Le philosophe, la perfection et la émouna juive
Pourquoi le philosophe reste inachevé sans Hachem, et ce que la Torah demande de réaliser en acte.
Rav David Partouche
Ensuite : Le philosophe et le Sekhel HaPoel, l'intellect agent, 59 min
En bref
Le Rav Partouche oppose la conception philosophique de la perfection, qui fait de l'homme un potentiel à réaliser par ses seuls efforts, à la conception de la Torah, où l'homme ne réalise le juif qui est en lui qu'en étant à l'écoute du divin. Il montre que la philosophie peut conduire à une pensée close sur elle-même, et que la Torah se situe dans la réalisation concrète de la sagesse divine dans la vie et le corps, non dans la seule connaissance. Le cours retrace aussi l'évolution de l'émouna entre les générations, depuis l'émouna naturelle des grands-mères jusqu'à la nécessité de l'étude aujourd'hui.
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Alors, le philosophe, lui, il ne lui manque rien par rapport à la perfection. C'est-à-dire que, d'après lui, le philosophe a reçu toutes les causes qu'il fallait et a réussi à sortir du primitif que se trouve le Kouchi. Par conséquent, le philosophe va réussir à devenir l'homme parfait. Mais il faut savoir, dit le philosophe, que ce n'est pas gagné. Pourquoi ce n'est pas gagné ? Aval HaChlemout. Mais la perfection, hazeh, cette perfection qui se trouve dans le philosophe, elle est bekoah, elle est uniquement potentielle. Tzahir bo tsa'ato, l'ide ma'aseh, el imou d'ou moussa. Il faut la réaliser, réaliser le potentiel en actes. Hacheteré, Hachana, Laïnyana, Cheikhounalo, pour qu'il puisse réaliser ce qui contient en lui, minachimou, de cette perfection.
Les Chissahs ont des enseignes et des enseignes. Pourquoi ? Parce que, s'il ne fait pas ça, alors il faut savoir qu'il restera manquant. Alors, ok, ça, c'est une vue, une vision tout à fait occidentale, et tout le monde en est conscient: l'homme naît en potentiel, et il faut faire des efforts pour pouvoir réaliser tout ça. Mais ça, c'est détaché de Dieu, c'est-à-dire que c'est un travail de l'homme sur lui-même. L'homme va devoir faire un travail moral, l'homme va devoir travailler sur lui-même, développer ses capacités, ses vertus, ses traits de caractère.
Développer son étude, sa conscience, ses connaissances, pour pouvoir réaliser le philosophe qui est en lui. Parce que, d'après le philosophe, l'homme le plus parfait est bien entendu le philosophe. La personne qui aura réussi à réaliser tout ce potentiel de philosophe qui est en elle, alors on pourra dire qu'elle est l'homme parfait. Dans la Torah, bien entendu, on parle de kohar, on parle du potentiel.
C'est comme cet artiste, Mozart: il avait un potentiel énorme d'être un Mozart. S'il n'avait pas réalisé ça, alors bien sûr, on n'aurait pas eu Mozart, on aurait eu juste un homme. Mais, par les efforts qu'il a investis pour réaliser l'art de la musique qui était en lui, tous ces efforts lui ont permis de devenir Mozart. Vous savez ça ? Maintenant, la Torah dit aussi la même chose.
L'homme, c'est ce qu'on dit tous les matins. On dit: béni sois-tu, Hachem notre Dieu, Roi de l'univers, qui ne m'as pas fait goy, qui ne m'as pas fait non-juif. On se pose la question: comment se fait-il qu'on ne dit pas she'assani Israël ? Comment se fait-il qu'on ne dit pas: tu m'as fait Israël ? Je remercie Hachem de m'avoir fait Israël, de m'avoir fait juif. Or, on voit qu'on dit: qui ne m'a pas fait goy. Là-dessus, un homme avait posé la question au Rav Chakh zatsal,
et le Rav Chakh avait répondu la chose suivante. Il dit: « Dieu a fait que tu n'aies pas été goy, mais toi, tu dois faire que tu sois juif. » Qu'est-ce qu'il voulait répondre ? Dire que, toi, l'effort personnel, c'est de réaliser l'Israël qui est en nous. Ou, pour reprendre Lévinas: Lévinas disait: « On naît juif, mais un jour, il faut penser à le devenir, à faire venir le juif qui est en nous, à réaliser l'Israël qui est en nous. »
Israël, vous vous rappelez, à chaque fois je vous le dis: Israël, c'est même l'être que l'on réalise. Réalisez l'Israël qui est en nous. Alors, les Chohas, a priori, on ressemble aux philosophes, on a la même pensée que les philosophes. Mais qui est le peuple avec lequel le peuple d'Israël s'est le plus identifié ? Les Babyloniens, on ne sait pas du tout où ils s'identifiaient. Ils pensaient qu'à manger toute la journée, à faire des guerres, à tuer. Ce n'était pas notre Avodah Zarah, l'idolâtrie. Quand on a rencontré les Perses, eux pensaient vraiment à manger toute la journée. On voit Ahashverosh, il fait six mois de fête.
