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Roch Hachana, deux calendriers et deux histoires

Pourquoi l'année juive commence en Tichri alors que la Torah fixe Nisan comme premier mois, et ce que ce décalage dit de l'histoire.

49 min

Plusieurs Rabbanim

Ensuite : Hayom Harat Olam, le cri de Jérémie devenu espoir, 9 min

En bref

Le cours part d'une question de calendrier : la Torah fait de Nisan le premier mois de l'année, mais la tradition juive fête Roch Hachana en Tichri, le septième mois, sans que la Torah le désigne explicitement comme début d'année. Il examine les sources (la Michna, la Guemara de Roch Hachana, avec la controverse entre Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua sur la date de la création et des événements fondateurs) pour montrer que les deux années, l'une d'automne et l'autre de printemps, traduisent deux conceptions du temps : l'une qui le perçoit comme déclin, l'autre comme renouvellement. Il conclut que le double calendrier porte une mission universelle de rédemption du monde à travers l'histoire d'Israël.

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Roch Hachana, c'est, je crois, ça tombe quand ? Le premier Tichri, n'est-ce pas ? Le mois de Tichri, quel mois c'est dans l'année ? C'est le septième. Le septième mois de l'année. Le premier mois de l'année, selon la tradition juive, c'est Nisan. Et donc le septième mois de l'année, c'est Tichri. C'est là que tombe la fête de Roch Hachana.

Il faut savoir qu'est-ce que c'est, que veut dire le mot Roch Hachana ? Tête de l'année, c'est-à-dire que c'est là que commence l'année, et elle commence, ce qui a l'air paradoxal, lors du septième mois. D'accord ? Si vous avez regardé dans la Torah, nulle part il est dit que ce jour qui tombe au premier du septième mois, c'est Roch Hachana. Nulle part il est donc dit que c'est le début de l'année.

Ce qui pose, évidemment, un problème. Comment, d'où est-ce que les hakhamim m'ont tiré que c'était le début de l'année, alors que l'année commence six mois auparavant, en Nisan ? Oui ?

— Simchat Torah, peut-être ? Simchat Torah devrait être le début de l'année.

Pourquoi ? Vas-y.

— Ah, parce qu'on commence la Torah à Béréchit ?

Oui, le problème, c'est que l'usage de lire la Torah à partir de Béréchit après Simchat Torah est un usage tardif. Par exemple, en Erets Israël, dans l'Antiquité, on lisait la Torah en trois ans, pas en un an, et donc ça ne tombait jamais à Simchat Torah. À Babylone, on lisait la Torah en un an. C'est l'usage qui aujourd'hui a prévalu chez les Juifs. Mais on lisait Béréchit, par exemple chez les Guéonim, à Kippour. D'accord ? En tout cas, rien dans la Torah ne nous dit qu'il faudrait commencer la lecture de la Torah à ce moment-là. Donc ça pose effectivement un problème. Pourquoi est-ce qu'on fait commencer l'année…

Tout d'abord, je voudrais mettre en évidence ici un petit problème. Lors de la première apparition du peuple juif, enfin, du peuple hébraïque dans l'histoire, en tant que peuple, la première chose qui est faite, c'est une mitsva, n'est-ce pas ? Quelle est la mitsva qui est donnée au moment même de l'apparition d'Israël dans l'histoire ?

Eh bien, la première des mitsvot. N'est-ce pas ? Et c'est quoi, la première des mitsvot ? Brit Mila ? Non, ce n'est pas la première. Pas du tout. D'abord, à part ça, si je te réfère à Avraham Avinou, Avraham Avinou est antérieur à l'apparition d'Israël dans l'histoire. Pessah, c'est la deuxième, effectivement. La deuxième mitsva qui est donnée aux Hébreux, juste au moment où il commence à apparaître dans l'histoire, c'est de préparer un pour le sacrifice de Pessa'h. Ça, c'est la deuxième mitsva. Donc on n'est pas loin, on se rapproche. La première, allez-y.

— J'ai une allusion, un rapport. C'est en rapport avec le sujet dont vous avez parlé auparavant. C'est de fixer le jour de Roch Hodech. C'est ça ?

