Israël Eldad et la révolution juive, face au déclin de l'Europe
Présentation de La Révolution juive d'Israël Eldad et de La Grande Désaffiliation, sur identité juive et crise européenne.
Ensuite : La fin des Juifs de France et le renouveau du judaïsme en Israël, 10 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Alors, chers amis, bonsoir à toutes et à tous. Je tiens d'abord à remercier le Centre Begin de m'avoir invité à l'occasion de l'apparition de ce petit ouvrage, en partie dédié à la BAD, avec lequel nous avons été en constante relation ces dernières semaines. Est-ce que, comme ça, ça va ? J'aurais dû annoncer un concert de rock, hein ? Bon.
Alors, je suis très heureux de vous rencontrer, de retrouver certains d'entre vous, qui sont des amis, qui nous sont familiers. Je vais vous parler des idées principales des deux ouvrages qui sont présentés ce soir. D'abord, la traduction d'un ouvrage très important d'Israël Eldad, qui s'appelle La Révolution juive, en traduction française. Mais sachez que ce livre a connu une première formulation en hébreu, HaMahapekha HaIvrit, La Révolution hébraïque. Et Israël Eldad a d'emblée publié cet ouvrage en anglais. On pourra parler éventuellement des circonstances dans lesquelles j'ai découvert ce livre moi-même, étant très jeune.
Et l'autre ouvrage est un ouvrage que j'ai publié moi-même il y a quelques mois, La Grande Désaffiliation, qui est une réflexion sur la crise de l'identité européenne. Alors, pourquoi ces deux livres dans une forme de concomitance ?
Leur diffusion actuelle, je dirais que c'est une réponse à la fois juive et israélienne à la crise de l'identité contemporaine. D'un côté, ce que j'ai constaté bien avant le 7 octobre, c'est un éveil de la conscience identitaire, la conscience du peuple juif, pas seulement en Israël, mais aussi dans de larges fractions de la diaspora, qui a été complètement accentuée, évidemment, par le traumatisme du 7 octobre. Et d'autre part, ayant longtemps vécu en Europe et vivant encore par périodes, de constater la dérive idéologique du continent européen.
Alors, l'idée, c'est d'exposer en quelques idées forces des développements qui sont des développements opposés, sinon contraires. D'un côté, un sentiment d'implosion, l'implosion de l'Europe, et de l'autre, le constat de l'affirmation d'Israël. On va voir selon quelle modalité.
Alors, les principaux axes de mon propos: je vais commencer par rappeler qui était Israël Eldad. Vous avez bien compris qu'étant de sensibilité jabotinskienne, Eldad est un penseur qui m'a enthousiasmé depuis très longtemps, et j'ai jugé bon de le traduire à notre époque. Par contre, c'est un auteur complètement méconnu, sinon entièrement refoulé, « révisionniste », comme on dit, mais dont l'expression est très mal interprétée. On pense que c'est une révision du sionisme, c'est-à-dire une version autre que la version canonique. En fait, il faut rappeler que ce qu'on a appelé le sionisme révisionniste, c'est un retour à Théodore Herzl, et non pas une contestation de la philosophie politique de Théodore Herzl.
Quant à Israël Eldad, pour le situer dans le siècle, il est né en 1910 et il est décédé en 1996. Tout au long de sa vie, c'est d'abord un homme, un intellectuel important, quelqu'un qui avait une formation rabbinique, et quelqu'un qui s'est engagé très jeune dans le mouvement sioniste actif. C'est quelqu'un qui a vécu la Seconde Guerre mondiale, qui a vécu la guerre d'indépendance, et qui a été l'un des trois chefs du Léhi, à l'époque de la lutte contre la Grande-Bretagne, et aussi contre les mouvements islamistes de la Palestine mandataire.
