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Le chemin de Jérusalem et la métanoïa du sionisme

Comment l'État d'Israël peut retrouver sa souveraineté, sa philosophie politique et son identité juive.

1 h 40

Ensuite : Herzl : la censure de sa mémoire juive, 1 h 31

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

On va commencer. Je voudrais en exergue avant tout remercier très vivement le Centre Menachem Begin et son département francophone, mené par Yoël Haddad, que certains d'entre vous connaissent, et qui malheureusement n'est pas là ce soir en raison d'un deuil familial. Il n'est pas là pour nous accueillir, et je veux donc aussi évidemment remercier de nous faire part de sa présence.

En ce qui concerne le Centre Begin, c'est déjà un accomplissement, grâce à ce département francophone, de reconnaître, comme cet organisme le fait, au cœur de Jérusalem, et donc au cœur d'Israël, l'existence et l'importance d'une pensée francophone, une pensée juive francophone, un pôle francophone, qui reconnaît l'importance d'une pensée juive francophone, et aussi bien sûr d'un public israélien francophone que vous incarnez.

Alors, cher Shmuel, je m'étais demandé avant de commencer cette conférence si vous faisiez partie ou non de la catégorie des personnes qu'on présente, tant votre œuvre est importante et volumineuse. J'avais donc pensé qu'on pouvait tout de suite rentrer dans le vif du sujet, mais je vais quand même donner quelques jalons très rapides. Vous êtes professeur des universités dans le domaine de la sociologie, et aussi de la philosophie.

Vous avez publié 35 ouvrages en 45 ans environ, et pas des ouvrages de bande dessinée, bien que la bande dessinée puisse aussi avoir sa place. Vous avez donc écrit de nombreux ouvrages que vous avez signés, je peux en citer quelques-uns, et aussi des ouvrages collectifs, dont les quatre tomes de La société juive à travers l'histoire, dont le dernier est paru aux éditions Fayard en 1993. Certains titres jalonnent votre œuvre écrite, notamment Le récit de la disparue, paru en 1977, La nouvelle question juive, paru tout de suite après, et tant d'autres. Je citerai simplement les derniers, dont certains ont été traduits en hébreu, parce qu'on ne peut pas citer 35 ouvrages. Ça paraît d'ailleurs surréaliste qu'un même auteur puisse publier des ouvrages de poids à une fréquence aussi soutenue.

Je cite entre autres L'idéal démocratique à l'épreuve de la Shoah, dont vous me disiez à l'instant qu'il avait été traduit en hébreu, mais qu'à l'époque on n'avait pas trouvé d'éditeur. D'autres encore, en passant par Qu'est-ce que la religion ? aux éditions Flammarion en 2004, et La religion des sociologues. Il y a aussi La démission de la République, juifs et musulmans en France, en 2003 déjà. Et puis un ouvrage central sur le processus d'Oslo, Les frontières d'Auschwitz, les ravages du devoir de mémoire, paru en 2005, et qui a été traduit en hébreu. Un autre ouvrage qui a compté aussi, c'est L'avenir des Juifs de France, en 2006, chez Grasset.

Un ouvrage de pensée juive tout à fait déterminant, moins connu, s'intitule La séparation d'amour. C'est une réflexion sur la sexualité dans les maîtres de l'âme, un ouvrage écrit par le Rav Abraham ben David de Posquières, aux éditions de l'Éclat. Vous avez aussi fait paraître La nouvelle idéologie dominante, le postmodernisme, un ouvrage déterminant, chez Hermann, en 2012. Vous évoquiez le postmodernisme, un ouvrage très pertinent, très court, et qui est évidemment une clé pour comprendre ce qui se passe avec le wokisme, le mouvement woke d'aujourd'hui. Vous avez anticipé, en fait, l'émergence de ce mouvement, dont on a vu l'œuvre depuis le 7 octobre au Canada, aux États-Unis, et aussi en France.

