Orot veKelimאורות וכלים
Se connecter

Abraham face au conflit entre Lot et ses bergers

Justice et charité : la séparation d'Abraham et de Lot, et la promesse de la terre donnée à sa descendance.

44 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Babel, les lèvres de la terre et l'erreur de l'unité, 51 min

Début du cours (texte)

Lire le début du cours

Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom tout le monde. On en est dans Lekh Lekha, si je ne me trompe, n'est-ce pas ? Ah, c'est ça. Chapitre Yud Gimel, verset Zayin: Vayehi riv. Il y eut une dispute. Ben roeï mikné Avram, entre les bergers du bétail d'Avram, ou ben roeï mikné Lot, entre les bergers de Lot. Vehakena'ani vehaperizi yochev ba'aretz: le Cananéen et le Périzzite étaient installés à l'époque dans le pays.

Alors, nous avons expliqué la dernière fois qu'il y avait un petit problème: il y a deux populations qui sont liées par des liens de famille, des liens de sang, qui toutes les deux reconnaissent le Dieu d'Abraham et qui veulent le même territoire. D'accord ? C'est ça le problème auquel est confronté Abraham. C'est-à-dire que sa émouna et sa famille vont être la source d'un conflit. Lui qui veut amener le Tikkoun, la réparation du monde entier, se trouve dans une situation dans laquelle il est lui-même la source du conflit. Évidemment, cela pose un problème pour Abraham, qui est tout Hessed. Et comment fait-on pour régler ce problème ?

Alors, les conflits de manière générale se règlent de deux manières. Soit par la justice, soit par la charité. C'est ça qu'on avait dit avant ? — Oui, la charité ou le compromis relèvent du même principe: c'est qu'on ne va pas selon le droit. Et la raison pour laquelle Abraham a été élu, c'est… — Oui, quoi ? — On ne peut pas être charitable et juste en même temps. Il y a à ce propos…

Un verset auquel je voudrais que vous vous référiez. Gardez la page, mais avancez du côté du chapitre Yod-Het, verset Yod-Tet. Regardez au chapitre Yod-Het, verset Yod-Tet. Combien de fois, tout de même, dois-je vous le dire ? Je vous prie également de garder la page. Je parle, c'est comme si c'était pour rien. Bon.

Au chapitre Yod-Het, verset Yod-Tet, c'est Dieu qui parle et qui explique ce qu'il attend d'Abraham. Il dit: ki yadaativ, car je le connais, c'est-à-dire je l'ai aimé, lema'an asher yetzaveh, afin qu'il enseigne à ses enfants, ve'et beito acharav, et à sa maison après lui, veshamerou derekh Hachem, d'observer le chemin de Dieu, la'asot tsedaka oumishpat, qui est de pratiquer la charité et la justice.

Vous voyez que dans le projet d'Abraham, il y a quelque chose de paradoxal. Abraham est destiné à réaliser l'unité de la justice et de la charité. Vous savez qu'il y a un texte dans le livre de Chmouel qui dit que David faisait tsedaka oumishpat, il faisait la charité et la justice pour tout son peuple. Et le Talmud demande: mais enfin, comment est-ce possible ? S'il fait tsedaka, comment fait-il mishpat ? S'il fait mishpat, comment fait-il tsedaka ? On ne peut pas faire les deux à la fois.

Et la Guemara donne trois réponses. La première: quand David jugeait au tribunal et qu'il condamnait le condamné à payer, il faisait donc la justice. Il disait: toi tu es coupable, c'est à toi de payer. Et le type payait. Mais comme il n'avait pas de quoi payer, c'est David qui faisait la charité et lui donnait de quoi payer sa dette. Donc ils faisaient la justice et la charité. Quel est l'inconvénient de cette réponse ? C'est qu'en fait, la charité et la justice ne sont pas simultanées. Il y a un moment pour la justice, un moment pour la charité. Lorsqu'il y a justice, il n'y a pas charité. Lorsqu'il y a charité, il n'y a pas justice.

Deuxième réponse donnée par la Guemara: David faisait un compromis. Un compromis, mais imposé par le tribunal. Donc, si c'est un compromis, c'est de la charité, parce que ce n'est pas vraiment la justice. Mais comme ça vient du tribunal, c'est de la justice, ça fait partie du droit. L'inconvénient de cette réponse, c'est que ce n'est pas de la vraie charité, c'est de la demi-charité, et que ce n'est pas de la vraie justice, c'est de la demi-justice. C'est vrai que c'était simultané, mais ce n'est pas vraiment ce qu'on attend.

Troisième réponse, donnée par le Talmud: David jugeait la personne, le condamnait à payer, ce qui est donc de la justice. Et le coupable était considéré comme ayant reçu de David un acte de charité, puisqu'il l'avait sauvé du vol dans sa nidrine. C'est-à-dire que ça dépend d'un certain niveau de moralité de la société. Quand la société est morale, qu'elle arrive à un certain degré, alors elle comprend que la justice, c'est la charité, et que la charité, c'est la justice. — Oui ? — C'est-à-dire, s'il n'avait pas payé, il aurait été un voleur. — Exactement, exactement. Donc on préfère la justice dans ce point de vue-là.

