Addy Steg, un parcours juif dans l'histoire française
Projection du film d'Isabelle Wegstein et débat avec les proches d'Addy Steg, entre France, Shoah et engagement sioniste.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Menah'em Begin, un chef d'État exemplaire, 1 h 10
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Bonsoir à toutes et à tous, bienvenue au Centre Begin pour un nouvel événement en français. Il y a un an, pratiquement jour pour jour, nous organisions nos premiers événements en français avec la projection de Manitou, la parole retrouvée de Michael Greenspan et d'Olivier Cohen. Un an plus tard, et après cinq événements et quatre conférences Zoom, nous comptons près de 600 membres sur notre groupe WhatsApp et plus de 100 followers sur notre page Facebook en français.
Merci de votre fidélité. Le Centre Begin éveille de plus en plus d'intérêt au sein du public francophone, comme nous l'avons vu notamment avec l'organisation de la soirée-débat entre le Rav Ouri Cherki, ici présent, et Michel Onfray, à laquelle vous avez été très nombreux à participer. Le personnage d'Adi Steg, auquel nous rendons hommage ce soir, a, malgré les différences, de nombreux points communs avec celui de Menahem Begin: l'enfance en Europe de l'Est, l'émigration vers une grande ville européenne, le sauvetage in extremis des griffes de l'extermination nazie,
le combat pour la liberté, pour la liberté de la France pour l'un et pour celle d'Israël pour l'autre, les actions de sauvetage et d'immigration clandestine après la guerre, et ensuite l'engagement inconditionnel pour la communauté juive et pour le peuple juif, en Israël ou en diaspora, notamment pour les Juifs du RSS. Aussi, un grand attachement à la France, comme nous le verrons dans ce film pour Adi Steg, et comme en témoignent de nombreux discours de Begin au fil des ans.
La grande différence reste bien sûr dans le choix d'Israël que n'a pas réalisé Adi Steg, malgré son attachement profond à ce pays, son existence, sa sécurité et sa pérennité. Nous aurons certainement l'occasion de discuter de ce choix lors du débat après la projection du film. Je tiens à remercier la réalisatrice du film, Isabelle Wegstein, qui n'a pas pu être parmi nous ce soir, pour sa disponibilité ainsi que son enthousiasme en faveur de la réalisation de cette première projection en Israël.
Cette soirée est organisée en collaboration avec Actualité juive et Agimag, que nous remercions de leur contribution. Bon film. Je remercie le Rav Ouri Cherki et Eliezer Cherki, qui ont bien voulu venir ce soir, ainsi qu'Eliana Gurfinkel et Jean-Marc Léline pour animer le débat. C'est à vous. Nous avons assisté à une vaste fresque qui est une page d'histoire.
Une page d'histoire qui, je le dis en passant, est tournée. Les problèmes de la communauté juive aujourd'hui sont d'une nature complètement différente, mais c'est un témoignage très émouvant et très fort que nous avons vu. Cependant, il y a un petit épisode qui est très important à mon sens, et qui n'a pas été évoqué du tout dans cette fresque sur mon oncle, Adi.
Et nous allons voir de quoi il s'agit. Je vais me lever, si vous permettez. Vous voyez cette photo, j'espère que je ne vous dérange pas, a été prise à Casablanca en 1948. Il y a ici trois personnes assises: Adi Steg, à droite, le docteur Maurice Klugstein, et au milieu, mon père, Chaim Cherki.
Qu'est-ce qu'il faisait à Casablanca en 1948 ? Adi était à l'époque président de l'Association des étudiants juifs de France, et le docteur Klugstein était dans le cours de ses études de médecine. Mon père était à l'époque un jeune diplômé de Sciences Po et préparait son doctorat de droit à Paris. Ces trois personnes ont été envoyées dans toute l'Afrique du Nord pour préparer des groupes de combat afin de défendre les communautés juives menacées de pogroms à la naissance de l'État d'Israël.
Je ne sais pas si cette photo a été prise avant mai 1948, ou je dirais même surtout avant juin 1948, je vais expliquer, ou après. C'est assez important parce qu'en juin 1948, un mois après la création de l'État d'Israël, deux pogroms terribles ont eu lieu à Oujda et surtout à Djerada, deux villes à la frontière du Maroc et de l'Algérie.
Il y a eu cinq morts à Oujda, il y en a eu 37 à Djerada, 37 morts et 60 blessés, c'est-à-dire la moitié de la communauté, qui comprenait 150 personnes. C'est une toute petite communauté à Djerada qui était, comme je l'ai dit, à moitié massacrée ou blessée. Et comme quoi, les événements du Hotef Hazar que nous avons vécus ne sont pas une nouveauté radicale dans les masses de l'islam, surtout quand il s'agit de la souveraineté juive. Il y a eu 37 morts à Djerada, dont 10 femmes et 10 enfants.
Je ne sais pas s'ils ont été envoyés avant ou après, mais ils ont été envoyés secrètement par le Magen, c'est-à-dire une institution dépendante de la Haganah, pour former des jeunes Juifs prêts à défendre la communauté en cas d'agression. Ils ont donc été dans toutes les villes d'Afrique du Nord, à Fès, Meknès, Casablanca, Marrakech, en Algérie, à Alger, et jusqu'en Tunisie, à Sousse, pour former des jeunes gens. On en voit une partie derrière, je ne connais pas leur nom, pour les former.
Ils avaient reçu aussi secrètement des armes, des caisses de munitions, des mitraillettes de la Haganah, qui étaient envoyées de manière extrêmement discrète. Je ne sais pas par quelle voie elles étaient arrivées, et elles étaient distribuées aux jeunes Juifs qui devaient défendre ces communautés.
Il y a donc trois personnes: Adi Steg, qu'on voit ici, le docteur Klugstein, dont je voudrais parler un tout petit peu, parce que c'est quelqu'un de remarquable, de considérable, qui était d'abord un ami intime d'Adi. Ils sont restés très longtemps très proches. Il est lui-même un grand résistant. Il a participé à la libération de Paris, entre autres. Il a eu énormément de faits d'armes pendant la Résistance, et il est mort prématurément en 1961. Il était marié à Tania Rubinstein, la fille du Rav Shmuel Rubinstein de la rue Pavée, à Paris, qui était un rav considérable, qui a écrit Chéelot ouTechouvot. Cette fille-là était une passionaria qui a sauvé des enfants pendant la guerre et qui a aussi été très active après la guerre. Ils se sont mariés après.
Je ne sais pas s'ils étaient déjà mariés à l'époque ou s'ils l'étaient après. Peut-être son fils, le docteur Marc Klugstein, qui est ici présent pour en témoigner. Adi, dont on a parlé longuement, et mon père, Chaim Cherki, qui, il y a un lien plus intime, finira par épouser la sœur d'Adi, Albertine, qui était ma mère. Voilà.
Ils sont tous les trois assis, et on voit des jeunes gens à Casablanca, des jeunes Juifs. Comment cette photo a été prise, je ne sais pas. C'est même une forme d'imprudence, puisque ces activités étaient secrètes. Mais en tout cas, elle témoigne. Elle témoigne non seulement du courage, mais de la volonté de s'engager à fond pour les communautés juives. Je voudrais rappeler que tous ces trois jeunes sont au milieu de leurs études. On a vu qu'Adi était très actif déjà à l'époque avec les Juifs du RSS. Et malgré cela, il prenait le temps de se consacrer à ces sujets qui étaient brûlants.
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