Orot veKelimאורות וכלים
Se connecter

La Tour de Babel et la tentation de l'uniformité

Pourquoi l'unité forcée mène à la violence, et ce que la dispersion des peuples prépare selon le Rav Cherki.

51 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Noa'h, juste ou dont la grâce est trouvée, 50 min

Début du cours (texte)

Lire le début du cours

Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

## Le langage unique et la tour

Bonjour à tous. Je crois que nous sommes dans Béréchit, et nous en sommes au chapitre Yod-Alef. Je reprends: on a fait commencer le chapitre Yod-Alef. Vayehi kol haarets sfat ehat oudvarim ahadim: toute la terre était d'une seule lèvre et de mêmes paroles. Le mot sfat signifie également un bord. Oudvarim ahadim, c'est parler des mêmes choses.

Il y a ici une tentative, en tout cas très importante et très intéressante, de l'humanité d'être uniforme. Toute la Terre ne parlait que de la même chose. Et l'uniformité a des avantages. Si nous sommes tous pareils, cela a des avantages. Quel est l'avantage du fait d'être pareils ? On se comprend, d'accord ? Évidemment, on s'ennuie. Il n'y a rien, l'autre n'a rien à m'apporter, il est exactement comme moi. C'est très ennuyeux.

Mais peut-être que cela vaut mieux que d'avoir des différences. Parce que la génération antérieure à notre chapitre, c'était la génération du déluge, et elle est tombée dans la violence. N'est-ce pas ? Dans la violence. Et le problème, c'est de savoir ce qui entraîne la violence. La violence est occasionnée par le fait qu'il y a entre nous des différences.

On peut donc comprendre que la génération après le déluge avait une préoccupation très importante: éviter le prochain déluge. Que faire pour éviter le prochain déluge, pour empêcher que le ciel nous tombe sur la tête ? Nous allons donc supprimer les causes des conflits, nous allons supprimer les différences, comme ça il n'y aura plus de violence. On va créer une société uniforme, faire une sorte de cosmopolitisme, mais extrême, c'est-à-dire que nous allons tous faire la même chose.

Et qu'est-ce qu'ils vont faire ? Ils vont faire une tour. La tour arrivera jusqu'où ? Jusqu'au ciel. Combien de temps cela prend-il de faire une tour pareille ? Très longtemps. Très, très, très longtemps. Et faire une tour très, très longtemps, cela a des avantages. Parce que, d'abord, le but de la vie sera la tour. C'est-à-dire que les gens vont naître pendant que la tour sera en train d'être construite. Ils seront morts, et la tour n'aura pas encore été finie. Cela veut dire que la tour deviendra l'objet unique de la préoccupation humaine. On va faire une grande œuvre pour l'homme avec un grand H, pour l'humanité. Évidemment, le sera la disparition des hommes avec un petit h, c'est-à-dire des individus. L'individu n'aura plus de sens, il sera fondu dans une grande masse.

Oui, l'intention est certainement positive. Le résultat est catastrophique. C'est-à-dire que l'intention, c'est absolument… C'est merveilleux, ils veulent la paix. Mais rendez-vous compte de ce que cela entraîne. Cela entraîne la disparition de la richesse individuelle. Oui, ils veulent la paix. Ils veulent l'amour. C'est-à-dire qu'ils veulent que tout le monde s'entende. Ils ne veulent surtout pas devenir différents. Donc la tour va consolider cette uniformité. Elle la maintient.

Et on peut dire qu'il y a certains résultats possibles. Par exemple, la Guemara nous dit que la génération de la tour de Babel était aussi méchante que la génération du déluge, mais elle n'a pas été détruite parce qu'elle avait la paix. C'est-à-dire qu'il y a quand même, dans les régimes totalitaires, des résultats. Le résultat, une certaine efficacité, c'est que cela maintient l'ordre. Par exemple, il y avait un pays en Europe.

Je ne sais pas si vous avez entendu parler de lui, il s'appelait la Yougoslavie. Ce pays était dirigé par un régime totalitaire, autoritaire, le communisme de Tito. Et ce pays, qu'on appelait la Yougoslavie, était formé de huit États différents. Ces huit États se détestaient mutuellement, mais, étant donné que le régime était fort, il n'y avait donc pas de violence.

Un jour, le communisme est tombé en Yougoslavie, la Yougoslavie elle-même a éclaté, et les pays en question ont commencé à se massacrer l'un l'autre. C'est-à-dire qu'il y a parfois des avantages au totalitarisme, qu'il ne faut pas nier. Mais cela ne veut pas dire que cela règle le problème de l'humanité. Parce que ce qui se cache derrière cette belle intention de s'aimer, en fait, si je reprends la phrase fondamentale de cette démarche, c'est: il faut, pour que nous puissions nous aimer, qu'il n'y ait pas entre nous de différence. N'est-ce pas ? Je vais traduire cette phrase de manière plus simple: je te déteste. C'est-à-dire, je te hais, parce que tu es différent de moi. La condition pour que je ne te haïsse pas, c'est que l'un de nous s'abolisse, que nous cessions d'être différents.

