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Hayom Harat Olam, le cri de Jérémie devenu espoir

Comment la prière de Roch Hachana reprend le cri désespéré de Jérémie pour en faire un souhait de renaissance.

9 min

Plusieurs Rabbanim

Ensuite : La téchouva, un retour de l'être plutôt qu'un repentir, 3 min

En bref

Le Rav explique la prière Hayom Harat Olam dite après le chofar à Roch Hachana, dont l'origine est un cri de désespoir de Jérémie (chapitre 20) qui maudit le jour de sa naissance et souhaite être resté éternellement dans le ventre de sa mère. La prière reprend cette expression pour l'inverser : le jour où le monde retourne à l'état de projet, selon le Rav Kook le processus de techouva ramène la réalisation vers le projet initial. Le cours s'appuie aussi sur le midrash qui situe la création de l'homme le vendredi, veille du Shabbat, pour en tirer l'idée d'une vie humaine tendue entre l'animalité de la naissance et la sainteté du Shabbat.

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Parmi les différentes prières de Roch Hachana, il en est une qui est commune à toutes les traditions d'Israël, séfaradim comme achkénazim, que nous disons juste après la sonnerie du chofar, dans le moussaf, au moment peut-être le plus important de toute la liturgie de Roch Hachana: c'est la prière appelée Hayom Harat Olam. Après avoir entendu le chofar, nous disons: voici le jour où le monde a été enfanté, voici le jour où le monde a été créé. Voici la naissance de l'univers.

En effet, à Roch Hachana, nous célébrons Zé hayom téhilat maasékha, zikaron leyom harichon: voici le jour où tout a commencé, le souvenir du premier jour de l'histoire du monde. Si l'on veut être plus précis, on dira le premier jour de la création de l'homme, puisqu'il s'agit du sixième jour de la création. Le monde lui-même aurait été créé le 25 du mois d'Elloul.

En tout cas, cette prière semble célébrer le début du monde, la naissance de l'univers, la naissance de l'homme. Or, si l'on étudie l'origine de cette prière, prière anonyme, rédigée par la longue tradition des plus anciens de nos hakhamim, on se rend compte qu'il y a quelque chose de beaucoup plus difficile derrière cette prière. Quelque chose presque, je dirais, d'effroyable, d'effrayant. L'origine de cette expression, Hayom Harat Olam,

vient d'un passage du livre de Yirmiyahou, le prophète Jérémie, au chapitre 20. Après avoir essayé pendant de nombreuses années de ramener le peuple juif vers la Torah, d'empêcher la catastrophe imminente de la destruction du Temple, mais voyant que tous ces efforts pour apporter la parole d'HaKadosh Baroukh Hou ne portent pas de fruit, et que finalement le peuple juif reste dans une conduite insupportable aux yeux d'Hachem, il y a un petit passage

où le prophète Jérémie, dans un accès de désespoir le plus terrible, dit la chose suivante. Il ne s'arrête pas simplement à maudire le jour où il est né, mais il continue en disant:

Maudit soit l'homme qui est parti annoncer à mon père et lui dire: tu viens d'avoir un enfant. Il continue en disant: qu'aurait dû faire cet homme-là ? Au lieu d'aller courir pour annoncer la bonne nouvelle à son père, il aurait dû, acher lo himitani merehem, il aurait dû, cet homme-là, me tuer encore dans le ventre de ma mère. Vatéhi imi kivri: ma mère serait devenue pour moi mon tombeau,

et sa matrice en éternelle gestation. Le mot olam dans le Tanakh signifie l'éternité. Harat, c'est le fait justement d'attendre un enfant, être enceinte. S'il n'était pas né, s'il n'était pas sorti au monde ce jour-là, eh bien, j'aurais préféré rester pour l'éternité dans l'état de gestation de ma mère.

Et il dit: Lamah yatsati lir'ot amal véyagon, pourquoi être venu voir la douleur et les souffrances qu'il y a dans le monde ? Vayikhlou véboshet yamaï: je ne fais que passer mes jours dans l'opprobre. Un cri de désespoir, un des passages peut-être universels dans les sommets de noirceur où le prophète lui-même perd tout espoir pour le peuple juif.

