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Béréchit bara : la création par l'histoire

Pourquoi « éleh » efface l'ancien commencement, et comment l'homme achève la création à travers les toledot.

50 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Caïn, Hével et la descendance de Caïn, 54 min

Début du cours (texte)

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bon, eh bien, cher tout le monde, nous allons passer au chapitre Bet, verset Dalet. Ceux qui n'ont pas de livre peuvent se servir, il y en a ici aussi. Très bien.

« Le jour où Hachem Elohim, l'Eternel Dieu, a façonné terre et ciel. » Voilà. C'est un très beau verset, que j'aurais mis, moi, au début de la Torah si on m'avait demandé mon avis. Or, il y a un autre verset au début de la Torah qui ressemble beaucoup à celui-ci, du point de vue de son contenu: « Béréchit, bara Elohim et hachamaïm véèt haarets. » Lors du commencement, Elohim a créé le ciel et la terre. Et là, on a l'impression qu'on revient sur le sujet.

Deuxièmement, ce qui m'intéresse beaucoup ici, c'est le sens du premier mot du verset, le mot éleh. Que veut dire éleh ? « Voici », n'est-ce pas ? Et, en vérité, il y a dans la Torah deux mots pour dire « voici ». Parfois on dit éleh, parfois on dit véèleh.

Quelle est la différence entre les deux expressions ? D'après les midrachim, quand on dit véèleh, c'est pour ajouter sur ce qui a été dit plus haut. Quand on dit éleh, littéralement, c'est pour disqualifier ce qui a été dit plus haut. C'est très bizarre. Parfois la Torah dit véèleh: elle veut en rajouter. Parfois elle dit éleh: elle veut supprimer ce qui avait été avant.

Si c'est vraiment comme ça, pourquoi l'écrire, ce qui était avant ? Puisque de toute façon on veut le disqualifier. Cela veut dire que, non pas qu'on disqualifie vraiment, mais qu'on recommence à zéro. Il y a un nouveau commencement. C'est comme si le monde était créé deux fois.

Une première fois: Béréchit, bara Elohim, et hachamaïm véèt haarets. Si tu t'intéressais, par exemple, à me voir, il serait bon que tu déplaces un petit peu la chaise, tu verras que tu me verras mieux. Enfin, c'est une idée. Mais ce n'est pas obligé.

— Ah, c'est mieux, comme ça. Ah, génial.

Il y a donc un premier commencement, une première création du monde, qui est décrite dans le premier chapitre. Il y a une autre création du monde, décrite dans le chapitre Bet. Évidemment, ce n'est pas la même. Quelle est la différence ? C'est le terme qui est employé pour parler de cette création. Au premier verset de la Torah, le mot employé, c'est bara, créer.

Et là, le mot employé, c'est toledot, engendrement. Toledot vient du mot léholid, engendrer. Yeled, un enfant, celui qui est né, celui que l'on a fait naître. Et les toledot, ce sont les engendrements du ciel et de la terre. Qu'est-ce que c'est, les engendrements ? En français, on dit plus simplement: l'histoire. C'est-à-dire une création du monde.

Métaphysiquement, c'est Dieu qui fait le monde. Et puis il y a une autre création: c'est l'homme qui fait le monde. Comment l'homme fait-il le monde ? Eh bien, à travers l'histoire, à travers les engendrements. Il y a un projet qui commence avec le premier homme, qu'on appelle Adam, et qui s'achève avec l'homme achevé, qu'on appelle Ben Adam, fils de l'homme. C'est un des noms, par exemple, du Machiah. Dans plusieurs sources, le Machiah est appelé Ben Adam, fils de l'homme.

Adam, à l'origine, c'est encore tout à fait primaire, pour ne pas dire primitif. Et puis cela s'achève avec Ben Adam, l'homme complètement achevé. Et au milieu, qu'est-ce qu'il y a ? Eh bien, au milieu, il y a nous.

La différence fondamentale entre Adam et Ben Adam, c'est qu'Adam est l'homme inachevé, celui qui n'a pas encore accompli le projet du septième jour, dont on a parlé précédemment. On avait étudié ça, n'est-ce pas ?

Lorsque le projet du septième jour est achevé, c'est-à-dire le projet de la kedoucha, donc de la relation immédiate entre le Créateur et la créature, sans danger, sans annihilation, alors on est arrivé à Ben Adam. Il commence à participer. Il est sous le poids d'un investissement massif de la part du Créateur. C'est Dieu qui a fait 99 % du premier homme; il ne lui reste que très peu à faire. À la base, il aurait dû y avoir que lui. Je ne sais pas, je ne crois pas. À la base, il aurait dû y avoir l'homme et son fils. Le fils de l'homme, le Ben Adam, c'est la réussite de l'homme. On peut dire ça comme ça.

Il y a, pour un point, tu risques de te casser le dos, ce serait assez pénible. Dans l'enseignement du Rav Hachlag, des commentateurs du Zohar, dans son commentaire, le Soulam, il explique que le problème fondamental de la créature, c'est qu'elle est exactement le contraire du Créateur. Le Créateur, c'est celui qui donne l'être. La créature, c'est celle qui reçoit l'être. Donc, le fait même d'être une créature fait que je suis exactement le contraire du Créateur. C'est terrible. À la limite, cela voudrait dire que je suis mal. Je ne peux pas ne pas recevoir. Et recevoir, c'est mal. Donc je suis mauvais dans mon être. Et il vaudrait mieux disparaître. Ça, c'est l'option mystique.

Mais justement, c'est tellement différent. Étant donné que Dieu est le bien absolu, être le contraire de Lui, c'est être le mal absolu. Mais qu'est-ce qui fait ma différence ? C'est le contraire: en quoi suis-je différent ? Lui donne, moi je reçois. Pourquoi est-ce le mal de recevoir ? Parce que c'est immoral. C'est un confinement de l'être dans la réception, c'est-à-dire de l'égoïsme. Cela me réduit à un point, n'est-ce pas ?

Imagine que tu arrives chez des amis, et que tu as très faim. On t'ouvre la porte, la première chose que tu dis, c'est « à manger ». Ça ne se fait pas, c'est contre la politesse. Alors la politesse, c'est: « Ah, vous prendrez bien quelque chose ? » — « Oh, nous ne voulons pas déranger. » — « Mais si, mais si, faites quand même. » — « Bon, d'accord, je prends. Ça vous fait plaisir que je prenne, je prends. » C'est pour vous faire plaisir. Il y a quelque chose d'un peu hypocrite dans tout ça, oui. Mais en tout cas, ce qu'il y a, c'est qu'on a d'abord brisé ce qu'il y a de choquant dans le fait de recevoir.

Après, il y a encore plus, et ça peut aller plus loin. C'est-à-dire qu'avant d'aller chez mon ami, j'ai mangé pour ne pas avoir faim, et quand il va m'offrir quelque chose, je vais le prendre uniquement pour lui faire plaisir. Je reçois pour donner. C'est tout un travail, un travail de transformation, de la réception en don. Mais le point de départ est extrêmement négatif.

C'est comme un enfant qui vient de naître. Qu'est-ce qu'il veut ? Il veut manger, qu'on lui change ses langes, qu'on lui chante une berceuse, qu'on lui donne de l'affection, de la chaleur. Il ne veut que recevoir. Si vous traduisez ce comportement chez un adulte, cela donne un rat, un méchant. Simplement, chez l'enfant, c'est tellement mignon. Parce que c'est ça qu'on lui …

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