Orot veKelimאורות וכלים
Se connecter

Fadila Maaroufi : l'islamisme et la haine en Europe

Une militante bruxelloise témoigne de la violence intrafamiliale et de l'endoctrinement des femmes dans les mosquées.

13 min

Ensuite : Israël, l'Occident et l'islam après le 7 octobre, 32 min

Début du cours (texte)

Lire le début du cours

Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

— Elle est issue d'une famille d'origine marocaine, troisième génération, travailleuse sociale, très investie dans la résistance à l'islamisme. Elle dirige depuis deux ans maintenant un observatoire, l'Observatoire des fondamentalismes, qu'elle a fondé à Bruxelles. Elle a aussi collaboré à un ouvrage qui s'appelle Cacher cet islamisme, voile et laïcité à l'épreuve de la cancel culture. C'était d'ailleurs sous la direction de Florence Bergeau-Blaclair.

— Et elle est spécialement venue ce soir pour nous dire un mot. Fadila Maaroufi, si vous voulez bien venir nous voir. On a programmé une interview au mois de juin, donc on aura l'occasion de parler de votre travail. Je tenais quand même à ce que vous disiez un mot ce soir. Vous êtes venue de Belgique spécialement pour cette soirée. Fadila Maaroufi.

Fadila Maaroufi: On est d'accord qu'on est sur une dizaine de minutes. Merci. Je ne vais quand même pas la faire trop longue, parce qu'on a écouté et entendu ces brillantes interventions juste avant, avec lesquelles je souscris complètement. Moi, tout d'abord, ça fait quelques années que j'avais envie de venir visiter Israël et Jérusalem. Là, c'est chose faite, grâce à Florence qui m'a offert ce cadeau d'anniversaire.

Je suis assez émue, en fait, de venir visiter Jérusalem. Je suis aussi émue parce que j'ai eu pas mal de messages. J'ai posté évidemment tout ça sur les réseaux sociaux, et j'ai eu énormément de messages. Des messages négatifs, ça, on a l'habitude. Mais surtout, ceux que j'ai envie de vous transmettre, puisqu'on m'a demandé de le faire, on m'a dit: « N'oublie pas, dis bien qu'on est tous avec eux et qu'on vous soutient. » Ce sont aussi bien des personnes issues de familles musulmanes que non musulmanes. Donc, je passe le message.

Ce que j'avais surtout envie de dire, c'est que moi, je viens de Bruxelles. Je suis née à Bruxelles et je suis de troisième génération, issue de familles musulmanes d'origine marocaine. J'ai 48 ans. Enfin, je les aurai demain.

Et pendant ces 48 ans, j'ai vu l'islamisme monter à Bruxelles. J'ai vu ce fondamentalisme. Et à travers ce fondamentalisme, ce que j'ai pu constater, c'est la haine qu'on nourrit au sein de nos familles, la haine qu'on nourrit au sein de la communauté contre les Juifs et contre les autres, c'est-à-dire tous ceux qui ne sont pas musulmans. Moi, déjà, enfant jusqu'à l'âge adulte, ça m'a posé énormément de problèmes et de questions, parce que je ne pouvais pas admettre ni concevoir cette violence, et parce que je connaissais aussi la condition de la femme. Il y a deux sujets qui revenaient très souvent dans les mosquées à Bruxelles ou ailleurs: la question des Juifs et la condition des femmes musulmanes, quand on est une bonne musulmane, et quand on ne l'est pas, surtout. Où est-ce qu'on va finir ? En enfer, et on nous décrit l'enfer.

Donc, j'ai très vite réalisé que ma place au sein d'une famille musulmane n'était pas la plus confortable pour moi si je voulais vivre en liberté. J'ai grandi avec cette idée-là, et des années plus tard, je me suis retrouvée à être travailleuse sociale. Je vous passe les étapes, parce qu'en dix minutes, c'est très court.

Mais là où je voulais surtout en venir, c'est que j'étais travailleuse sociale, et j'ai découvert aussi ce que je connaissais malheureusement déjà, mais ça m'a été confirmé: c'est la violence intrafamiliale au sein des familles musulmanes. Cette violence est perpétrée par la famille, elle est perpétrée par les enseignants dans les madrassas, dans les écoles coraniques, sur les enfants de confession musulmane. Et elle a fini par me faire prendre conscience que toute cette violence qu'on voit maintenant se déployer un peu partout est aussi, pour eux, une manière d'exprimer ce qu'ils ne peuvent pas exprimer au sein même de leur famille.

Beaucoup de sociologues ou d'anthropologues disent: si des gens passent à l'acte et deviennent djihadistes, c'est parce que la société les a discriminés, ou parce qu'ils sont socialement et économiquement défavorisés. En réalité, c'est surtout parce qu'il y a une violence intrafamiliale, il y a une grande violence et une grande souffrance au sein des familles de la communauté musulmane, qu'on ne peut pas exprimer. La seule chose qu'on nous autorise dans ces familles et dans les mosquées, c'est d'être violent à l'égard des autres, que ce soient les juifs, les mécréants, les chrétiens, etc. Et donc il est très facile, du coup, de passer à l'acte, et on devient même des héros quand on passe à l'acte contre ces ennemis qui ont été désignés.