Or, celui qui a rédigé la prière a repris cette expression, Harat Olam, du prophète, dans un moment de désespoir: une gestation éternelle parce qu'elle n'aboutit à rien. Hayom Harat Olam, voici le jour où le monde est né. On comprend qu'il ne s'agit pas du tout de la naissance. Lorsque nous disons dans cette prière Hayom Harat Olam, nous voulons dire: voici le jour où l'homme retourne à son état de hérayon. Et le mot olam passe d'une signification temporelle, l'éternité, à celle du monde, de l'univers, du cosmos.

Voici l'explication de la prière. Ce qui était désespoir pour le prophète Jérémie se transforme en porteur d'espoir nouveau. Peut-être que dans tout processus de création, il y a les projets, il y a le rêve, il y a ce qui est imaginé par le créateur. Et puis, dès que cette création commence à prendre forme, dès que la réalisation commence, eh bien, elle ne peut qu'être différente, elle ne peut qu'être loin du projet initial.

Il y a toujours un décalage entre ce qui est dans l'imaginaire du créateur et ce qui est finalement dans la réalisation du produit achevé. D'après le Rav Kook, le processus même de techouva commence à vouloir ramener la réalisation un peu plus proche du projet initial. Peut-être que dans notre vie, au moment de la naissance, on commence à partir, et à partir de ce moment-là, quoi que l'on fasse,

on prend différentes directions, différents choix. La pluralité des options qui sont permises dans le rêve se réduit à prendre quelque chose de particulier, une direction spéciale. Ne serait-ce que parfois: pour tous les parents qui ont imaginé pour leurs enfants les rêves les plus grandioses, à partir du moment où ils naissent, eh bien, ils ne vont finalement peut-être pas réaliser tous les projets qu'on avait pour eux. Tout au long de notre vie, on continue à prendre des décisions et des choix.

Et à certains moments, on peut se poser la question: est-ce qu'on n'aimerait pas repartir à zéro ? Est-ce qu'on n'aimerait pas repenser à soi-même comme à un projet initial ? Peut-être pourrait-on repenser à soi-même à l'état de gestation. Peut-être que Hayom Harat Olam, ce n'est pas le monde qui est né, mais le monde qui retourne à l'état de projet. Peut-être que pour chacun de nous, c'est notre vie qui peut continuer à se rêver de ce qu'elle pourrait être,

de ce qu'elle pourrait devenir, et ne pas accepter ce qui est la suite naturelle d'une causalité, la suite de notre vie.

Il y a un passage du midrash qui explique la création de l'homme le sixième jour de manière assez surprenante. En effet, dans la création du monde, le cinquième jour, le jeudi, ont été créés les oiseaux, les poissons et les différents animaux rampants. Le vendredi, Yom hachichi, ont été créés les mammifères et l'homme. Et le Chabbat, HaKadosh Baroukh Hou n'a plus rien créé.

On pourrait se demander: il aurait été plus logique de créer le jeudi, le cinquième jour, tout l'ensemble du monde animal, mammifères y compris, et de garder pour l'homme la merveille de la création, l'aboutissement de toute la création, un jour particulier, le sixième jour, le vendredi. Et de cette façon, l'homme aurait été distingué du monde animal. Or, il y a déjà peut-être, à ce niveau, quelque chose d'essentiel.

Pourquoi HaKadosh Baroukh Hou a-t-il créé l'homme avec l'animal le vendredi ? Le midrash nous dit: parce que HaKadosh Baroukh Hou aurait dû créer l'homme le Chabbat. Et de cette façon, on aurait eu, de façon très logique, les animaux le jeudi et le vendredi, et l'homme, quelque chose de magnifique, dans la kedoucha, dans la sainteté du jour du Chabbat. Mais HaKadosh Baroukh Hou ne travaille pas le Chabbat. Et comme tous ceux qui ont du travail à faire et qui doivent le terminer

avant le Chabbat, ils finissent le vendredi les derniers dossiers à achever avant l'entrée du Chabbat. Par conséquent, HaKadosh Baroukh Hou a fait passer …

Cours d'Orot veKelim

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