Israël, l'Occident et l'islam après le 7 octobre
Table ronde sur la terreur, la culpabilité en Europe, la division interne d'Israël et le courage de défendre un projet commun.
Georges Bensoussan
Ensuite : Le chemin de Jérusalem et la métanoïa du sionisme, 1 h 40
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Peut-être qu'il y avait une question pour prolonger ce que vous disiez tout de même, Fadila. Quelle est la proportion aujourd'hui des musulmans qui sont impliqués dans le combat des Frères musulmans ?
— Alors, on est arrivé là, à l'heure actuelle, à trois ou quatre générations de jeunes qui ont été endoctrinés par l'idéologie frériste. Donc, ça fait 40 ans qu'ils opèrent. Il n'y a pas de statistiques, évidemment. Mais on peut le voir, en tout cas, dans les actes de tous les jours. On le voit en politique, dans leurs discours et dans la manière de se comporter.
Alors, « repenser le monde après le 7 octobre », c'est le thème. C'est un thème un peu libre. Je vais vous donner la parole. Qu'est-ce qui a changé ? Qu'est-ce qui est quand même en train de changer ? Qu'est-ce qu'on peut espérer qui changera in fine ? Pour vous, peut-être aussi ?
Pour Israël, pour l'Occident, pour le monde, Fadila, je vous redonne la parole en premier. Qu'est-ce qui a changé le 7 octobre pour vous, fondamentalement ?
— Déjà, ce qui a changé, c'est que maintenant, on croit peut-être un peu plus au sein de la communauté juive, en tout cas en Belgique ou dans d'autres pays. Quand j'en parlais avant, déjà en 2020, quand je disais que la seule chose que les musulmans regrettent, c'est que Hitler n'ait pas terminé ce qu'il a commencé, tout le monde me regardait en me disant « tu exagères ». Et depuis le 7 octobre, je pense que les gens ont été sidérés par la violence, par ces images. Donc pour moi, ce qui a changé, c'est vraiment ça: on ne pourra plus retourner en arrière, on ne pourra plus dire que ça n'existe pas et que ça n'a pas existé.
Et maintenant, ce qui nous attend, et j'espère en tout cas, c'est ce qui va être fait, c'est ce que nos trois intervenants ont fait: il va falloir accélérer le pas, communiquer un maximum, faire comprendre aux gens c'est quoi ce conflit, qu'est-ce qui se passe derrière, faire comprendre ce conflit, l'idéologie frériste, etc. Parce que je pense que beaucoup de citoyens voient sur le terrain. Je pense qu'effectivement, comme disait Florence, les citoyens voient ce qui se passe, mais ils ne le comprennent pas.
Parce qu'au niveau politique et médiatique, on essaye de cacher encore, on essaye de camoufler, on essaye d'être dans le déni, parce qu'il y a une peur, je pense, derrière. Et surtout, ils ne savent pas comment gérer la situation, parce qu'il y a quand même une forte population musulmane en Occident. Florence Bergeau-Blaquer, finalement, on dit « repenser le monde après le 7 octobre », c'est peut-être tout simplement être capable de le mieux penser.
Après, il y avait cet aveuglement dont on a parlé, cette volonté de ne pas voir. Est-ce que vous avez confiance dans le fait qu'effectivement, quelque chose aura changé dans les populations, pour que quelque chose d'autre se produise après le 7 octobre ?
— C'est difficile. Quelque chose a changé, ça c'est certain. Émotionnellement, on le sent. Il y a eu une terreur. La terreur était déjà palpable aussi à Paris. On a eu plusieurs attentats. Il y a eu Charlie, il y a eu le Bataclan. Il y a eu, bien sûr, avant, l'attentat contre les enfants de l'école Ozar Hatorah. Donc il y a une terreur qui s'est installée dans la société, et il y a un verrou qu'il faut faire sauter aujourd'hui. C'est celui de la culpabilité.
Je pense que de ce point de vue-là, on a dit aux Français que s'ils s'élevaient contre ces manifestations terrifiantes, ils étaient islamophobes, au point que les Français, les Européens, avaient plus peur finalement d'être traités d'islamophobes que des terroristes. Et donc c'est ça qui, je pense, est en train de bouger. Finalement, quand les gens voient ce qui s'est passé le 7 octobre ici en Israël, ils se disent: ça peut quand même nous arriver à nous. On a bien en face des gens qui sont des terroristes, et nous ne sommes pas coupables. Ça, c'est quelque chose qui est en train de bouger.
Donc il y a une solidarité. Georges Bensoussan l'a rappelé. Il y a quand même une solidarité des Français, de la plupart des Français, vis-à-vis d'Israël, malgré l'endoctrinement médiatique qui est celui surtout des chaînes publiques. Il y a aussi des chaînes privées qui ne jouent pas ce jeu-là, et heureusement. Mais ça ne prend pas dans la population, et ça, c'est quelque chose qui laisse voir quand même peut-être des horizons meilleurs.
Sur la proportion des musulmans qui seraient frérisés, on peut dire quand même qu'on a des éléments de sondage. Ce ne sont pas vraiment des enquêtes. Il faudrait pousser ça davantage. Mais on estime qu'entre 60 et 70 % des jeunes préfèreraient la loi, la charia, aux lois de la République. C'est quand même énorme. Des jeunes musulmans. Des jeunes musulmans, bien sûr.
— Georges Bensoussan, sans peut-être un mot sur ce que vous venez de dire, puisque vous avez bien l'air d'être d'accord avec ce que disait Florence ?
— Oui, ce que dit Florence est tout à fait juste sur les Juifs et les musulmans, parce qu'une enquête du début du mois de mai de l'American Jewish Committee et de la Fondapol de Dominique Reynié montre un gouffre entre les Français musulmans et les Français tout court. Par exemple, plus de 52 % des Français, en général, considèrent que les Juifs sont le groupe le plus stigmatisé aujourd'hui en France, mais 15 % seulement des musulmans le pensent.
Et puis un deuxième chiffre que je donne de mémoire, ce qui est déjà énorme d'ailleurs: 30 % des Français pensent, 30 %, un sur trois, que les Israéliens font aujourd'hui aux Palestiniens ce que les nazis ont fait jadis aux Juifs. 30 %, c'est énorme, mais 65 % des musulmans pensaient la même chose. C'est considérable. Et il y a d'autres chiffres, comme ça, j'arrête la liste, qui montrent qu'il y a un gouffre dans la perception.
Et qui montre bien qu'il y a quand même, malgré tout, parce que c'est vrai qu'on peut s'épouvanter du chiffre de 30 %, il y a 70 % des Français qui ne le pensent pas. Donc il y a quand même un môle de résistance de la société française à cette idéologie, dont le service public des médias joue un rôle particulièrement néfaste. C'est vrai, mais il y a quand même une résistance de la société française, parce que cette société a connu le Bataclan, Charlie Hebdo et tout le reste.
C'est-à-dire que le Hamas, elle l'a vu sur place. Il y a un mot à propos du 7 octobre. Il est beaucoup trop tôt pour savoir ce que ça peut changer. Mais il y a une chose au moins qui est certaine du côté israélien: c'est la confirmation que ce conflit n'est pas un conflit classique. C'est un conflit où la menace est existentielle et où il y a des dimensions anthropologiques qui échappent à la plupart des Occidentaux.
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