Terach, Nahor et Haran : les quatre voies d'Israël
Le départ d'Ur-Kasdim, la mort de Haran et le choix de Nahor révèlent les tensions fondatrices du peuple.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Abraham, chef de guerre et maître de la Transjordanie, 55 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom. Aujourd'hui nous allons étudier dans le livre de Béréchit, au chapitre 11, la première apparition de la famille hébraïque dans l'histoire. Il est intéressant de voir que cette famille apparaît dans un lieu appelé Ur-Kasdim, qui manifestement est un lieu d'exil. Ce n'est pas le lieu originel des Hébreux.
En effet, la famille d'Abraham et la famille de son père, Terach, sont désignées par la Torah comme appartenant au peuple hébreu. Abraham est appelé Abraham l'Hébreu, Abraham HaIvri. Depuis son origine, la famille d'Abraham appartenait donc à un groupe national hébreu, les descendants du fameux Héber, l'ancêtre d'Abraham.
Il est évident que les Hébreux étaient originaires d'un pays. On ne peut pas être un peuple sans avoir été au départ dans un pays, et ce pays ne peut être désigné que du nom du pays des Hébreux. Mais où étaient les Hébreux avant d'être exilés ? Il est effectivement remarquable de voir que l'histoire du peuple d'Israël commence par la destruction d'un groupe hébreu qui se trouve en exil, et que c'est la sortie de cet exil qui va commencer l'histoire d'Israël.
Alors, où était donc le pays originel des Hébreux ? C'est très simple, on le voit dans le chapitre même, c'est-à-dire au chapitre 40 de Béréchit, au verset 15, lorsque Yossef, un Hébreu, se trouve en prison en Égypte et demande les faveurs d'un ministre qui est avec lui dans la même cellule, et qui lui dit… Et il lui dit: j'ai été enlevé, j'ai été kidnappé du pays des Hébreux. Gounor Gounnarti, mais Eretz HaIvrim*, j'ai été enlevé du pays des Hébreux.
Cela veut donc dire que, dans le langage commun de la classe politique en Égypte à l'époque, on savait que le pays de Paddan Aram était originellement le pays des Hébreux. Et donc, lorsque cette famille se trouve à Ur-Kasdim et que le chef de la famille, Terach, décide de quitter Ur-Kasdim pour se rendre en Canaan, en fait, c'est un retour qui s'amorce là.
C'est-à-dire que pour la famille d'Abraham, il était évident que ce que nous appelons aujourd'hui Erets Israël était le pays ancestral. Il est à nouveau remarquable de voir que l'histoire d'Israël commence par un mouvement de retour au pays des ancêtres, par une démarche qui n'est pas celle d'Abraham mais celle de son père. Or, le père d'Abraham, selon la tradition, est un idolâtre. Il n'est donc pas fidèle à l'enseignement de la famille hébraïque. On pourrait dire qu'il y a une motivation sioniste laïque qui le fait revenir dans le pays de ses ancêtres.
Mais regardons un peu plus dans le détail. Je prends ici le verset 27. Nous avons ici trois branches de la famille, représentées typologiquement par les trois frères, Abraham, Nahor et Haran, et nous apprenons ce qui se passe avec chacune des trois branches.
Le texte dit: Vayamot Haran al pnei Terach aviv, Haran mourut du vivant de Terach son père, dans le pays où il était né, à Ur-Kasdim.
Si la Torah juge nécessaire de nous donner ce petit détail, c'est que la Torah donne très peu de détails, mais ce qu'elle dit est suffisant pour comprendre de quoi il s'agit. Haran va mourir du vivant de son père, c'est donc qu'il est mort d'une mort non naturelle. La tradition orale considère qu'il y a eu une persécution contre les Hébreux. Cette persécution provenait probablement de sources religieuses, on y introduit la nouvelle émouna d'Abraham dans cette histoire. Mais en tout cas, il y a une persécution dirigée directement vers les Hébreux, et le résultat, c'est la mort de Haran.
En quoi consistait la persécution ? Là encore, les rabbins de la tradition orale vont dans le détail. Ur-Kasdim signifie la fournaise des Chaldéens. Cela veut donc dire que la persécution contre les Hébreux consistait à jeter les Hébreux dans des fournaises. Et l'on voit qu'un tiers de la famille hébraïque de l'époque a disparu dans les fournaises. Il est à nouveau presque sidérant, on pourrait dire que cela fait frémir, de voir que le devenir de la famille hébraïque implique également l'éventualité d'une persécution qui entraînerait la disparition d'un tiers du peuple.
Et à la suite de cela, au verset 29: Vayikach Avram veNahor lo nashim. Avram et Nahor prirent pour eux des femmes. Le nom de la femme d'Avram était Saraï, et le nom de la femme de Nahor était Milka, fille de Haran. Le même Haran était père de Milka et de Yiska.