L'enjeu de l'amour n'est pas cela. L'enjeu de l'amour, c'est aimer un autre, quelqu'un qui est différent de moi, et malgré la différence, quelque chose fait que quelque chose d'autre me relie à lui, et donc il peut y avoir l'amour. Bon. On peut donc dire qu'ils étaient à côté de la plaque, les membres de cette génération.

Il y a encore autre chose. Il y a à ce propos un midrash qui explique très bien la manière dont cette génération a été déshumanisée. Le midrash raconte que lorsqu'un homme tombait de la tour et qu'il mourait, personne ne faisait attention, mais lorsqu'une brique tombait, tout le monde pleurait et disait: quand est-ce que la prochaine viendra à sa place ? Cela veut donc dire que l'œuvre humaine était devenue plus importante que les individus, plus importante que l'homme. Et donc cela ne pouvait pas tenir le coup.

Donc la tour, finalement, n'a pas marché. Comment se fait-il qu'elle n'ait pas marché ? Nous allons bientôt le comprendre. Je voudrais ajouter un deuxième élément. Le premier élément dont j'ai parlé, c'est que la tour était là pour consolider l'uniformité des hommes. Il y a un deuxième point très important: la tour était là pour sauver les hommes de Dieu. C'est-à-dire que la génération du déluge, non seulement elle était violente, mais elle a également été jugée.

Comme elle a été jugée, elle a été condamnée. Comme elle a été condamnée, elle a disparu. Horrible ! Que faire ? Il faut surtout, non seulement supprimer les causes de la violence, mais aussi supprimer l'éventualité du jugement. Il faut donc faire quelque chose pour ne pas être jugé. Or il y a un principe très clair dans la halakha, qui a fait exactement le contraire de ce qui est admis en droit général: c'est que l'ignorance de la loi dispense de la responsabilité. Contrairement à ce qu'on dit,

nul n'est censé ignorer la loi; dans la halakha, c'est le contraire. Si j'ignore la loi, je suis innocent. Par exemple, si je ne sais pas qu'il est interdit de manger des escargots, personne ne me l'a dit, je n'ai jamais appris, et que je mange des escargots, je ne suis pas coupable. Mais si je le sais et que je le fais quand même, alors je suis coupable. Hein ?

Dispense de la culpabilité. C'est très important à comprendre. C'est le principe qu'on appelle le tinok shenishba. Qu'est-ce que le tinok shenishba ? C'est le bébé captif. Un nourrisson, un enfant, qui a été enlevé par des goïm et qui grandit chez les …

Cours de Machon Meir

Dans la même série

281 cours du Rav Oury Cherki, donnés au Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Béréchit, Pensée juive, Abraham, Tour de Babel, Histoire d'Israël.

  1. 76
    Noa'h et l'arche : un sauvetage sans parole
    Le Rav Cherki compare Noa'h à Moshé, dissèque les dimensions de l'arche et interroge le silence du juste face à sa génération.
    54 min
  2. 77
    Les Ghiborim et les filles des hommes dans Béréchit
    Pourquoi la beauté féminine et la quantité l'emportent sur la qualité, jusqu'au déluge.
    55 min
  3. 78
    Les deux lignées, Caïn et Chet, dans Béréchit
    Comment la Torah oppose la lignée de Caïn à celle de Chet, de Hevel à Hénoch et Lémekh.
    17 min
  4. 79
    Caïn, le bannissement et les descendants de Caïn
    Caïn craint la vengeance, est banni vers l'autre moitié du monde, puis Yaval et Youval inventent l'économie et l'art.
    48 min
  5. 80
    La Tour de Babel et la tentation de l'uniformité
    Pourquoi l'unité forcée mène à la violence, et ce que la dispersion des peuples prépare selon le Rav Cherki.
    En cours de lecture
  6. 81
    Noa'h, juste ou dont la grâce est trouvée
    Le verset 8 oppose la grâce de Noa'h au tsadik du verset 9, et le cours montre comment les deux textes se lisent ensemble.
    50 min
  7. 82
    Sheth, Enoch et la lignée qui invoque le nom de Dieu
    Comment Sheth, Enoch, Mahalalel et Yéred prolongent la lignée d'Abel, face à celle de Caïn.
    53 min
  8. 83
    Caïn, Chet et la sagesse absente de Béréchit
    Pourquoi Chet est un nouveau Hével, et comment la richesse, la sagesse et la vaillance se combinent.
    51 min
  9. 84
    Noah, tsadik devant Elohim ou devant Hachem
    Pourquoi la Torah juge Noah tantôt juste, tantôt insuffisant, selon le nom divin employé.
    52 min
  10. 85
    Noa'h, le déluge et la morale de l'homme
    Pourquoi la grâce ne suffit pas à expliquer le salut de Noa'h, et ce que la mort de Métouchélah change au décret.
    52 min

— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?

Une question sur ce cours ?

La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.

Commentaires et questions au Rav