Un autre ouvrage traduit, c'est Le Nouvel État juif, chez Berg International, en 2015, un livre déterminant, parce que vous y avancez, je me trompe peut-être, des propositions concrètes, programmatiques, j'allais dire, sur la manière de refaçonner les manques de l'État d'Israël d'aujourd'hui, au niveau de l'éducation, au niveau de la souveraineté. Surtout, le fait d'assumer la souveraineté: c'est un ouvrage essentiel. Vous avez fait paraître plus récemment, en 2020, L'Odyssée de l'être, métaphysique hébraïque, toujours chez Hermann, et Le Deuxième Dieu, l'esthétique du monothéisme, en 2022.

Et maintenant, vous faites paraître Le chemin de Jérusalem, ce livre dont on va parler ce soir. Ce sera, si ce n'est une question, du moins une incitation au dialogue, parce qu'on va dialoguer pendant un certain temps autour de certains thèmes, et puis après, évidemment, vous aurez vos questions. Il y aura un temps, peut-être pas négligeable, à laisser aux questions, parce que ce que propose Shmuel est quelquefois à la fois très fin et en même temps quelquefois peu choquant, au bon sens du terme. La première réflexion

sera de vous demander, après ces 35 ouvrages, et sans parler des ouvrages collectifs, que vous avez écrits en quatre décennies, pourquoi maintenant ce bref livre de 120 pages, qui s'intitule Le chemin de Jérusalem et qui se conclut d'ailleurs par une postface renvoyant à votre premier livre. Ça m'a fait penser au dicton des sages d'Israël: votre dernière œuvre reprend la problématique de la première, ou de l'une des premières. Finalement, pourquoi avoir écrit Le chemin de Jérusalem ?

Shmuel Trigano: Merci pour cette présentation. Tout d'abord, ça me fait très plaisir de revoir des visages connus, que j'ai connus à l'époque. J'ai effectivement passé quatre ans à l'université hébraïque, où je vivais en campus, et où j'ai fait mes études premières. Ça me fait donc plaisir de revoir ces visages.

Vous avez peut-être compris que mon cheminement, j'aime bien ce terme, Le chemin de Jérusalem, est un cheminement autant intellectuel qu'existentiel. Je suis monté en Israël en 1969, poussé par une attente que je peux dire messianique, celle d'une réalisation, surtout en contrepoint du déracinement algérien, qui fut un traumatisme familial et personnel, et qui m'a poursuivi longtemps. J'ai formé le projet de faire mon Alya, ce que j'ai fait. Tout mon cheminement intellectuel se décide sur le campus de l'université hébraïque, parce que j'y expérimente quelque chose d'inattendu.

Je revenais dans la ville de Jérusalem, à l'université hébraïque de Jérusalem, et je m'attendais à retrouver une ambiance, un cadre dans lequel la judéité, ou la judaïté, je ne parle pas nécessairement en termes de religion, mais la chose juive, serait au centre. Et je découvre, sans comprendre, pendant plusieurs années, que ce n'est pas ce qui se passe. Les Israéliens sont à côté de leurs pompes. C'est-à-dire qu'un paradoxe déchire l'atmosphère: d'un côté, tout nous dit la réalisation messianique, le paysage lui-même, et de l'autre, une absence qu'on n'arrive pas à comprendre, et qui demande à être percée dans son secret.

Je n'ai pas compris tout de suite. Il a fallu apprendre la Wissenschaft des Judentums, l'histoire allemande, la modernisation, etc. Je m'étais d'ailleurs inscrit à l'université pour comprendre ce qu'était un État juif. Je m'étais inscrit en philosophie juive et en kabbale, d'un côté, et de l'autre en sciences politiques. Nulle part je n'ai jamais entendu parler de cette notion. J'ai compris plus tard que, puisqu'elle n'existait pas, il fallait la créer. À partir de là commence un cheminement, une marche qui essaie surtout de se confronter à l'énigme théologique existentielle que représente l'État d'Israël: pourquoi ce gigantesque effort de reconstruire l'État d'Israël tout en y étant absent ?

Cette absence, j'ai appris à la nommer: c'était la normalisation. On revenait en Israël pour cesser d'être juif, redevenir normaux, être acceptés parmi les nations, etc. …

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