Liberté, contrainte et Pharaon selon Maïmonide
Comment le Rambam concilie libre arbitre, prescience divine et punition de l'Égypte, et pourquoi la galout doit cesser.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le libre arbitre face à la science de Dieu selon le Rambam, 16 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
## Introduction au huitième chapitre
Bonjour à tous. Nous en sommes au huitième chapitre du livre Chemonè Pérakim, et nous traitons de la liberté. Comme vous l'avez remarqué, nous sommes à la page trente-huit, c'est bien ça ? Oui, page trente-huit. Le livre est encore assez long, il va jusqu'à la page quarante-six, donc entre la page trente-huit et la page quarante-six. Il reste huit pages.
Nous allons traiter ces choses-là de manière extrêmement générale. Nous avons vu d'abord qu'il y a un grand principe: d'après le Rambam, l'homme est réellement et véritablement libre. C'est-à-dire que je fais ce que je veux, et que ce que je veux, je le veux sans aucune contrainte. Je mange des pommes de terre frites parce que je veux manger des pommes de terre frites. Il est possible que j'aime les pommes de terre, il est possible que je ne les aime pas, mais je les mange parce que je veux. Je veux quelque chose que j'aime, ou je veux quelque chose que je n'aime pas. Le fait que j'aime ou que je n'aime pas les pommes de terre frites n'a rien à voir avec mon choix. Je suis totalement libre. C'est le premier point dont a parlé le Rambam.
Il réfute évidemment toutes les positions que l'on appelle déterministes. Celles-ci voudraient dire que ce que je veux, je le veux parce qu'il y a une contrainte extérieure: une contrainte génétique, sociologique, astrologique, économique, éducative, enfin bref. Ou bien un décret de Dieu, le Maktoub: tout est décrété à l'avance. Le Rambam rejette tout cela, il affirme que l'homme est réellement libre. Et étant donné que l'homme est réellement libre, il est susceptible de recevoir un commandement, et donc d'avoir des interdictions, d'avoir une récompense ou d'être châtié. Tout cela a un sens à partir du moment où je suppose que le comportement de l'homme est entièrement libre. D'accord ?
Ça, c'est le grand principe qui a été admis la semaine dernière, et le Rambam nous a apporté plusieurs sources, tirées des prophètes, etc. Évidemment, il y a beaucoup d'objections à cela. Une des objections, par exemple: qu'est-ce que tu fais de la parole des Sages qui dit que tout est dans les mains de Dieu, sauf la crainte de Dieu ? Le Rambam répond: bien sûr, la crainte de Dieu, ce sont toutes les actions humaines. Et « tout est dans les mains de Dieu » désigne les doigts
de la physique. Par exemple, si je jette une pierre, elle tombe en vertu des lois de la physique. Mais est-ce que je vais la jeter ou ne pas la jeter ? Cela dépend de ma volonté. Donc tout est entre les mains de Dieu, puisque les lois de la physique font que les pierres tombent, mais la décision est entièrement autonome. C'est ce que disait le Rambam, nous l'avons vu la semaine dernière.
## La liberté de la collectivité
Maintenant, il y a des exceptions à cela, et là cela devient extrêmement important. Par exemple: la collectivité est-elle libre ? Pour l'individu, oui. Mais la collectivité ? La Torah nous annonce à l'avance qu'Abraham a reçu une prophétie qui lui dit: « Il faut que tu saches que ta descendance sera étrangère dans un pays qui n'est pas le sien. Ils seront asservis et affligés pendant quatre cents ans. Et le peuple qu'ils serviront, je le jugerai aussi, et après ils sortiront avec de grandes richesses. »
La question se pose alors: comment Dieu a-t-Il pu punir les Égyptiens de la servitude des enfants d'Israël, alors que cette servitude a été décrétée à l'avance ? C'est la question du Rambam.
La réponse du Rambam est très importante. Il dit: l'Égypte, en tant qu'entité collective, ne pouvait pas faire autrement que d'asservir Israël. C'est vrai. Mais l'Égyptien individuel, lui, ne le devait pas. Chacun, individuellement, doit rendre des comptes pour avoir participé à l'entreprise collective. Le Rambam fait donc ce qu'on appelle ici la différence entre la sociologie et la psychologie individuelle.
Dans la sociologie, il y a des processus inexorables. Si par exemple vous prenez une population et que vous l'affamez, qu'est-ce qui va se passer ? Il y aura une révolte. C'est prévisible à l'avance: on sait qu'une population affamée se révolte. Pas de problème. Mais qui, dans cette population, sera celui qui va fomenter la révolte, et qui va collaborer avec les forces de l'ordre ? Cela dépend du choix individuel. L'Égyptien est donc puni parce que rien ne l'obligeait, lui, en tant qu'individu, à asservir Israël. Le processus collectif, lui, était inévitable. Cela veut dire qu'il n'y a pas de libre arbitre dans les grandes masses, alors qu'il y en a dans la vie individuelle. Autrement dit, l'histoire a de grandes lignes directrices, plus ou moins fixées à l'avance.
— Alors qu'est-ce qui se serait passé si tous les Égyptiens avaient décidé de ne pas asservir Israël ? Et si l'Égyptien en question refuse d'asservir les Hébreux, il se fait tuer. Il n'a donc pas le choix ?
Il n'a donc pas le choix, dites-vous. Nous allons d'abord répondre à la deuxième question. L'Égyptien qui refuse de servir Israël a le choix de se faire tuer. Il a le choix, et la misère, c'est de ne pas faire. Cela dépend des cas. Il y a des cas où je dois même sacrifier ma vie pour ne pas transgresser telle ou telle mitsva de la Torah: donc la mort fait partie du choix. C'est comme quelqu'un qui dit: « Je ne veux pas faire mon service militaire, mais je
n'ai pas le choix. » Ah bon, pourquoi ? Vous pouvez très bien aller en prison. Il y a toujours un choix entre deux options. Si vous dites: « La prison, ce n'est pas une option pour moi », cela veut dire: « Je ne veux pas être en prison, je veux donc faire mon service militaire. » De même: « Je ne veux pas être assassiné par les Égyptiens, donc je servirai les enfants d'Israël. » C'est un choix, et c'est à partir de là qu'on est jugé.
Mais alors, dans le cas justement du pikouah néfech, l'Égyptien a-t-il le devoir de mettre sa vie en danger ? C'est un problème de halakha, cela peut se décider. Ce n'est pas toujours la mort: il y a des tas de décisions à différents échelons. Il y a eu par exemple, lors de la Shoah, alors qu'une majorité écrasante des Allemands adhérait à l'idéologie nazie, quelques Allemands courageux qui ont risqué leur vie, et qui, d'ailleurs, ont donné leur vie pour ne pas accomplir les actions qu'on leur demandait. Il y a donc des choix de ce genre.
Pour la première question — qu'est-ce qui se serait passé si chaque Égyptien avait refusé d'asservir les Hébreux ? Eh bien, cela aurait été repoussé à une autre génération ou à un autre peuple. Les forces directrices de l'histoire existent: il y a toujours la xénophobie, le refus de l'étranger, l'asservissement de l'étranger, etc. Mais cela peut se réaliser selon différentes modalités.
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