Après le travail social, j'ai voulu comprendre tous ces phénomènes, et donc j'ai entrepris des études en anthropologie. J'ai infiltré les sœurs musulmanes et les salafistes à Bruxelles, tout ce milieu-là. Au début, je devais faire un travail de six mois, ça a duré trois ans, parce que j'ai compris qu'il se passait quelque chose d'extrêmement important auprès des femmes. J'ai compris que les femmes étaient vraiment les soldats d'Allah, que c'étaient elles qui transmettaient aux enfants, qu'elles étaient chargées d'éduquer les enfants sur les voies de l'islam.

La plupart des femmes qui venaient dans ces mosquées pour étudier l'islam, c'était suite au départ de ces jeunes qui partaient en Irak et en Syrie. On a entendu dans la presse belge que, si ces jeunes partaient, ce n'était pas à cause des mosquées ou de tous ces enseignements dans les mosquées, mais surtout à cause de quelques individus radicalisés dans les quartiers, qu'ils venaient recruter. Donc beaucoup de femmes musulmanes ont couru vers les mosquées. Quand je leur ai demandé pourquoi elles étaient là, elles m'ont répondu: « C'est parce que je ne veux pas que mon fils ou ma fille partent en Syrie et en Irak, donc je dois apprendre le véritable islam pour empêcher que mes enfants soient endoctrinés. »

Au bout de six mois, et en réalité très vite, je me suis rendu compte qu'elles-mêmes étaient endoctrinées. Elles ont commencé à accepter des propos tenus par ces femmes qui leur enseignaient que les prochains à exterminer, c'étaient les pédés et les juifs.

Et avec un sourire, avec un timbre de voix tellement simple. C'est autre chose que Youssef al-Qaradawi, où là, on voit qu'il y a une haine, etc. Ici, en Europe, on a surtout des individus, des élites musulmanes, qui font passer leurs idées d'une manière tellement gentille, avec le sourire, que finalement, peut-être que tout le monde en est déconcerté et finit par l'accepter, même les Occidentaux, même les Français ou les Belges de souche. C'est à ça qu'il faut faire très attention.

Il y a aussi, quand vous avez des anesthésistes, je fais très, très rapide, donc j'espère que je vais être très claire, mais il y a beaucoup d'anesthésistes, vous savez, quand vous avez ces groupes interreligieux pour le vivre ensemble. Il y a quelques jours, certaines personnes m'ont dit: « C'est bien, ces échanges qu'on fait avec les musulmans, les juifs et les chrétiens, ça permet d'apprendre à nous connaître. » Et moi je leur dis: mais vous savez, ils vous connaissent mieux que vous ne vous connaissez. Détrompez-vous si …

Cours du Centre Begin

Dans la même série

78 conférences et rencontres du Centre Menahem Begin (Jérusalem), en français : histoire d'Israël, sionisme, pensée juive. Environ 59 h.

  1. 12
    Israël, Occident et islam après le 7 octobre
    Une soirée d'analyse sur le regard de l'Occident envers Israël, l'islam politique et la haine qui s'exprime depuis le 7 octobre.
    8 min
  2. 13
    Georges Bensoussan : le sionisme face à l'Occident
    Pourquoi le sionisme n'est pas une réponse à l'antisémitisme, et comment l'Occident l'a perçu de ses débuts à 1948.
    25 min
  3. 14
    Florence Bergeaud-Blackler et l'enquête sur le frérisme
    Comment les Frères musulmans s'implantent en Europe, par l'endoctrinement, les réseaux et l'entrisme.
    33 min
  4. 15
    Antihébraïsme, islam et Occident face à Israël
    Comment le Coran, la Sira et le hadith façonnent l'hostilité envers les Juifs, selon Ephraïm Herrera.
    33 min
  5. 16
    Fadila Maaroufi : l'islamisme et la haine en Europe
    Une militante bruxelloise témoigne de la violence intrafamiliale et de l'endoctrinement des femmes dans les mosquées.
    En cours de lecture
  6. 17
    Israël, l'Occident et l'islam après le 7 octobre
    Table ronde sur la terreur, la culpabilité en Europe, la division interne d'Israël et le courage de défendre un projet commun.
    32 min
  7. 18
    Le chemin de Jérusalem et la métanoïa du sionisme
    Comment l'État d'Israël peut retrouver sa souveraineté, sa philosophie politique et son identité juive.
    1 h 40
  8. 19
    Herzl : la censure de sa mémoire juive
    Comment les journaux intimes de Herzl révèlent un homme attaché à la tradition, et pourquoi son image a été déformée.
    1 h 31
  9. 20
    Achever Sartre : Sartre et Benny Lévy dans L'Espoir maintenant
    Le dernier entretien de Sartre avec Benny Lévy, sa publication de 1980 et la bibliothèque de Sartre à Jérusalem.
    1 h 33
  10. 21
    Un an après le 7 octobre : les défis identitaires d'Israël
    Denis Charbit, Daniel Haïk et Stéphane Amar débattent de ce que le 7 octobre a changé dans la société israélienne.
    2 h 11

— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?

Une question sur ce cours ?

La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.

Commentaires et questions au Rav