Orot veKelimאורות וכלים
Se connecter

Netzah Israël lo yechaker, le prix de l'éternité

Comment l'éternité d'Israël se comprend dans la pensée juive, et ce qu'elle coûte à celui qui la porte.

14 min

Ensuite : La gazelle de l'aurore et le féminin divin, 16 min

Début du cours (texte)

Lire le début du cours

Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Je suis très heureuse d'être là. Merci, Micha. Le thème du panel, c'est la liberté. J'ai décidé de vous parler de l'éternité, du Netzah, pour deux raisons. Premièrement, au départ, c'était un colloque qui devait être un hommage à Raphaël Draï. J'ai retrouvé un article où Raphaël Draï pose la question: « Un peuple peut-il prétendre à l'éternité ? »

La deuxième raison, c'est deux ans après le 7 octobre. Depuis le 7 octobre, depuis ce choc, cette douleur et cette survie continue, on entend dans les rues, dans les maisons, parfois dans les discours politiques, beaucoup d'expressions, cette expression « Netsah Israël ».

On entend des chansons. Je vais traduire. Je voudrais savoir pourquoi cette expression nous console, nous fait du bien, nous rassure, si elle a une vérité, à quoi elle correspond, et s'il y a un prix à payer pour cette éternité. Et puis, comme il faut rattacher l'intervention au panel, quel est le rapport avec la liberté ?

Alors, Netzah, l'éternité. Comme disait Woody Allen, l'éternité, c'est long, surtout vers la fin. Un personnage de Ionesco pose la question: à quoi bon être si ce n'est pas pour toujours ? Netzah, chez Raphaël Draï, c'est Netz et Tsah. Netz, c'est le bourgeon, c'est le bourgeonnement. Et Tsah, Raphaël Draï nous dit qu'il faut le lire à l'envers.

Chetz, la flèche, le mouvement de la flèche. Et il parle d'une pulsionnalité interne. De quoi parle-t-il, cette pulsionnalité interne, cette force qui sous-tend peut-être Israël ? Pour cela, Netzah, c'est le contraire du temps. Normalement, quand on parle d'éternité, en langage grec, en langage occidental, c'est le contraire du temps ou c'est une durée sans fin.

Dans la pensée juive, l'éternité, c'est une qualité du temps reliée à Dieu. C'est lié à la fidélité, à la continuité dans l'Alliance. Netsah Israël lo yéchaker, ce serait alors la constance absolue de la promesse et la fidélité éternelle de Dieu. Dans les Psaumes, l'éternité, on la retrouve sous une autre forme: léolam hasdo, sa bonté est éternelle. L'éternité est donc relationnelle. C'est l'action de Dieu dans le temps de l'homme.

Il y a deux mots. Olam, un monde ou un temps prolongé; c'est la durée juive de l'éternité. Et netsah, qui est également la victoire, mais la victoire de quoi ? La victoire du sens sur l'usure du temps. Une éternité donc non pas hors du temps, mais dans le temps. Comment est-ce possible ? L'homme va relier le moment présent à Dieu par l'intermédiaire de la Torah, des mitsvot.

Dans les Pirké Avot, on lit: « Un instant de techouva et de bonnes actions dans ce monde vaut plus que toute la vie du monde à venir. » L'éternité dans un temps sanctifié, dans un temps kodesh. Chez Heschel, il nous parle du Chabbat, de la transfiguration du temps. Contrairement à la fuite, que veut dire l'éternité en grec ? Éone. Et cette image du temps: Platon dit que c'est l'image mobile de l'éternité immobile, statique, un toujours.

Alors que dans la pensée juive, ce n'est pas un toujours, c'est un maintenant qui ne passe pas. C'est la rencontre entre le temporel et l'intemporel.

Revenons à cette expression: « Netsah Israël lo yéchaker ». En vérité, qui est éternel ? Seul Dieu est éternel. Comment l'homme, comment Israël peut-il être éternel ? Il va toucher à l'éternité par l'alliance. Mais pour que cette éternité soit renouvelée, il faut qu'elle soit liée à la liberté. C'est ce qui va transformer l'éternité mécanique, l'éternel retour, en une éternité libre, en un renouvellement constant.

Mais vivre dans le temps et le sanctifier jour après jour, c'est prendre le risque de la vie de cette éternité. Être peut-être prêt à payer un prix pour cette éternité. C'est en vérité un appel constant de Dieu à son peuple, en lui disant: « Deviens éternel. » Cette phrase est tirée du livre de Chmouel, le prophète Samuel, et il l'a dit au roi Chaoul.

Celui-ci a failli à l'ordre divin et n'a pas tué le roi des Amalécites. Samuel lui dit que Dieu n'est pas comme les hommes: il n'a qu'une parole et il est constant. Il ne revient pas sur sa parole, il ne change pas d'avis. Tu as failli, on t'enlève la malchout, la royauté. Et Dieu a promis de toute éternité la royauté à David. L'histoire chancelle, mais la promesse divine demeure.