On peut donc dire qu'Abraham a ici une mission qui n'est pas facile, ce qu'on appelle en français tout simplement l'unité des valeurs. Expression qui est employée souvent par Manitou. L'unité des valeurs. Il faut réaliser la synthèse réussie, l'identité pourrait-on dire, de la justice et de la charité.

Maintenant, il faut voir quel est le point de départ de chacun. Par exemple, le point de départ d'Abraham: a-t-il une tendance naturelle à la justice ou à la charité ? — À la charité. — Donc quel est l'enjeu pour lui ? — La justice. — Il y a un conflit. Qu'est-ce qu'on peut attendre d'Abraham ? De le régler selon la justice ou selon la charité ? Évidemment, Abraham veut grandir. S'il arrive à grandir, il va faire la justice. On va voir qu'Abraham a préféré ne pas grandir, qu'il a fait la charité.

Et là je vais vous montrer un détail de dictionnaire. Comment dit-on une dispute en hébreu ? Vous avez donné deux réponses, toutes les deux très intéressantes. La première réponse qui a été proposée, c'est riv. La deuxième, meriva. Or, les deux termes sont employés dans le texte que nous avons devant les yeux. Je regarde ici, au chapitre Yud Gimel, verset Zayin: il dit vayehi riv.

Il y eut une dispute. Au verset Het: Vayomer Avraham el Lot, al-na tehi meriva beni ouvenekha. Avraham dit à Lot qu'il n'y ait pas de dispute entre moi et toi. Mais là, au lieu du mot riv au masculin, Avraham emploie le mot meriva au féminin. C'est donc qu'il a refusé de considérer qu'il y avait un riv. Il a préféré considérer qu'il y avait une meriva. — Exactement. Le riv, c'est quelque chose qui se règle au tribunal, et la meriva se règle à l'amiable.

Par exemple, dans la paracha de Ki Tetsé, au début du livre de Devarim, il est dit: Ki yihyeh riv benanashim, lorsqu'il y aura un riv entre deux hommes, venigeshou elamishpat, ils iront au tribunal, veshiphtou, ils seront jugés. N'est-ce pas ? Et là-bas, Rachi fait une petite remarque: rien de bien ne peut sortir d'une meriva. Et il demande: qu'est-ce qui a causé la séparation d'Abraham et de Lot ? La meriva. C'est-à-dire que Rachi fait attention: le texte dit riv, et le problème, c'est quand on …

Cours de Machon Meir

Dans la même série

281 cours du Rav Oury Cherki, donnés au Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Béréchit, Pensée juive, Abraham, Tour de Babel, Histoire d'Israël.

  1. 113
    Abraham quitte son père de son vivant : deux lectures
    Le verset 11:32 laisse croire qu'Abraham part après la mort de Térah, le calcul prouve le contraire.
    51 min
  2. 114
    Le Déluge, une révélation et la question du temps
    Les cheminées du ciel, les quarante jours, le calcul des mois et l'année manquante de Noa'h.
    14 min
  3. 115
    Riv ou Meriva : la dispute entre Avram et Lot
    Pourquoi Avram refuse le tribunal et ce que l'hébreu distingue entre conflit juridique et dispute entre proches.
    56 min
  4. 116
    La tour de Babel et l'unité uniforme de l'humanité
    Le récit de Babel selon le texte : la dispersion des nations précède la tour, et l'unité imposée écrase l'individu.
    51 min
  5. 117
    Abraham face au conflit entre Lot et ses bergers
    Justice et charité : la séparation d'Abraham et de Lot, et la promesse de la terre donnée à sa descendance.
    En cours de lecture
  6. 118
    Babel, les lèvres de la terre et l'erreur de l'unité
    Pourquoi la dispersion précède Babel, ce que signifie « safa » et la différence entre unité et uniformité.
    51 min
  7. 119
    Le sang de l'homme et la tour de Bavel
    Pourquoi Dieu venge le sang versé, et comment la tour de Bavel fait basculer l'humanité.
    54 min
  8. 120
    Abraham entre deux projets : seul ou avec Lot ?
    Deux départs d'Abraham, un verset qui semble contredire l'autre, et la vue depuis la montagne de Samarie.
    52 min
  9. 121
    Quitter Our Kasdim : l'exil qui fonde l'identité d'Israël
    Le pays des Hébreux, la famille de Terach et la rivalité des lignées de Nahor et d'Avraham, qui ont façonné les origines d'Israël.
    50 min
  10. 122
    Lekh Lekha : Abraham quitte Haran pour Kenaan
    Pourquoi Abraham, à 75 ans, repart-il de Haran, et ce que son départ dit de son projet universel.
    51 min

— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?

Une question sur ce cours ?

La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.

Commentaires et questions au Rav