Alors, je voudrais situer déjà sa conception. Il s'est passé quelque chose de tout à fait étonnant tout à l'heure. C'est une anecdote, mais providentielle. Je suis allé dans une banque pour ouvrir un compte ailleurs, et la jeune femme me dit: « Bon, écoutez, on va se revoir à 17h. » Je lui dis: « À 17h, je ne peux pas. » Elle me dit: « Si, si, il faut que vous veniez. » Je lui dis: « Non, je ne peux vraiment pas, je vais donner un exposé au Centre Begin. » Et elle me demande sur quoi porte votre exposé ? Je lui dis: sur Israël Eldad. Elle me dit: « J'adore ce penseur, et en plus j'ai habité la rue Israël Eldad. Franchement, c'est providentiel, ça aurait été impossible. » Nous aussi, nous aussi.
Voilà. Donc, je voudrais, en quelques mots, situer la pensée d'Israël Eldad. Lui-même s'inscrit dans la lignée de Vladimir Jabotinsky et, dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale et de la prise de décision du Léhi, il a théorisé ce qu'il a appelé le sionisme révolutionnaire. C'est un point déjà très important à considérer comme préalable.
Voici ce que dit Israël Eldad dans son ouvrage, publié en 1971, qui est un ouvrage vraiment majeur, parce qu'il y met par écrit sa pensée, avec le recul historique qui est le sien à ce moment-là. Si vous le lisez, vous verrez à quel point cet ouvrage n'a pas vieilli. Le lire aujourd'hui, c'est comme si on le lisait au moment de sa parution originale, et c'est ça qui est tout à fait frappant.
Comme c'est un ouvrage malgré tout assez structuré, assez touffu, je me suis fondé sur les grands axes de la pensée d'Israël Eldad, en vous rappelant ses positions fondamentales. Il prend position par rapport au monde arabe, et ensuite par rapport au peuple juif, parce que toute sa pensée est une justification positive du sionisme.
Voilà ce qu'il dit d'abord par rapport au monde arabe. Il dit ceci: … mais certainement pas des droits nationaux, qui sont de nature séparatiste. Cinq: s'ils ne veulent pas d'Israël, eh bien, ils peuvent évoluer vers d'autres pays arabes, notamment les quatorze pays arabes qui environnent le petit État d'Israël, et là, ils ne seront pas non plus sous domination étrangère. Donc, ce sont des préalables qui me semblent tout à fait importants quand on considère l'état de l'idéologie contemporaine, qui procède, comme vous le savez, par inversion victimaire.
Et enfin, sixième proposition: Israël n'a aucune raison d'admettre un quinzième État arabe sur son propre territoire. Donc, c'est la position d'Israël Eldad pendant la Seconde Guerre mondiale, pendant la guerre d'indépendance, et deux ans avant la guerre de Kippour. Autant vous dire qu'Israël Eldad était totalement hostile aux accords d'Oslo, et totalement hostile, à partir de 1973, à la moindre restitution territoriale.
S'agissant maintenant de justifier le sionisme par rapport au peuple juif, il y a six thèses. La première: il nous dit que les revendications du sionisme sont amplement justifiées. Sur quoi fonde-t-il cette première appréciation ? Sur ce qu'il appelle l'apport du peuple juif à l'humanité depuis plus de deux millénaires, en regard de quoi la contrepartie des nations a été, je le cite, l'humiliation, l'effacement, la méchanceté, l'extermination. À partir de là, on a peut-être droit à un État.
La demande unique du sionisme, c'est celle de vivre en paix et d'être soi-même, et encore, dit-il, pour le bénéfice de l'humanité. Il ajoute que l'État d'Israël n'est l'ennemi de personne, et qu'il n'est pas non plus une puissance comme le sont les États-Unis, la Chine, la Russie ou le monde arabe uni.
Il se critique lui-même avec un peu d'ironie: il dit, mais pourquoi suis-je en train de justifier de manière éthique le sionisme ? Parce qu'après tout, mes lecteurs sont des hypocrites, et la plupart des nations sont des hypocrites. …
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