Rachi nous dit, lui, que ce n'est pas Israël qui ne revient pas sur sa parole, c'est Dieu. Et c'est donc un Dieu qui ne revient pas sur sa parole. Le Radak va renforcer cette idée en disant: contrairement à l'homme, Dieu accomplit ce qu'il a promis. Il ne revient pas sur ses décisions, il n'annule pas un décret qu'il a décrété. Abarbanel voit également cela comme la théologie absolue de la fidélité.

Si l'on regarde maintenant cette idée de Netsah, allons voir chez d'autres penseurs, comme le Rav Kook et le Maharal. Le Maharal de Prague a écrit un livre qui s'appelle Netsah Israël, l'éternité d'Israël. Le Rav Kook a cela de commun avec le Maharal: il parle de l'âme d'Israël comme d'une âme éternelle. Elle aurait donc un morceau de cette éternité, elle serait rattachée à Dieu directement. Une flamme éternelle qui ne s'éteindra jamais.

Israël serait porteur d'une éternité enracinée dans le divin, que ni l'exil ni la destruction ne peuvent anéantir ou altérer. Chez le Maharal, c'est une vision antifataliste et métaphysique de l'histoire. Le mal et la destruction ont un sens interne, et ce n'est ni une punition ni une injustice. L'exil ou la destruction deviennent alors pédagogiques et révèlent la profondeur de l'abri. La rédemption est donc une maturation du processus spirituel d'Israël.

Abraham Heschel, dans son livre Israel: An Echo of Eternity, son livre le plus sioniste, étonnamment, n'est pas un livre qui nous parle beaucoup de la Terre, puisqu'il a écrit Les Bâtisseurs du temps: il s'occupe plutôt du temps. Mais dans An Echo of Eternity, il parle de la relation à la Terre. Et il nous dit: « Israel is God's stake in human history. The presence of Israel is the repudiation of despair. »

Israël est le pari de Dieu dans l'histoire humaine, et sa présence est le refus du désespoir. C'est donc la contestation vivante du désespoir, l'affirmation d'un autre sens du temps, un temps sacré. Je vais très vite pour respecter les douze minutes. Heschel écrit également: « Israel calls for a renewal of trust in the Lord of History. » Le renouveau de la émouna en un Dieu qui intervient dans l'histoire.

Et par la liberté, le choix est réactivé à chaque génération. À chaque génération, le choix est refait, l'abri est renouvelé. Je vais passer vite. J'en arrive au Hallel. Dans le Hallel, on lit: « Je ne mourrai pas, car je vivrai et je raconterai les œuvres de Dieu. »

Je pensais également vous parler du Netzah comme d'une notion kabbalistique. C'est également une séphira, qui veut dire la victoire et l'éternité. Mais là aussi, on va passer et en arriver au cœur du sujet: le prix …

Cours du Centre Begin

Dans la même série

78 conférences et rencontres du Centre Menahem Begin (Jérusalem), en français : histoire d'Israël, sionisme, pensée juive. Environ 59 h.

  1. 60
    Le peuple juif, une existence singulièrement universelle
    Daniel Sibony présente sa notion d'existence singulièrement universelle et l'hypothèse fondatrice du peuple juif, points d'amour dans l'être.
    20 min
  2. 61
    L'hébreu, langue du sionisme : verbalisation et nativisation
    Comment l'Haskala, les lecteurs d'Odessa et les premiers enfants parlant hébreu ont fait de la langue un ressort du projet national.
    18 min
  3. 62
    Les déplacés juifs après la Shoah et le foyer national
    Comment les survivants des camps, entre exil et revendication, ont fait de la Brikha et de l'hébreu le chemin vers Erets Israël.
    17 min
  4. 63
    Korah, la contestation et la vérité selon le Rav Sacks
    Comment le Rav Sacks lit la révolte de Korah et les campagnes contre Israël : pouvoir, récit et mensonge.
    18 min
  5. 64
    Netzah Israël lo yechaker, le prix de l'éternité
    Comment l'éternité d'Israël se comprend dans la pensée juive, et ce qu'elle coûte à celui qui la porte.
    En cours de lecture
  6. 65
    La gazelle de l'aurore et le féminin divin
    Comment une exposition sur la Shekhina et la gazelle a été transformée par le 7 octobre en œuvres de témoignage.
    16 min
  7. 66
    Le judaïsme face au fondamentalisme, la liberté d'interpréter
    Comment la halakha peut dépasser sa lettre au nom de la dignité humaine et de l'égalité, selon Rivon Krygier.
    12 min
  8. 67
    Le sionisme, paradigme du désenclavement juif
    Six « désenclavements » que le sionisme accomplit, face au point de vue exogène et au décolonialisme.
    8 min
  9. 68
    Israël Eldad et la révolution juive, face au déclin de l'Europe
    Présentation de La Révolution juive d'Israël Eldad et de La Grande Désaffiliation, sur identité juive et crise européenne.
    1 h 12
  10. 69
    La fin des Juifs de France et le renouveau du judaïsme en Israël
    Dov Maïmon analyse le risque pour les Juifs de France et appelle à l'alya comme réponse.
    10 min

— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?

Une question sur ce cours ?

La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.

Commentaires et questions au Rav