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Georges Bensoussan sur les origines du conflit israélo-arabe

Pourquoi l'oubli des origines bloque les solutions, et ce que l'historien dit de la démographie, de l'islam et de la réprobation d'Israël.

1 h 53

Georges Bensoussan

Ensuite : Les Frères musulmans, leur idéologie et leur plan d'action, 1 h 29

Début du cours (texte)

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bonsoir à toutes et à tous, bienvenue au Centre Begin pour ce nouvel événement en français. D'abord, je tiens à rappeler, comme je l'ai écrit sur le WhatsApp dans la journée, que la salle dans laquelle nous sommes fait office de miclat en cas d'alerte, donc pas de panique, vous êtes protégés. Bienvenue à Georges Bensoussan, qui nous fait l'honneur d'être là pour la deuxième fois.

Je pense que tout le monde se joint à moi pour applaudir à nouveau les interventions de Georges Bensoussan dans les médias français depuis le début de la guerre. Durant cette discussion, nous reviendrons aux origines du conflit. Nous essaierons de mieux comprendre le présent et de voir quel avenir est possible. Mais avant de commencer, comment percevez-vous les derniers événements ? La trêve, la libération d'une partie des otages et, depuis vendredi, la reprise des hostilités.

Georges Bensoussan: D'abord, merci pour cette invitation. Merci à tous d'être venus nombreux ce soir. Et comme Yoël l'a dit très justement, même en filigrane, je ne suis pas compétent pour commenter l'actualité. Je peux parler bien sûr des origines de ce conflit et de son histoire, parce que je suis aussi convaincu que, dans les origines du conflit, résident les solutions possibles. Et hélas, les origines sont souvent aujourd'hui oubliées.

La plupart du temps, elles ne sont pas connues du grand public, et en particulier du grand public qui se passionne pour le conflit, qui a des opinions, mais qui manque de connaissances. Et quand on pénètre dans les arcanes du conflit, on s'aperçoit qu'il y a un certain nombre de points qui bloquent et qui sont peut-être des amorces de solutions possibles. Alors, je vais essayer de répondre à la question du, même si ce n'est pas mon domaine. Mais enfin, la question sur…

Comme tout le monde, je vis ici l'actualité au jour le jour, qui est une actualité sidérante depuis le 7 octobre, sidérante vraiment au sens presque clinique du terme, qui laisse sans voix, qui tétanise complètement. Une chose est sûre: je donne l'avis d'un homme de la rue moyen. Après la trêve, il était évident que les hostilités devaient reprendre, parce que l'appareil militaire du Hamas ne peut pas être maintenu intact.

Parce que ce qui s'est passé le 7 octobre est de nature génocidaire. Ce n'est pas un pogrom, contrairement à ce qu'on a dit. Ce n'est pas du tout un pogrom. Un pogrom, c'est une foule massacreuse qui est excitée par les autorités, et qui est avinée en général. Ici, on a affaire à des commandos de tueurs, 3 000, qui pénètrent avec un plan très précis en tête, et qui cherchent à tuer au maximum, mais pas seulement: ils cherchent à dénaturer tout ce qui ressemble à un visage humain.

Le fait que les corps ont été mutilés, on le sait, des visages défigurés, massacrés, plusieurs fois poignardés, plusieurs fois criblés de balles, etc., signifie qu'on a voulu détruire une humanité. Il y a donc quelque chose de bien plus loin qu'un simple massacre. Ce n'est pas un massacre, ce n'est pas un pogrom, c'est quelque chose d'une autre nature, qui révèle que l'appareil militaire du Hamas n'est pas un appareil comme un autre, que ce n'est pas un adversaire, c'est…

…un ennemi qui veut carrément vous éradiquer. Et face à un ennemi qui veut vous éradiquer, vous n'avez pas le choix.