Quand on a rencontré les Grecs, là, pour une fois, on a rencontré une nation intelligente, avec la soif d'apprendre et la soif de connaître. Et nous, nous étions, nous sommes le peuple qui a soif d'apprendre et soif de connaître, parce que nous savons que l'homme n'est que dans sa situation de potentiel et qu'il faut réaliser en acte tout le potentiel qui est en nous. Oui, mais il y a une différence: qui t'aide ? Qui est avec toi pour réaliser le potentiel en acte ? Chez les philosophes, ils sont tout seuls. Chez nous, c'est Hachem.
Tous les jours, dans la Amidah, on dit: c'est toi, Hachem, qui gratifies l'homme de la connaissance. C'est-à-dire que nous, on est dans un mouvement, on regarde le mouvement du haut vers le bas. On reçoit du divin pour réaliser l'être qui est en nous. C'est une communication. C'est Shema Israël. Qu'est-ce que Shema Israël ? Shema Israël, c'est être à l'écoute du divin pour se réaliser. Tandis que le philosophe…
Le philosophe, sa pensée est comme ça. Regardez, je ne sais pas si vous voyez sur la caméra: lui parle, lui parle, il envoie des lettres dans l'air, et regardez ce qui se passe: qui les entend ? Lui-même. C'est un cercle fermé. Lui et lui-même. Un cercle mort. Il ne pourra connaître que ce qu'il connaît. Ce n'est pas une relation de vie, c'est une relation très… il est en confinement, le philosophe. Il est autiste. Il ne s'entend que lui-même. Alors que nous, nous sommes ouverts,
à l'écoute. Parce que ce n'est pas l'histoire de l'arbre de la connaissance. C'est-à-dire qu'il est trop dans l'Etz HaDaat, l'arbre de la connaissance, et pas dans l'Etz HaChaïm, l'arbre de la vie. Exactement. Exactement. C'est-à-dire qu'il est dans le Etz HaDaat, ce qui veut dire qu'il veut seulement… il n'est pas dans la vie, il est dans la description de la vie. Il ne vit pas, il décrit la vie. Exactement. Ce qui est tout à fait vrai. C'est ça, le danger du Da'at.
Le danger du Da'at: quand on commence à analyser les choses, on commence à moins vivre. Il y a là un grand danger. Quand on commence à analyser et à parler… C'est-à-dire, nos grands-mères: voilà, je donne un cours d'émouna, sur le Kouzari, tout ce que vous voulez, mais en fin de compte, celles qui vivaient véritablement mieux l'émouna, sans connaître le Kouzari, sans connaître Hachih, sans connaître le Rav Kook, et oui, même sans connaître le Rav Kook, on peut avoir l'émouna.
C'étaient nos grands-mères, qui mettaient leurs mains sur la mezouza, qui pleuraient le matin, qui faisaient une bénédiction pour leurs enfants et leurs petits-enfants. Et c'étaient, je dirais, les plus grandes philosophes, plus grandes que toutes les… toutes les personnes qui connaissent Rachi, le Rav Kook, Breslev, etc. C'est magnifique. Eh oui, c'est un peu… Mais le Rav Kook dit: aujourd'hui, on a besoin d'étudier l'émouna. Avant, l'émouna était naturelle. Aujourd'hui…
On a perdu l'émouna naturelle. Donc, c'est grâce à l'étude qu'on doit récupérer ce que nos grands-mères avaient, mais cette fois-ci en comprenant, en connaissant les choses. Donc, on est du Etz HaDaat et on …
Cours d'Orot veKelim
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