Abraham descend en Égypte : deux famines, deux projets
Le texte parle de deux famines : une physique en Erets Israël, une autre, intérieure, en Égypte, que la sagesse de l'Égypte ne comble pas.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Abraham, l'alliance et la promesse de multitude, 47 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Enfin bref, cette recommandation est utile également pour ceux qui regardent sur internet, du coup. En tout cas, nous sommes dans le livre de Béréchit, au chapitre Yud-Bet, chapitre 12. Alors, vous vous rappelez qu'il y avait deux départs d'Abraham, ou pas ? Ça vous dit quelque chose ? Il y a un premier départ où Abraham s'acquitte de sa fidélité au projet de Dieu. Et dans le deuxième départ, Abraham essaye de prolonger son projet antérieur, son projet à lui.
Vous vous rappelez donc que, d'après notre analyse du texte, Abraham était porteur de deux projets différents. Pas opposés, mais différents. Le premier projet d'Abraham, antérieur à la révélation, c'était quoi ? C'est ça: fonder une religion cosmopolite, monothéiste, destinée au monde entier. C'est-à-dire que le public auquel Abraham s'adresse, c'est l'ensemble des individus de la terre. On peut donc dire que le projet d'Abraham est de sanctifier la vie des hommes par la émouna, et que cette sanctification se fasse à travers la vie de l'individu, c'est-à-dire que chaque individu sanctifie sa vie. C'est ce qu'on appelle la sainteté individuelle, en hébreu kedoucha haprat.
Nous avons vu que le projet imposé à Abraham par la Providence est un projet d'un autre ordre. HaKadosh Baroukh Hou lui ordonne de fonder une nation, et donc que le canal de la sainteté dans le monde soit la collectivité. Ça s'appelle la sainteté collective, en hébreu kedouchat haklal. Vous vous rappelez de tout ça ? Haprat, pardon, haklal, bien sûr. C'était pour voir si vous faites attention. Donc c'est l'idée de kedouchat haklal.
Et la kedouchat haprat, la sainteté individuelle, implique un effort de type religieux, tandis que la kedouchat haklal, la sainteté collective, implique la dimension politique. Donc, l'innovation d'Abraham, celle à laquelle il était invité à participer, c'est-à-dire: on ne va plus faire de la religion, on va faire de la politique. Non pas de la politique au service de la religion, mais de la politique à la place de la religion. C'est-à-dire que la relation envers Dieu passe par le collectif au lieu de passer, comme auparavant, par l'individuel. Voyez-vous, c'est ça, le chidouch d'Abraham.
Oui ? Abraham avait un projet religieux. Ce projet était antérieur à la révélation de Dieu.
— J'ai pas compris. Tu dis que le mot « religieux » ne veut rien dire.
Ça veut dire qu'il y a un mot en français qui ne veut rien dire. Il est écrit dans les dictionnaires, mais il ne signifie rien. On peut donc dire que Pinocchio…
— J'ai rien compris à ce que tu dis. La religion, c'est un culte.
J'ai rien compris à ce que tu veux dire. Quelle est ta question ?
— C'est-à-dire que jusqu'à présent, Abraham s'occupait de religion, et à partir d'un moment, Dieu se révèle à lui et lui dit: maintenant tu vas faire de la politique, tu vas fonder une nation. Quel est le problème ?
Oui, bien sûr, ça vient à la place. C'est-à-dire que le religieux, c'est une relation envers l'infini, envers le divin, qui passe par l'individu: c'est l'initiative de l'individu. Tandis que le collectif, ça ne passe pas par l'individu, mais par le collectif, et ce n'est pas une initiative, c'est quelque chose qui est imposé d'en haut.
Il y a deux points sur lesquels il y a une différence entre le projet d'Israël et le projet de la religion. La religion, c'est individuel et ça va de bas en haut, tandis que le collectif d'Israël passe par la collectivité et est imposé de haut en bas. Ça s'appelle de la prophétie, en hébreu des voies. Oui, c'est-à-dire que la Torah n'est pas une religion, la Torah est une identité collective. Il y a un peuple juif. D'accord ?
Tu vois ce que je veux dire, ou pas ? Ah, alors tu te demandes, là tu poses une nouvelle question. Une nouvelle question qui est intéressante en soi: quelle est la place de l'individu, de la vie existentielle individuelle, dans le klal ? C'est ça, ta question ? D'accord ? Est-ce que tu es d'accord ? Très bien. Eh bien, la réponse est qu'il y a dans le monde, si vous voulez, trois manières d'aborder ce problème.
Il y a ceux qui préfèrent le collectif à l'individuel: tout ce qui est collectiviste, par exemple le communisme ou le fascisme, etc. Ce sont des idéologies qui ne considèrent pas l'individu, qui considèrent uniquement la masse, et l'individu est donc effacé par rapport à ça. Il y a des tendances individualistes dans le monde, par exemple l'anarchisme ou le libéralisme, l'humanisme, etc., qui considèrent l'individu comme étant le centre de tout, et qui effacent donc le collectif au profit de l'individu.
Et il y a, dans la Torah, quelque chose de différent: ce qu'on appelle Klal Tzoutzach Lifrat ou Prat Tzoutzach Lichlal. Le collectif a besoin de l'individu, et l'individu a besoin du collectif. Ça s'exprime, par exemple, dans la manière de compter les enfants d'Israël qu'on voit dans le livre de Bamidbar. Avant de passer au livre de Bamidbar, il y a deux manières de compter les gens. Soit on dit: voilà, combien de personnes y a-t-il ici ? Il y en a 3 427. 3 427, c'est un chiffre collectif, qui ne dit rien à l'individu, parce que imaginez qu'un des individus disparaisse mais qu'un autre vienne à sa place: le chiffre 3 427 reste. Et on peut donner un chiffre: combien d'enfants d'Israël y a-t-il ? Il y en a 603 550. C'est comme ça que c'est compté dans le livre de Bamidbar.
D'un autre côté, on peut dire les noms. Qui est là ? Il y a Albert, Doudou, Jojo, Hermantrude et Jessica. Ces noms sont pris au hasard; il pourrait y en avoir d'autres. Quoi ? Aucune importance, justement. Je veux dire que ces noms sont tout à fait pris au hasard. Mais il y a un avantage à ces noms-là: ça respecte l'individualité de chacun. D'un autre côté, il nous manque le chiffre. Or, ce que dit la Torah, quand on compte les enfants d'Israël, c'est: il faut les compter bemispar Chemot, dans un chiffre et dans leurs noms. C'est-à-dire qu'il y a à la fois le chiffre, et il y a également les noms. D'accord ?
Ça donne une relation de l'individualité à la collectivité, inversement. Autrement dit, plus je m'attache au collectif, plus mon individualité prend de sens. Elle n'est pas effacée, c'est là que je commence à remplir un rôle véritable. Quoi pour ? Est-ce qu'il y a un sens à mon existence ? On pourrait dire… Quel ?
Pour qu'il y ait un sens à mon existence… Vous avez ici une visite du directeur du Machon Meir, Tzvika Arzi, qui nous fait l'honneur de sa présence. Où j'en étais ? Ah oui: est-ce qu'il y a un sens à mon existence ? Eh bien, c'est très simple. On pourrait dire: puisque ma vie doit avoir un sens, je dois veiller à mon individualité exclusivement, me couper du collectif, parce que le collectif m'assimile, m'engloutit. C'est la terreur, donc, de …
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