Une nouvelle histoire du sionisme, de 1860 à 1950
Georges Bensoussan présente son livre : un panorama du sionisme au-delà des passions et des caricatures.
Georges Bensoussan
Ensuite : Herzl, le congrès de Bâle et la rencontre de 1898, 1 h 23
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Bonsoir, bienvenue une nouvelle fois au Centre Begin. Je tenais à ouvrir cette soirée en remerciant Georges Bensoussan d'avoir fait le déplacement spécialement pour cette conférence, et pour une autre conférence qui a été donnée à Tel Aviv, je crois. Le déplacement à Jérusalem pour le Centre Begin. Cette soirée était prévue pour le mois d'avril. Elle a été repoussée à cause de la première guerre. La première, on ne sait plus comment compter. Elle a failli être repoussée avec la mini-guerre, micro-guerre, qui a eu lieu lundi. Certains l'appellent la guerre des 17 heures. Finalement, ça s'est tenu grâce à Georges Bensoussan, qui y tenait personnellement.
On reçoit Georges Bensoussan pour son livre Nouvelle histoire du sionisme 1860-1950. Je l'ai parcouru longuement. C'est un livre remarquable qui trace un large panorama du sionisme sous tous ses aspects: politiques, religieux, identitaires, sociaux, même métaphysiques, la place de la Bible, la place de l'exil ou encore de la Shoah dans l'imaginaire sioniste. Je doute qu'il existe d'autres livres aussi larges, même en hébreu. Je ne sais pas si ça existe, des livres aussi larges sur l'histoire du sionisme qui donnent un si large panorama. Il fait plus de 1000 pages, je vous préviens. On n'a pas pu en obtenir pour la vente les dédicaces pour ce soir, mais vous pouvez vous les procurer sur les différentes plateformes.
Dans ce livre, Georges Bensoussan, vous redonnez leur place à certains événements ou phénomènes mis de côté dans l'historiographie sioniste, comme l'Aliya yéménite, ou la place du vieux Yichouv séfarade en Erets Israël. Vous mettez aussi en lumière les différents courants d'idées qui s'affrontaient au sein du sionisme, de manière équitable et sans jugement, notamment le sionisme révisionniste de Zeev Jabotinsky, souvent caricaturé par les historiens comme mouvement semi-fasciste. Vous répondez aussi, en faisant de l'histoire, aux accusations proférées contre le sionisme, notamment celles qui le comparent à un colonialisme, mais d'autres encore, en apportant les textes des penseurs du sionisme qui avaient le souci de la justification morale du sionisme.
— Et justement, pour la première question, une question un peu générale, je vais apporter une citation de vous-même qui apparaît dans la conclusion du livre. Vous écrivez: « Aujourd'hui, le sionisme suscite de telles passions que sa réalité historique semble s'être évanouie, emportée dans un tourbillon d'accusations délirantes. Le voici assigné au tribunal des malheurs du monde. Comme question d'histoire, le sionisme a disparu. » La question que je vais vous poser, c'est tout d'abord: vous avez commencé ce travail avant, il me semble, le 7 octobre. D'abord, qu'est-ce
qui vous a amené à effectuer ce travail ? Pourquoi est-ce qu'il vous semblait intéressant de se pencher sur l'histoire du sionisme aujourd'hui ? Mais pour revenir à cette citation: est-il encore possible aujourd'hui de faire de l'histoire ? Un historien peut-il encore être neutre ? Est-il encore possible de faire de l'histoire contemporaine sans être plongé dans les polémiques du temps ? Merci beaucoup, Yoël, merci à vous tous d'être venus.