Concernant les otages, je me pose la question. C'est une question où, par définition, quoi que vous disiez, vous êtes perdant. C'est ça, un piège. C'est ça le piège. La définition du piège, c'est ça. Quelle que soit la réponse que vous y apportiez, vous avez perdu. Vous ne faites rien pour les otages et vous avez perdu. Vous faites tout pour les otages et vous avez perdu. C'est tout ce que je peux dire.

Mon avis personnel, je le donnerai éventuellement tout à l'heure, mais je pense qu'il n'intéresse que moi, concernant la question des otages.

— Quand vous avez publié votre livre Les origines du conflit israélo-arabe, est-ce que vous pensiez que le conflit pourrait revenir aussi intensément dans l'actualité ?

Georges Bensoussan: Aussi intensément, sous cette forme-là, non. Dire que j'aurais pu penser, par exemple, qu'un 7 octobre pouvait arriver, non, certainement pas. J'ai été surpris, comme tout le monde.

Dire que ce conflit-là était au centre du conflit avec les Palestiniens, qu'il était au centre, et qu'on avait tendance, ici, en Israël, à l'oublier de plus en plus, parce qu'on était un peu dans l'illusion des accords d'Abraham et de tout ce qui a suivi. Il y a déjà plusieurs années, au moment des accords d'Abraham, j'avais été interrogé par la radio israélienne Kan. Je lui ai dit que c'était bien, mais que c'était tout à fait périphérique et superficiel, que ce n'était pas le cœur du problème.

Le cœur du problème est resté celui-là: il y avait un refus viscéral de l'État juif, tout simplement. Et ce refus viscéral, un jour ou l'autre, il exploserait. C'est un volcan. Quand je disais volcan, j'incluais également les Arabes d'Israël. C'est tout ce que je peux dire.

— D'accord. Est-ce que vous ne pensez pas que le conflit appartenait plus au passé qu'à l'avenir ?

Georges Bensoussan: Jamais. Je n'ai jamais pensé qu'il appartenait au passé.

— D'accord. Quelques mots sur les origines du conflit, pour commencer la discussion.

Georges Bensoussan: Les origines du conflit, c'est un conflit d'abord très ancien; c'est peut-être le plus vieux de la planète. Si on remonte aux véritables origines, c'est-à-dire vers les années 1870-1880, et même un peu avant la première alya, 1881-1882, ça fait donc presque un siècle et demi. C'est unique dans l'histoire. Il y a un autre très vieux conflit, le conflit anglo-irlandais, un bon siècle. Celui-là, un siècle et demi.

Le fait qu'il ait une durée aussi longue montre qu'il a une nature tout à fait singulière. Et cette nature singulière, c'est à mon avis le verrou numéro un du conflit, c'est à mon avis le cœur du conflit: ce n'est pas seulement un conflit territorial entre deux nationalismes, pas du tout. Ce sont des catégories occidentales. Cela a l'apparence du nationalisme, mais ce n'est pas du nationalisme au sens où c'est un conflit qui s'appuie d'abord et avant tout sur…

…le refus de l'émancipation du Juif, en terre d'islam, de la condition de dhimmi. Il faut partir des années 1870, à mon avis, pour comprendre le conflit, pour voir que, dans le vieux Yichouv séfarade, c'est-à-dire majoritairement séfarade, au milieu du XIXe siècle, les trois quarts sont séfarades et un quart ashkénazes. Le Yichouv ashkénaze est un Yichouv yiddishisant, qui ne parle pas l'hébreu, sauf évidemment comme langue sacrée, et qui n'est pas mêlé à la vie séculière de la Palestine de l'époque, que personne d'ailleurs n'appelle Palestine. Il faudra qu'on revienne sur le problème du mot Palestine.

Donc les trois quarts du Yichouv sont un Yichouv séfarade qui parle le ladino dans la vie quotidienne, mais aussi l'hébreu, et l'hébreu notamment pour communiquer avec la partie ashkénaze du Yichouv, même si les relations ne sont pas très bonnes entre les deux communautés, …

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