Menah'em Begin, un chef d'État exemplaire
Le parcours de Begin, sa vision juive et sa fermeté, du désert politique de 29 ans à la paix avec l'Égypte.
Ensuite : Israël, Occident et islam après le 7 octobre, 8 min
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Bonsoir, et merci d'abord à Yoël Haddad et à toute l'équipe du Centre Begin qui ont organisé cette soirée. Et évidemment pour ce documentaire, qui est pour la première fois sous-titré en français. Il y a ici des francophones qui, pour la première fois, je dirais, rendent hommage à Menahem Begin, qui a bien connu la France.
J'ai eu le grand privilège de suivre la riche carrière de Menahem Begin. Ce documentaire de 16 minutes a retracé, si vous voulez, la carrière de Begin pendant ses deux mandats de six ans au gouvernement israélien, après une traversée du désert de 29 ans.
Et ce soir, j'essaie de focaliser votre attention sur le leader, le démocrate, le modeste personnage qui était à la fois plein de douceur généreuse et de terrible colère. J'ai eu le privilège d'assister, en tant que très jeune, à ma bar mitsva d'ailleurs, à des rassemblements où l'on a vu comment les foules applaudissaient, des salles entières d'applaudissements, en criant, en scandant: « Begin, Melekh Israël ! »
Begin, roi d'Israël. J'ai eu déjà, à l'époque, le privilège de lire son livre, La Révolte. Ce livre, en hébreu, a été écrit bien avant, en 1949, mais il a été publié comme livre en 1951. Il a été diffusé, publié dans toutes les langues, et Jacques Soustel, d'ailleurs, dans la version française. On peut donc comprendre ce que signifie Begin, non seulement son idéologie, son caractère, son idéal et sa vision.
Et si tout a été dit sur Menahem Begin, il faut dire que nous avons connu dans l'histoire d'Israël quatorze premiers ministres, chefs de gouvernement.
Dans le camp socialiste, donc dans la gauche israélienne, Ben-Gurion était sans doute l'homme providentiel. Et au sein de la droite nationaliste israélienne, je dirais, Menahem Begin a été un chef d'État exemplaire. Après cette traversée du désert, il a compris que la patience et la détermination ont enfin abouti au pouvoir. Évidemment, chacun dans son style propre, dans sa politique de droite ou de gauche, Ben-Gurion et Begin ont marqué leur empreinte et se sont distingués, de loin, des autres politiciens israéliens. Ils étaient des chefs d'État avec une vision, une idéologie limpide. Les intérêts des citoyens et les affaires de l'État passaient avant tout. L'autorité avant tout. Des hommes intègres, qui donnaient le bel exemple d'une vie modeste.
Begin vivait, comme vous le savez, à Tel Aviv pendant plusieurs années, rue Rosenbaum, dans un petit appartement. Et Ben-Gurion vivait, comme vous le savez, à Sde Boker. Mais ils étaient aussi motivés, et ils motivaient les gens, par la noblesse d'une cause. On en parlera un peu sur le leadership de Begin et de Ben-Gurion, mais surtout de Begin, évidemment. Et on l'a vu tout à l'heure: après avoir obtenu du président Katzir ses lettres de créance, et après avoir obtenu la fonction de chef de gouvernement, on lui a posé la question: « Quel style voulez-vous avoir, Begin ? » Et il disait: « Style yehoudi, juif. »
Et en effet, Begin se distinguait de Ben-Gurion en se présentant avant tout comme le leader du monde juif, même non pratiquant. On l'a vu d'ailleurs le premier jour, au Kotel, devant le Kotel. Begin était, je dirais, un juif dans l'âme. Juif avant d'être israélien. Ben-Gurion, son socialisme sioniste, était plutôt agnostique, et les leaders de l'époque voulaient effacer le passé de la diaspora, ouvrir une nouvelle page, devenir de vrais sabras. Pour eux, à l'époque, l'étude de la Torah et de l'histoire du judaïsme n'était pas prioritaire, pas primordiale; c'était destiné aux religieux.
Et Begin a changé cela. En 1977, il y a eu ce mot qui a été traduit en petite révolution, en renouvellement, après vingt-neuf ans de traversée du désert. Mais il faut revenir un peu à son enfance. Vous savez, il est né en 1913. La sage-femme qui mettra le petit Menahem au monde était la grand-mère d'Ariel Sharon.
C'était un enfant mince et fragile. Il grandira dans un cadre très modeste et il étudiera la Torah. Mais dès l'âge de sept ans, il joue aux échecs. Ce talent lui sera plus tard d'une grande utilité. Il réfléchit longtemps avant de bouger un pion, un cavalier ou un fou. Chaque pas était bien calculé, chaque coup créait une situation nouvelle, chaque manœuvre était habile, et sa tactique toujours juste et élégante. Il réussissait à mettre son adversaire en difficulté, en position délicate. Souvent, il le prenait au piège et le tenait enfin en échec. Begin était un excellent joueur et adorait les compétitions.
Il n'a jamais été un sportif. Menu et fragile, il préférait plonger dans la lecture des livres et des dictionnaires. Et déjà, à l'âge de treize ans, à sa bar mitsva, il prononce son premier discours en hébreu et révèle son grand talent d'orateur. Je dirais un orateur inné, avec un pouvoir extraordinaire, presque magique. Son éducation a été imprégnée d'un mélange de tradition, d'histoire juive et d'un fervent nationalisme sioniste.
Le jeune Begin avait poursuivi ses études à Varsovie, en dépit de la vague antisémite, et il était l'un des rares juifs admis au lycée laïque, puis à l'université. Il a étudié le droit et le latin. Dans ses discours, on se souvient qu'il prononçait beaucoup de dictums latins. On ne le comprenait pas toujours, mais il insistait pour en parler et dire des choses fort importantes. Son éducation polonaise l'a beaucoup marqué, et je dirais que c'était un gentleman polonais.
Sa rencontre, à l'époque, avec le dirigeant du Betar, Ze'ev Jabotinsky, a été pour lui déterminante. Jabotinsky était, comme vous le savez, son inspirateur, son mentor, son chef spirituel, son rabbi, le leader incontesté. Pour Begin, Jabotinsky était une véritable idole. Il cultivait le culte, même aveugle, de sa personnalité. Il l'admirait et le vénérait de tout son cœur, de toute son âme, parfois d'une manière qui frôle l'obsession. Il suivait ses pas, imitait ses gestes et ses discours, et dirigeait avec lui le mouvement Betar.
À cette époque, Jabotinsky lançait un appel, un cri d'alarme: « Quittez la diaspora avant qu'elle vous élimine ! » Il suppliait de toutes ses forces. Hélas, le peuple juif ne pouvait croire à l'approche du danger, et son avertissement n'a malheureusement pas été entendu. C'est en 1937 que Begin rencontre pour la première fois sa future femme, Aliza Arnold. Ils se marieront, selon la tradition juive, en présence de Jabotinsky. Il était amoureux, comme vous le savez, et il ne pouvait pas la quitter. Sa disparition, quand il était aux États-Unis, a été un choc pour lui.
Et on l'a vu dans les derniers moments, après cette guerre terrible, la première guerre du Liban, que Begin souhaitait pour apporter ce qu'il appelait la paix en Galilée. Malheureusement, cela a tourné à l'aigre. Il a été, je dirais, même « trahi » par Ariel Sharon et d'autres personnes qui lui avaient promis autre chose. C'est pour cela que les chars sont arrivés jusqu'à Beyrouth. En juin 1982, la guerre a débuté, et le dernier soldat israélien a quitté le Liban en mai 2000, avec le gouvernement Barak.
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