Korah, la contestation et la vérité selon le Rav Sacks
Comment le Rav Sacks lit la révolte de Korah et les campagnes contre Israël : pouvoir, récit et mensonge.
Ensuite : Netzah Israël lo yechaker, le prix de l'éternité, 14 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Bonjour à tous. Je vais essayer de faire court et impactant, en dix minutes top chrono. D'abord, je remercie infiniment Misha pour son invitation et sa confiance. Je vais tenter de vous livrer un propos que j'ai voulu pertinent au regard de notre actualité, une actualité plurimillénaire, mais aussi très contemporaine.
Je vous invite à explorer cette thématique de l'alliance et de la modernité en convoquant la question du corps, entendu au sens large: le corps social d'abord, le corps sexué, et le corps endommagé et blessé. Comme l'a rappelé Valérie, je suis avocate de profession. Une de mes matières, c'est précisément le préjudice corporel.
Par ailleurs, j'ai fondé une association qui s'appelle les Amis du Rav Sacks, qui a pour vocation de transmettre et de faire diffuser la vision, la pensée et les actions du Rav Sacks dans le monde francophone, notamment en France et en Erets Israël. Nous sommes actuellement une vingtaine de sachants. Je vous invite à nous rejoindre. Et je vais aussi convoquer, puisque je suis juriste de formation, la vision magnifique et très éclairante de Raphaël Draï, que j'ai eu le plaisir de rencontrer lorsque j'étais stagiaire à Radio, il y a quelques années, quand il faisait ses chroniques. Au-delà d'être un homme absolument affable et charmant, il était d'une précision millimétrée dans le maniement des concepts. J'espère donc ne pas le trahir en vous transmettant une de ses visions, notamment à travers la loi du talion.
Le Rav Sacks et Raphaël Draï sont deux voix majeures qui vont éclairer mon propos. Je vous invite à me suivre dans cette plongée vivante, et même contre-intuitive, dans ce que l'alliance entre Hachem et Israël a encore à dire à notre époque de conflit, d'exil et de crispation identitaire, particulièrement en miroir de tous les discours que nous entendons.
Ce mot-là, qui résonne en moi de manière absolument sidérante, on l'entend depuis des années, depuis toujours, mais particulièrement depuis deux ans, comme l'a suffisamment étayé et explicité Misha: des discours mortifères qui appellent tout simplement à la mort du peuple juif. La mort du peuple juif sur sa terre, mais aussi la disparition, l'effacement du peuple juif, en diaspora comme sur sa terre, et cela depuis le 7 octobre. Pour vous faire comprendre un peu ce que la loi et l'éthique juives ont à dire sur ce que nous vivons en ce moment, je pars d'un commentaire du Rav Sacks sur la paracha Korach, qui se trouve dans le livre de Bamidbar.
Korach, pour rappel, était le cousin de Moïse. Il était extrêmement jaloux de son pouvoir, alors que lui-même en avait beaucoup, en tant que membre de la tribu de Lévi. Il avait aussi beaucoup d'argent: il est dit qu'il était reparti avec toutes les richesses de l'Égypte, qu'il avait des ânes, et que ces ânes transportaient les clés des trésors de toute l'Égypte. C'est vous dire à quel point il avait du pouvoir, notamment à travers l'argent. C'était aussi un homme de grande stature et d'un grand charisme. Sauf qu'il était extrêmement jaloux de Moïse, et il contestait son pouvoir. Et là où c'est extrêmement intéressant, c'est que le Rav Sacks va nous montrer comment une contestation naît. Il ne va pas vous échapper que cela résonne de manière absolument contemporaine.
On a toujours tendance à dire que Korach était une sorte de grand orateur très charismatique, dont la fourberie était assez évidente. Mais les choses sont un peu plus complexes. Lorsque vous lisez le texte de la Torah, vous voyez que Korach a eu cette forme de génie de convoquer plusieurs groupes tout à fait disparates. Il avait sa propre contestation, absolument personnelle. Deux autres groupes ont été impliqués: les Réubénites, deux personnages qui étaient des semeurs de troubles depuis toujours, depuis l'Égypte, Dathan et Aviram, et d'autre part deux cent cinquante enfants d'Israël, des princes de la communauté. Tous ces magmas de personnes et de communautés avaient des griefs contre Moïse. Et le génie de Korach, le génie maléfique, a été d'amalgamer toutes ces revendications, tous ces griefs, pour en faire une contestation globale et absolument opaque.
C'étaient des alliances, on va dire, contre nature, d'une certaine manière, puisque leurs revendications étaient assez contradictoires. En effet, et je ne vais pas être trop caricaturale, ils voulaient tous à peu près le pouvoir. Korach a fait semblant de dire que ce pouvoir serait partagé de manière égalitaire, sachant que la notion d'égalité est évidemment tout à fait évanescente, et que la question de l'équité, de la dignité, du visage de l'autre, comme disait Levinas, est beaucoup plus... Voilà, c'est la vision du judaïsme. Mais cette alliance contre nature est très intéressante dans la manière dont elle s'est constituée. Korach a monté tout un discours traversé de contre-vérités.
Que dit-il ? Et là, c'est fou: c'est un renversement absolument sidérant, qu'on entend aussi aujourd'hui dans cette appropriation des douleurs, notamment de la Shoah, par le populisme. Korach dit: « Est-ce que tu nous as fait sortir d'Égypte ? » Il qualifie l'Égypte de pays ruisselant de lait et de miel, pour nous faire mourir dans ce désert, sans prétendre encore t'ériger en maître sur nous. C'est absolument sidérant. On se dit que c'est complètement fou, que son discours est aberrant. Évidemment, en Égypte, on était dans un esclavage absolument terrible, avec une confusion des sexes: les hommes faisaient les travaux des femmes, les femmes faisaient les travaux des hommes, les bébés mouraient, jetés dans le Nil ou pris dans les briques. Bref, toutes les images terribles qu'on a pu voir au moment du 7 octobre étaient là, en Égypte. Et au sein du peuple, on voit une sorte de renversement de la vision de ce qu'a été l'Égypte.
Le Rav Sacks explique que va se produire un phénomène surnaturel: Dieu va créer une sorte de trou dans lequel vont disparaître tous ces contestataires. Il explique aussi pourquoi Moché a été absolument impuissant face à cette révolte, pourtant si grossière, comme on le voit dans le discours que subit aujourd'hui Israël dans la diaspora et sur ses terres. Moché a dû recourir à ce signe-là, parce qu'il était en quelque sorte rabaissé au niveau des rebelles. Je rejoins un peu Jacques dans sa vision pessimiste, et même révisionniste, de
ce que dit le droit: face à tant d'aberrations qui vous laissent les bras ballants tellement c'est grossier, il faut parfois des phénomènes surnaturels. Qu'on soit croyant ou non, force est de constater que les miracles, la force d'Israël, le renversement de situation, le périple, les malheurs terribles auxquels on a échappé, notamment avec l'Iran, démontrent que le peuple d'Israël, et je vous parle en tant que femme croyante, est au-delà du destin des autres peuples, et qu'il bénéficie d'une sorte de protection divine.
Mais ce qui se passe dans l'histoire de Moïse et de Korah, c'est que Moïse est ramené à son niveau: il n'a plus la force, il est ramené au discours de tous ses dissidents. Le Rav Sacks dit aujourd'hui que ce qui perdure dans des mouvements comme le post-modernisme ou le post-colonialisme, c'est l'idée qu'il n'existe pas de vérité, qu'il n'y a …
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