Vous connaissez les versets dans Chémot, chapitre Yud-Beth: Vayedaber Hachem el Moché véel Aharon be-Erets Mitsrayim leémor: Et Dieu s'adressa à Moché et à Aharon, dans le pays d'Égypte, en ces termes: Ha-hodech ha-zé lakhem rosh hodachim, ce mois-ci, il s'agit du mois de Nisan, est pour vous le premier des mois; rishon hou lakhem lé-hodchei ha-chana, il est le premier pour vous parmi les mois de l'année. Ce qui veut donc dire, je suis précis, que l'histoire d'Israël commence avec une réforme dans le calendrier.

La première chose qui s'est passée, on ne pouvait pas avancer sans passer par là, il fallait tout d'abord réformer le calendrier. Si la Torah juge nécessaire de nous dire qu'à partir de maintenant c'est Nisan le premier mois, cela veut dire qu'auparavant ce n'était pas Nisan le premier mois. Vous avez compris ? Est-ce que c'est clair ce que je dis là ? Eh bien oui, c'est ce que dit la Torah. C'est la première mitsva: fixer Nisan comme le premier des mois, et toutes les règles du calendrier qui en découlent.

C'est-à-dire qu'établir le calendrier hébraïque est une mitsva. C'est une mitsva pour le tribunal, pour le Sanhédrin. D'accord ? C'est une mitsva quand même. De même qu'il y a des mitsvot pour les kohanim, des mitsvot pour les femmes, des mitsvot pour les rois, etc., il y a une mitsva pour le Sanhédrin. La mitsva, qui est donc une mitsva collective, si on veut, est d'établir le calendrier. Et donc ça a commencé par une réforme. Jusque-là, vous suivez ? J'ai compliqué les choses. Si ce n'est pas clair maintenant, il faut le dire tout de suite. Bon, tant pis pour vous.

Et le problème, si c'est vrai ce que je dis là, c'est: quel était le premier mois avant ? C'est-à-dire, nos ancêtres, quand ils comptaient les années, ils les comptaient à partir de quel mois ?

— Apparemment, Tichri.

Non seulement c'est vrai, mais en plus de ça, je te demande où tu as tiré ça. Qui te dit qu'ils ne comptaient pas à partir de Chabbat ?

— Oui, mais le Roch Hachana en question apparaît dans la Torah plus tard.

C'est-à-dire que, plus tard, la Torah nous dit qu'il faut fêter le premier du septième mois, et la Torah ne juge même pas nécessaire de nous dire que ça s'appelle Roch Hachana. Eh bien, il y a une résistance à ça. Donc tu te dis, il y a quelque chose, une puce qui t'a gratté l'oreille et qui t'a dit que c'était le mois de Tichri, qu'il fallait faire une fête. C'est donc tout indique…

— Oui, c'est probable.

C'est probable, oui. Très bien, j'accepte, j'accepte. Simplement, je veux t'amener des preuves. Je veux t'amener une preuve, par exemple une preuve archéologique. Ça vous intéresse, une preuve archéologique ?

Il y avait un roi en Babylonie qui s'appelait Amourabi. Vous avez entendu parler d'Amourabi ? Amourabi, c'était un roi contemporain d'Avraham Avinou, qui d'ailleurs a écrit un code de lois. Le code de Hammourabi, en hébreu Hammourabi, c'est-à-dire le rabbin Han, Rabbi Hamor. Il y a un éveil de sens de l'humour parmi les élèves, c'est important. En tout cas, donc…

Il y avait donc, dans le code de Hammourabi, un code très ancien, antérieur à la Torah, des lois qui ressemblent parfois aux lois de la Torah. C'est-à-dire que l'humanité était en prédisposition de recevoir la Torah à ce moment-là. Et dans les tablettes cunéiformes qui ont été retrouvées dans le palais de Hammourabi, on voit une lettre signée par le roi, dans laquelle il ordonne aux prêtres de Babylone la chose suivante. Il leur dit:

« L'année n'est pas en place, vous allez donc rajouter un deuxième mois d'Elloul. » Nous, quand l'année n'est pas en place, c'est-à-dire quand il y a un décalage entre l'année lunaire et l'année solaire, qu'est-ce qu'on fait ? On rajoute un deuxième Adar. Et du temps de Hammourabi, on rajoutait un deuxième Elloul. Pourquoi est-ce que nous rajoutons un deuxième Adar ? C'est justement la question que je pose. Quelle est la réponse ? Eh bien c'est très simple.

Cours d'Orot veKelim

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