Georges Bensoussan: Ne vous découragez pas pour les mille pages. Elles sont petites, les mille pages, et la graphie est très lisible. Il y a plusieurs questions, Yoël, dans ce que vous venez de dire. Le sionisme est aujourd'hui totalement diabolisé. Ce n'est pas la peine de faire un long laïus là-dessus, tout le monde le sait. Et comme objet d'histoire, il a disparu, puisque c'est devenu une insulte: raciste, fasciste, nazi, apartheid, colonialisme, etc. Bref, c'est le condensé des malheurs du monde. Et pourtant, il faut quand même le
traiter comme un sujet d'histoire. Mais ce n'est pas la première fois qu'un sujet est diabolisé. Je pense à l'historiographie de la Révolution française, en France. Il y a toujours eu, depuis 1789, pendant au moins jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, maintenant ça s'est largement apaisé quand même, il y a eu des luttes très violentes au sein du monde intellectuel français et du monde français tout court, d'ailleurs, entre les partisans de 89 et les anti-89, les partisans de 93, ou non, etc.
Et la Révolution française donnait lieu à des lectures idéologiques. Et on s'insultait énormément. Ce qui a fait dire à l'historien médiéviste Marc Bloch, qui n'était pas du tout un historien de la Révolution française, dans les années 30, où le combat était très violent entre les pro-Robespierre et les anti-Robespierre, cette phrase extraordinaire: « Robespierriste, anti-Robespierriste, par pitié, dites-nous ce qu'a été Robespierre. » C'est exactement ça pour le sionisme: faire un travail d'histoire en dehors de toutes les passions.
Et j'en arrive au deuxième aspect de votre question: est-ce qu'un historien peut être neutre ? Non, un historien n'est jamais neutre. Forcément, lui aussi, il a des affects. Il est forcément partisan, plus ou moins, d'un camp ou d'un autre. Alors, quelle est la qualité de l'historien, à mon avis ? Et s'il ne l'a pas, il doit changer de métier immédiatement: c'est l'honnêteté. Moi, j'ai un parti pris. C'est évident que je suis plutôt favorable au sionisme. On l'a compris.
Mais l'honnêteté commande de faire face à des documents qui vont contre ce que vous ressentez, ce que vous aimez, etc., de les citer, de les donner, de donner toutes les thèses en présence. Je vais vous donner un exemple simple. Ce qui n'était pas dans ma première histoire du sionisme, publiée chez Fayard il y a 24 ans, je ne l'avais pas fait figurer parce que c'est un personnage que j'ai découvert sur le tard. J'en viendrai au titre: pourquoi une nouvelle ?
On m'a souvent demandé ça en France, c'est une question légitime. Par exemple, quand je suis tombé sur le journal de Yosef Weitz, c'est le numéro 2 du KKL, l'homme qui cherche des terres à vendre à peu près partout, mais qui tient un journal. Très imprudent, son journal; il est déposé aux archives sionistes. Il est écrit en hébreu uniquement. Et dans ce journal, il dit clairement des choses qui vont heurter un certain nombre de sionistes. C'est-à-dire qu'il avance finalement des thèses de conquête du territoire, et il rêve d'un territoire libéré complètement des Arabes. Ça, on le sait globalement. On sait que Ben Gurion le pensait. Ben Gurion n'a jamais eu l'imprudence de le dire.
Vous savez qu'en 1948, quand les officiers supérieurs lui demandaient: qu'est-ce qu'on fait avec les Arabes, de les renvoyer de l'autre côté, par exemple ? Ça s'est posé le 12 juillet 1948. Il n'a jamais répondu par écrit. Il n'a même pas répondu verbalement. Yosef Weitz, qui était le chef du Palmah, l'un des chefs de l'armée déjà, le Palmah n'existait plus en juillet 1948, assisté d'Ezra Krabin, qui était son subalterne, quand les deux viennent à Tel Aviv pour lui poser la question « qu'est-ce qu'on fait de la population arabe ? », Ben Gurion fait ce geste-là. C'est-à-dire qu'en fait, Yosef Weitz a l'imprudence de tout écrire. Alors, la question qui se posait pour moi, c'était: est-ce que je cite ou pas Yosef Weitz ? Bien sûr, je le cite. C'est évident.
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