Et les rabbins ont dit que la fameuse Yiska n'est autre que Saraï, ou Sara, la femme d'Avram. Cela veut donc dire que, dans les branches restantes de la famille hébraïque, on va adopter les rescapés de l'Holocauste. Abraham va récupérer, si l'on peut dire, Sara, et Nahor va récupérer, si l'on peut dire, Milka.
Le verset 30 nous dit que Saraï était stérile, elle n'avait pas d'enfant. Cela semble donc indiquer que le devenir de la famille hébraïque sera la lignée de Nahor. C'est-à-dire que Haran a disparu tragiquement, Avram n'a pas de postérité, donc c'est Nahor qui est censé continuer la tradition hébraïque.
Le verset 31 poursuit l'histoire de Terach, le père de la famille: Vayikach Terach et Avram beno, velot ben Haran ben beno. Terach prit son fils Avram, ainsi que Lot, le fils de Haran, son petit-fils, et Saraï, sa bru, la femme d'Avram son fils. Ils sortirent avec eux d'Ur-Kasdim.
Tout s'explique. Il est évident que Terach, après les persécutions d'Ur-Kasdim, a jugé que les Hébreux ne pouvaient plus rester dans un pays infernal. Ils décident de s'en aller: c'est l'émigration. Où veut-il arriver ? Le texte nous dit: pour se rendre dans le pays de Canaan. Et à la lumière de ce que nous avons vu tout à l'heure, il est évident que Terach veut revenir à la maison. On pourrait dire qu'il est le premier sioniste laïque de l'histoire d'Israël.
Ils arrivèrent à Haran et s'y installèrent. Ce qui devait être une station de passage est devenu finalement le lieu fixe de la famille de Terach.
On se demande pourquoi Terach a cessé sa route. Pourquoi n'a-t-il pas continué son voyage vers Canaan ? La réponse, à mon avis, est qu'il faut chercher du côté du troisième fils, Nahor. En effet, lorsque Terach quitte Ur-Kasdim, il emporte avec lui Abraham et ceux qui restent de la famille de Haran, mais il n'est pas question de Nahor. Il semble en fait que Nahor était déjà là-bas, à Haran.
On le voit au chapitre 24, lorsque Eliezer, le serviteur d'Abraham, va chercher une femme pour Yitzhak, le fils d'Abraham. Il va chercher cette femme dans le pays appelé Paddan Aram, où se trouvait la ville de Haran. Il arrive à un lieu nommé Ir Nahor, la ville de Nahor. Cela signifie que, depuis très longtemps déjà, Nahor avait fondé son implantation à Haran.
Il est donc probable que, sur sa route, Terach rencontre son autre fils, Nahor, qui lui dit: « Papa, ne fais pas de folie. Tu as raison de quitter Ur-Kasdim, parce qu'à Ur-Kasdim on brûle les Hébreux. Mais sache qu'à Haran, ce sont des qui, …
Cours de Machon Meir
Dans la même série
281 cours du Rav Oury Cherki, donnés au Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Béréchit, Pensée juive, Abraham, Tour de Babel, Histoire d'Israël.
- 162
Sarah, le rire caché et la prophétie de YitzhakPourquoi Sarah rit sans le savoir, et ce que la Torah enseigne sur la prophétie du fils promis. - 163
Brit Mila et Erets Israël dans la section Lekh LekhaPourquoi Hachem se voile face à Avram, et comment la circoncision ouvre le dialogue avec Lui. - 164
Abraham, El Shaddaï et la circoncisionPourquoi Dieu se nomme El Shaddaï, et pourquoi Hachem ne parle à Abraham qu'après la circoncision. - 165
Le rire d'Abraham et la promesse d'ItzhakPourquoi Abraham rit à l'annonce de la naissance de Sarah, et ce que signifie le nom Itzhak. - 166
Terach, Nahor et Haran : les quatre voies d'IsraëlLe départ d'Ur-Kasdim, la mort de Haran et le choix de Nahor révèlent les tensions fondatrices du peuple. - 167
Abraham, chef de guerre et maître de la TransjordanieAbraham poursuit les rois vainqueurs jusqu'à Dan et Hova, puis son territoire est délimité. - 168
Abraham plaide pour Sodome : justes et méchantsComment Abraham, face au jugement divin, plaide d'abord pour les justes puis pour la ville, et ce que cela révèle. - 169
Abraham et la vision de Dieu : être des AvotPourquoi la vision divine est possible pour les Avot, et ce que Rambam et Ramban en disent. - 170
Vayera Elav Hachem : la vision d'Abraham et ses commentateursPourquoi le nom d'Abraham disparaît du texte, et comment le Rambam explique la vision divine. - 171
Abraham, les trois anges et l'arbre de la viePourquoi Rachi traduit « sous l'arbre » et non « sous le bois », et ce que cela change pour la lecture du repas d'Abraham.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav