Le yetzer hara : ennemi ou allié ? Maïmonide face aux Sages
Pourquoi les philosophes voient le mal comme un défaut, et la Torah comme une force à diriger.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le libre arbitre selon le Rambam : les quatre arguments, 46 min
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## Une contradiction entre philosophes et Hakhamim
Nous sommes donc dans la dernière partie du sixième chapitre. La question qui se posait, c'était la contradiction entre deux enseignements: celui des philosophes et des prophètes, d'une part, et celui des rabbins, d'autre part.
Comment s'appelait le philosophe ? J'ai dit, j'ai dit les philosophes. Non, mais qui est mentionné ici ? Il ne dit pas le nom. Enfin, c'est Aristote, et entre autres également Abou Nasr Al-Farabi, qui est son grand commentateur au Moyen Âge, et sur lequel le Rambam se base beaucoup.
En tout cas, qu'est-ce que disent les philosophes ainsi que les prophètes ? C'est que le hassid est préférable au kovèche. Le hassid, c'est celui qui fait le bien et qui se sent… à l'aise. Il est à l'aise avec le bien. Tandis que le kovèche, c'est celui qui fait le bien, mais qui en souffre.
Donc, on avait vu que chez les philosophes et chez les prophètes, tout le monde est d'accord pour dire que le hassid est préférable au kovèche. Par contre, dans les textes de la Guemara, on a vu exactement le contraire: c'est le kovèche qui est préférable au hassid. Les Hakhamim n'ont-ils pas dit: « Lefi ha'tsaar agra », selon la souffrance, la récompense ?
Il y a même un texte que le Rambam a amené à la page 31: c'est qu'on ne doit pas dire « je voudrais bien, je ne veux pas, je n'ai pas le désir de manger du porc, je n'ai pas le désir de me vêtir de chaatnez, c'est-à-dire d'étoffe de lin et de laine. Je le voudrais bien, mais que faire ? C'est mon Père qui est au ciel qui me l'a interdit. » C'est-à-dire que l'instruction que nous donnent les Hakhamim, c'est de vouloir le mal et de le surmonter. D'accord ?
Donc, il y a ici une contradiction, a priori, extrême, entre l'enseignement des prophètes et des philosophes, d'une part, et l'enseignement des Hakhamim, d'autre part. D'accord ? Jusque-là, vous avez compris ?
Alors, tout le problème dont il est question ici, c'est la nature du yetser hara. C'est-à-dire: est-ce que le yetser hara, le mauvais penchant, est mauvais ou pas ?
Alors, si on va selon les philosophes et les prophètes, le yetser hara est un défaut. C'est une sorte de diable, en fait, exactement. C'est un défaut. Et donc, quand on est porté vers le yetser hara, même si on le domine, il y a quelque chose de négatif.
Tandis que, si on va selon l'enseignement des Hakhamim, au contraire, le yetser hara est une donnée de l'existence. Il est fait pour être dominé. Mais c'est une donnée, en soi; elle n'est pas dépréciable. Oui ?
— Alors, ça voudrait donc dire que la Torah va à l'encontre de notre nature ?
Non, ce n'est pas ça dont il est question. Parce que les Hakhamim admettent qu'il y a deux formes de relation envers le mal: une qui considère qu'aller vers le bien est naturel – c'est si je suis hassid –, et l'autre, qui est que si je vais vers le bien, je me surmonte. D'accord ?
D'accord. Maintenant, quand tu dis que la Torah est contraire à la nature, a priori tu as tout à fait raison. C'est vrai que la Torah est contraire à la nature. Elle est contraire à la nature de ce qu'on appelle le nefech. Elle n'est pas contraire à la nature de la neshama.
Je vais m'expliquer tout de suite. Vous savez, par exemple, il y a des éducateurs religieux qui sont très bien intentionnés, et qui font des gaffes pédagogiques absolument incroyables. Prenez un éducateur qui va donner un cours sur la prière. Il dit, avec un grand sourire: « Voilà, chers élèves, aujourd'hui nous allons apprendre la prière. Et je voudrais vous dire que prier est un mouvement naturel de l'être humain. » Alors le type se dit: mais il est cinglé, ce prof ! Parce que si c'est vrai ce qu'il dit, ça veut dire que la première chose que je veux faire le matin quand je me réveille, c'est de bondir hors de mon lit pour aller mettre les téfilines. Or, je sais, non pas par moi-même, mais par un ami à moi, qu'il est parfois difficile de se lever le matin. N'est-ce pas ?
Donc, dire que les mitsvot, c'est naturel, la prière, c'est naturel, c'est une sorte de folie pédagogique. Alors, il y a ici deux conséquences possibles. Soit l'élève se dit: le prof est fou. Soit il se dit: non, il a raison, puisque c'est lui qui donne la Torah, c'est lui qui sait, donc moi, je suis fou. Dans les deux cas, il y a quelque chose de destructeur qui a été fait.
Par contre, si on dit: nous savons que ta nature, c'est de rester au pieu, tu aimes dormir, c'est tout à fait normal. La prière, c'est ennuyeux, tu n'as pas envie. Mais ta neshama, elle, elle le désire. Simplement, tu n'as pas laissé de place dans ta conscience pour ta neshama. Alors, au début, fais des exercices. Petit à petit, tu vas adhérer. Tu vas adhérer, pas parce qu'on t'aura dénaturé, mais parce que ta neshama se sera introduite dans ton être. Bien clair, la différence ? Voilà. Bon.
— Oui, vas-y.
Alors, on peut employer l'expression « c'est naturel pour la neshama », simplement étant donné que la neshama elle-même n'est pas un être de nature. On peut donc dire que c'est adapté à la neshama.
Am Israël n'est pas un être naturel. Am Israël est un être surnaturel. C'est-à-dire que, du point de vue de la nature, le peuple juif ne peut pas exister. Pourquoi ne peut-il pas exister ? Tout simplement parce que, si tu vas selon la nature, étant donné que nos matriarches étaient stériles, elles ne pouvaient pas avoir d'enfants, par exemple. Ou bien, les conditions géopolitiques en Égypte étaient telles qu'on n'aurait jamais pu sortir d'Égypte. La dispersion des enfants d'Israël sur toute la planète était telle que l'idée de fonder l'État d'Israël était absolument absurde, etc.
C'est-à-dire qu'il y a, si tu vas selon les données de la nature, une existence – même l'existence physique du peuple juif – qui est paradoxale.
Par exemple, l'ouverture de la mer: maintenant, ça a été « prouvé » que c'était un phénomène naturel, parce que les scientifiques disent que c'est un assèchement climatique, un assèchement spontané de la mer. Mais comment peut-on assécher la mer à lui ?
— Je ne sais pas comment réagir.
Je reprends ton objection. Tu dis: le passage de la mer Rouge, il a été scientifiquement prouvé, affirmes-tu, ça lui sert encore dans un truc de science populaire; il a été scientifiquement prouvé que c'est un phénomène naturel, étant donné qu'il y a un assèchement climatique brusque, etc. Bon, essayons d'être rapides. N'importe quoi. Bon.
Continuons. Donc, tout le problème est ici, effectivement. Non, non, c'est très bien, ton attention était bonne, hein. Bon, il y a un prix de consolation, t'en fais pas, tu reçois un paquet de …
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