 54 min
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Donc, nous sommes au chapitre 13, au verset Kaf-Bet: « Les hommes se tournèrent de là et allèrent vers Sedom ». C'est-à-dire qu'ils vont en direction de ce dôme pour le juger. « Abraham se tenait encore debout devant Hachem. Et Abraham s'approcha. »
Le mot Vayigash, « il s'approcha », signifie, selon les midrachim, plusieurs choses. Il se présente pour la prière, il se présente aussi pour la lutte, pour la guerre. Il est prêt au combat. Il dit: Ha'af tispeh tsadik im rasha ? « Comment ! Tu anéantirais le juste avec le méchant ? » Tispeh, c'est-à-dire: tu anéantirais.
L'argument est très abrupt. Avraham ne dit pas: « Pardon, j'ai quelque chose à dire », etc. Brusquement, il amène son argument. Mais quel est l'argument ? En faveur de qui Avraham agit-il, selon cette phrase ? Af tispeh tsadikim rasha: en faveur du tsadik. Cela voudrait dire qu'en fait Avraham serait d'accord pour éliminer le méchant, mais ce qui l'embête, c'est que le juste est emporté avec le méchant.
Donc, selon la stratégie d'Abraham, enfin, selon l'idéologie que présente Abraham dans ce verset, Abraham est intéressé par les tsadikim. Au verset suivant, il amène des arguments en plus: Yesh hamishim tsadikim, « peut-être y a-t-il cinquante justes ». D'ailleurs, l'argument est contre la Midat ha-din. C'est-à-dire: la Midat ha-din, la rigueur, a jugé, le jugement a décidé qu'il fallait tuer les méchants. Abraham dit donc: la même rigueur exige de ne pas tuer les justes.
« Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville. » C'est-à-dire: quels sont ces justes, ici, qui ne méritent pas la destruction ? Cela ne veut pas dire forcément que ce sont de grands tsadikim. « Anéantirais-tu, et ne pardonnerais-tu pas à l'endroit en faveur des cinquante justes qui sont en son sein ? » Selon ce verset, qui Abraham veut-il sauver ?
Revoyons le verset: « Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville. Anéantirais-tu, et ne pardonnerais-tu pas à l'endroit en faveur des cinquante justes qui sont dans son sein ? » Donc qui Abraham veut-il sauver ? Il veut sauver la ville, il veut sauver l'endroit. Il se sert des tsadikim pour sauver les rechaïm. C'est tout à fait différent, c'est même quasiment le contraire de ce qui est dit dans le verset précédent, n'est-ce pas ? C'est le contraire.
Dans le premier verset, il veut sauver les tsadikim et pas les rechaïm. Dans le deuxième, il veut sauver les rechaïm, et il se sert des tsadikim pour cela. D'accord ? Ce sont deux conceptions du monde, de la morale, totalement différentes. Mais cela veut dire qu'Abraham, en fait, était intéressé à sauver les rechaïm. Il s'oppose, par principe, au jugement, à la Midat ha-din. Il s'y oppose. Mais comme il fait face à la Midat ha-din, il doit d'abord marquer un premier point.
Comme on avance un pion en échec: un premier point. Selon la logique même de la Midat ha-din, cela ne peut pas tenir, puisque dans ce cas-là tu vas tuer des tsadikim. C'est une sorte de concession: d'un côté, c'est un point qu'il marque. C'est-à-dire: on ne peut pas tuer le tsadik avec le méchant, donc tu ne peux rien faire. Qu'est-ce qui se cache derrière ça ?
On entend tout de suite la réponse éventuelle de Dieu, qui lui dirait: « Oui, d'accord, je vais m'occuper seulement des rechaïm, et les tsadikim, je vais les sauver. » Abraham ressent donc l'objection éventuelle et amène le deuxième argument: tu ne peux pas pardonner à tout le monde en faveur des tsadikim. Pourquoi les tsadikim sauveraient-ils les rechaïm ? Parce que les tsadikim sont au sein de la ville, be-kirbah. Si une ville de méchants a réussi à maintenir cinquante tsadikim, c'est qu'elle n'est pas vraiment méchante. Ils sont méchants, mais…
Ils permettent quand même aux tsadikim de vivre parmi eux, ils ne les ont pas tués. Donc, en leur faveur, cela donne un mérite aux rechaïm, qui fait qu'il faut les sauver quand même. Vous voyez qu'Abraham agit ici de manière stratégique. Il a d'abord un premier point par rapport à la Midat ha-din et à l'objection qui pourrait être soulevée; tout de suite, il la repousse en disant: « Non, non, mais il y a les tsadikim qui vont sauver les rechaïm. » Jusque-là, vous suivez ? Le deuxième argument n'est pas un argument de la Midat ha-din.
C'est un argument qui mélange déjà un élément de rachamim, de miséricorde. Or il fait face à la Midat ha-din. Il doit donc d'abord marquer un premier point face à l'absolu du din. D'accord ? Ensuite, il dit: « Si on en est déjà là, on a gagné un point, alors j'ai encore autre chose à dire. » Oui ? Il y en avait cinq. Il y avait Sedom, Amora, Adma, Tseboïm et Tsoar. Et Abraham cherche des tsadikim par ville.
Parce que dix, c'est un minyan, c'est-à-dire une micro-société. Moins que dix, c'est déjà plus une société. Dans ce cas-là, si cela ne va pas bien dans la ville et qu'il y a moins de dix tsadikim, les tsadikim ont tort d'y rester, ils devraient la quitter. Mais quand ils réussissent à être dix, c'est que cela peut encore tenir. D'accord ? Maintenant, le chiffre de cinquante n'est certainement pas un hasard. Regardons d'abord le verset suivant.
« Halila lakh: ce serait profanatoire pour toi. Faire une telle chose, mettre à mort le tsadik avec le rasha, que le tsadik soit comme le rasha: halila lakh, profanatoire pour toi. Hashofet kol ha'aretz lo ya'aseh michpat ? Celui qui juge toute la terre ne ferait-il pas la justice ? » Alors là, c'est le monde à l'envers: c'est Dieu qui veut faire la justice, et Il se fait accuser de ne pas la faire.
Le midrach va plus loin. Il met dans la bouche d'Abraham la chose suivante: « Si c'est le jugement que tu veux, il n'y a pas de monde. Si c'est le monde que tu veux, il n'y a pas de jugement. » C'est-à-dire qu'Abraham s'oppose par principe à toute l'idée de la Midat ha-din, parce qu'il connaît Dieu comme étant celui qui crée le monde. Celui qui crée, c'est celui qui donne. S'il donne, il n'a pas le droit de reprendre. Oui, il sait que Sarah est la Sarah à elle, mais ce n'est pas la Midat ha-din à lui.
Donc ici, on a dit qu'il doit donner naissance à Yitzhak, il doit être à l'épreuve du din. Il se met à l'apprentissage du din. Et comme Abraham est un homme pur, il a le droit de présenter ses arguments et d'entendre tout un dialogue. D'accord ? Ce n'est pas toujours le cas de tous ceux qui refusent de lutter contre les méchants. Mais chez Abraham, c'est pur.
Parce que si l'on va jusqu'au bout de ce que dit Abraham, qu'est-ce qu'il dit ? Il faut ne pas tuer les méchants, il ne faut pas faire la justice. Et alors, qu'est-ce qui va se passer ? Les méchants vont …
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