Babel, les lèvres de la terre et l'erreur de l'unité
Pourquoi la dispersion précède Babel, ce que signifie « safa » et la différence entre unité et uniformité.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le sang de l'homme et la tour de Bavel, 54 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Alors, shalom tout le monde. On peut commencer ou on est encore bon ? D'accord ? Chapitre Yod Alef. Verset Alef: Vayehi kol ha'aretz sefa ahat udevarim ahadim. Toute la terre fut…
Alors maintenant, le problème: que signifie « toute la terre » ? C'est quoi « toute la terre » ? Le monde entier. C'est-à-dire qu'il y avait sur toute la terre des gens.
C'est-à-dire que cela suppose que, contrairement à l'opinion reçue, la dispersion des hommes sur la surface du globe est antérieure à l'épisode de la tour de Babel. Souvent on se dit: toute l'humanité était concentrée en un seul point, et puis après elle s'est dispersée. Ce qui est totalement faux. Vous allez voir le dernier verset du chapitre précédent: « Et c'est de ceux-ci que se sont séparées les nations sur la terre après le déluge. »
Le mot Ahar, qui est donc traduit en français par « après », a un autre équivalent, Aharé. Vous connaissez la différence entre Ahar et Aharé ? Ahar, ça veut dire « immédiatement après », et Aharé, ça veut dire « longtemps après ». Donc, s'il y a écrit Ahar, ça veut dire « immédiatement après ». Mais après quoi ? Après le déluge. Ce qui veut dire que, juste après le déluge, l'humanité se disperse. Donc la tour de Babel n'est pas le moment de la dispersion.
Vayehi kol ha'aretz sefa ahat, donc toute la terre avait une seule safa. Ça veut dire quoi, safa ahat ? Non, non, pas du tout. Exactement, une langue. Parce que le mot culture est désigné dans le texte par un autre terme, qui est lachon.
Lachon, qui, disons anatomiquement, c'est la langue, l'intérieur. La langue, c'est au fond. Et donc la langue, c'est l'intériorité de l'être humain, c'est la culture. Tandis que le mot safa vient de la lèvre. La lèvre, c'est donc l'extérieur. Il y a écrit ici safa et ahat, donc ce n'est pas une culture, mais ils avaient un même langage, c'est-à-dire qu'ils pouvaient communiquer entre eux, malgré les différenciations.
Udevarim ahadim: et la Guemara nous dit ce que sont des devarim ahadim, des paroles uniques. Sheayou medaberim beshivim lashon: il parlait déjà les soixante-dix langues. C'est-à-dire qu'il y avait déjà dispersion, il y avait déjà différenciation, mais il y avait un dénominateur commun, une sorte de point unificateur qui faisait que tout le monde était safa ahat.
Maintenant, le mot safa, en hébreu, veut dire une lèvre, n'est-ce pas ? Mais il veut dire encore autre chose: un bord. On a vu ça, n'est-ce pas ? C'est fait ailleurs. Donc ils étaient tous du même bord, comme on dit en français littéraire. Il y avait une identité d'opinion. Il y a donc une humanité uniforme.
Et puis ils veulent faire quelque chose. Vous savez très bien par la suite qu'il s'agit de la tour. Alors je vous demande de bien vouloir regarder dans Rachi. Là où il y a écrit Vayomeru, vous comptez quelque chose comme cinq lignes et vous tombez sur Amarou. Vous y êtes ? Amarou, ils ont dit: Ahat lé-élef veta'arnou shanim, une fois tous les 1656 ans,
Ara'kia mitmotet, le ciel s'effondre. Ke-hem chérasab, ainsi qu'il l'a fait lors du déluge. Na'assé lo smakhot, faisons-lui des soutiens. C'est dans le Béréchit Rabba. C'est-à-dire que c'étaient des gens très bien qui n'avaient peur que d'une seule chose: que le ciel leur tombe sur la tête. Et ils se sont dit que ce n'est pas demain la veille, parce que ça prend une fois tous les 1656 ans. Mais on a donc le temps de bâtir des soutiens, des colonnes de soutènement.
D'après le midrash, ils ont voulu en faire quatre, dans chaque point du monde. Et celle de Babel était l'orientale. Une des quatre, voilà. C'est un truc gigantesque qui devait soutenir le ciel. Pour que le ciel ne s'effondre pas, il faut qu'on fasse une tour. C'est pas mal comme idée.
Alors le problème, c'est de savoir c'est quoi, le ciel ? Et pourquoi ont-ils pensé que le ciel s'effondre ? Le déluge, ce n'est pas l'effondrement du ciel, c'est la pluie. Donc il s'est passé quelque chose. Le ciel, qu'est-ce qu'il y a dans le ciel ? Ce sont des anges. Où est-ce qu'on place les anges d'habitude ? On les place dans le ciel, un peu comme dans les mythologies on plaçait les dieux dans le ciel.
Alors les anges, c'est quoi ? Les anges, ce sont des valeurs. Par exemple, lors de la création de l'homme, le midrash nous dit que Dieu a interrogé quatre anges pour savoir s'il fallait créer l'homme ou pas. Et les quatre anges s'appelaient Hessed, Emet, Tsedek et Shalom, ce qui veut dire bonté, vérité, justice et paix. Et il y a eu tout un débat entre les anges pour savoir si l'homme pouvait mériter d'être créé ou pas.
En tout cas, que l'on demande aux anges s'il faut créer les hommes, ça veut dire que l'homme est là pour réaliser, pour concrétiser les valeurs de bonté, vérité, justice et paix. Et c'est très bien que ces valeurs, ces anges, soient dans le ciel. Pourquoi ? Parce que c'est très difficile de réaliser la bonté, la vérité, la justice et la paix. La vérité, je vais même vous dire, c'est pratiquement impossible de faire tout à la fois.
Parce que la bonté est contraire à la vérité. La justice est contraire à la paix. On ne peut donc pas, si facilement que ça, réaliser toutes les valeurs. Ça s'accorde avec le temps. Et au départ… Oui, mais par exemple, imagine quelqu'un qui dit: je voudrais bien, j'ai besoin d'argent, parce que je veux absolument acheter un revolver pour tuer mon voisin, mais je n'ai pas d'argent, tu peux me prêter ?
La générosité dit oui, il faut lui prêter, mais la vérité dit qu'il ne faut pas. Il y a des problèmes. C'est-à-dire que les synthèses, ça prend du temps à se faire. Et donc il est très bon que les valeurs soient au ciel. Mais nous, on est sur la terre. Sur la terre, c'est le lieu de la réalisation, mais ça ne marche pas toujours. De temps en temps, nous sommes confrontés à ce qu'on appelle le jugement. On est jugé: est-ce que nous sommes en accord ou pas avec les valeurs ?
C'est ce qu'on appelle en hébreu la crainte du ciel. C'est ça que craignaient certains, dans l'Antiquité, qui, comme vous le savez, n'avaient peur que d'une seule chose: que le ciel leur tombe sur la tête. Et ce n'étaient pas des imbéciles, c'étaient des gens très intelligents, très profonds, qui avaient compris qu'il y avait un risque que les valeurs nous mettent en jugement.
Et c'est ce qui s'est passé lors du déluge. Lorsque l'humanité n'a pas été en accord avec les valeurs morales, le ciel est tombé sur la terre. On peut donc dire que la préoccupation centrale de la génération immédiatement après le déluge, c'est de veiller à ce que le déluge ne se reproduise plus. Il faut bien savoir comment on fait ça. Étaient-ils …
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