Rav Oury Cherki : la délivrance selon la tradition
La Gueoula comme indépendance politique selon le Maharal, et pourquoi l'histoire est sainte.
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Ensuite : La sainteté de Yom HaAtsmaout selon le Rav Cherki, 36 min
En bref
Le Rav explique que Yom Ha'atzmaut, jour de l'indépendance, se comprend traditionnellement comme Gueoula, délivrance politique : être chez soi, rassemblé et indépendant, selon le Maharal de Prague et Maïmonide. À partir d'un débat du traité Berakhot sur la lecture du troisième passage du Chema, il montre que la délivrance récente dépasse la sortie d'Égypte, et que l'histoire du peuple d'Israël mène vers une mission universelle.
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Bonjour tout le monde. Bonne fin du mois de Nisan et bonne approche du mois d'Iyar. Je tiens à me distinguer de l'opinion de David. Je m'en fiche complètement si les gens veulent cacher leur visage, et s'ils le font, c'est très bien, ils en ont le droit. Bon.
Mais ça, c'est mon opinion personnelle, je suis peut-être trop démocrate. Nous allons donc parler aujourd'hui, comme David l'a si bien annoncé, du Yom HaAtsmaout. Je voudrais tout d'abord donner une petite définition simple. Qu'est-ce que Yom HaAtsmaout, le jour de l'indépendance, en termes traditionnels ? Qu'est-ce que cela représente ? Parce que le terme d'indépendance politique est un terme moderne.
En hébreu, on dit Atsmaout Midinit. Mais comment cela était-il dit dans les textes traditionnels, au cours de l'histoire ? C'est très simple, cela portait un nom: Gueoula. Gueoula se traduit par « délivrance ». Pour être précis, on le traduit souvent par « rédemption », mais le terme de rédemption n'est pas très clair du point de vue de la tradition juive; il a plutôt un relent de chrétienté.
Il peut être compris comme un événement de type spirituel, alors que, traditionnellement, la Gueoula, la délivrance, est un événement considéré uniquement comme politique. Pour mettre les choses bien au point, je voudrais citer deux sources tout à fait respectables: Maïmonide et le Maharal de Prague.
Maïmonide, dans sa clarté et sa concision habituelles, nous dit, c'est très simple: la seule différence entre le temps de la galout et le temps messianique, c'est l'asservissement aux nations. Chehaboud Malchuyot, c'est-à-dire quand nous ne sommes pas asservis aux nations, c'est-à-dire quand nous sommes dans l'indépendance politique, eh bien, c'est là que nous sommes dans les temps messianiques, appelés autrement Gueoula. Je pense que c'est très clair.
Allons plus profondément, dans le Maharal de Prague. Dans son livre Netsah Israël, au premier chapitre, il explique quels sont les trois éléments de la galout, et la galout en opposition avec la Gueoula. La Gueoula étant l'inverse, le contraire de la galout. Et le Maharal en parle justement sur l'arrière-plan de ce qu'il appelle l'unité des contraires.
Ardouta Fahim, c'est-à-dire que si j'arrive à définir la galout, je peux définir la Gueoula. Or, qu'est-ce que la galout, l'exil, d'après le Maharal de Prague ? Il dit que ce sont trois éléments: le fait d'être en dehors de chez soi, d'être dispersé et d'être dominé. Ce sont les trois éléments qui définissent la galout. Donc, si je prends l'inverse, le contraire de ces trois éléments, il s'agit d'être chez soi, rassemblés et indépendants.
Remarquez une chose remarquable: la définition de la Gueoula, ou de l'exil, chez le Maharal de Prague, n'a aucune connotation spirituelle. Il ne s'agit pas d'un événement mystique ou d'un événement spirituel, il s'agit d'un événement politique. Politique et sociologique. Le fait d'être revenu chez soi et d'être indépendant, c'est cela, la Gueoula.
Alors, évidemment, vous allez me dire: c'est donc cela dont le judaïsme a parlé. Évidemment, le judaïsme comprend que l'indépendance politique a des implications spirituelles. Cela me rappelle une petite conversation que j'ai eue avec un rabbin de la Diaspora, qui m'a dit: « Mais bien sûr que je favorise la Aliya. Je veux seulement que la Aliya soit également une ascension spirituelle. »
Comme je ne cite pas le nom, je peux me le permettre: cela veut dire qu'il n'a rien compris, qu'il dit vraiment n'importe quoi. Parce que la Aliya est en soi une élévation spirituelle. Il n'y a pas de connaissance de Dieu, il n'y a pas d'adhésion à la Chekhina s'il n'y a pas, tout d'abord, indépendance politique. Je pense qu'on peut très bien le démontrer par les différents textes, mais je me contente pour l'instant de l'enseignement du Maharal de Prague, qui est universellement reconnu.
Or, le fait historique est que la délivrance est arrivée à travers l'État d'Israël, à travers Ben Gourion, la Palmah et tout le reste. C'est cet événement-là que nous célébrons le jour de Yom HaAtsmaout.
J'ai été interrogé par la presse juive de France pour savoir s'il y avait un rapport entre Yom HaAtsmaout en tant que jour politique et la tradition religieuse d'Israël. J'ai expliqué que, évidemment, non. Il n'y a rien à voir entre Yom HaAtsmaout et la religion juive. D'ailleurs, il n'y a rien à voir entre Pessah, ou Chabbat, ou les fêtes, ou toutes les mitsvot de la Torah, et la religion juive, étant donné qu'il n'y a pas de religion juive. Il y a…
Une nation d'Israël, et c'est en tant que nation, en tant que quantité politique, que le Créateur nous a élus. Nous sommes un peuple élu et non pas une religion élue. Donc, tout ce qui concerne le peuple d'Israël, et en particulier son indépendance politique, a un statut spirituel, ou je pourrais dire même divin, extrêmement important, et c'est cela que nous fêtons le jour de Yom HaAtsmaout.
Cette chose étant bien mise au clair, nous allons passer maintenant à une étude. Je voudrais vous citer un petit texte que je n'ai pas distribué, mais ce n'est pas grave, je vais le citer. C'est un texte du traité de Berakhot. Dans le traité de Berakhot, dans le Talmud, à la page 12b et 13a, il y a tout un débat à propos d'une petite halakha qui concerne la lecture du Chéma.
Comme vous le savez, le Chéma est lu tous les jours, et il comporte trois passages. Le premier passage s'appelle Chéma, le deuxième Véhaya, et le troisième Vayomer.
Pourquoi récitons-nous ces passages tous les jours ? Parce que la Torah nous l'a dit: « Lors de ton coucher, lors de ton lever, tu dois réciter, tu dois proclamer la émouna d'Israël et l'acceptation des mitsvot. » C'est vrai pour le premier passage du Chéma, c'est vrai pour le deuxième. Le problème, c'est que le troisième passage du Chéma, qu'est-ce qu'il vient faire ici ? Il parle des tsitsit.
Dans la Parachat Tsitsit, il n'est pas dit dans la Torah qu'il faut la réciter, et il n'est en tout cas pas dit que, s'il faut la réciter, ce serait deux fois par jour. La raison pour laquelle nous récitons le troisième passage du Chéma — c'est ce dont parle la Michna — c'est qu'il part de la sortie d'Égypte.
Or, il y a un commandement de la Torah de se souvenir de la sortie d'Égypte tous les jours de notre vie, ainsi qu'il est dit: « afin que tu te souviennes du jour où tu es sorti d'Égypte tous les jours de ta vie. » Nous avons donc un devoir journalier, tous les jours de notre vie, de rappeler la sortie d'Égypte. C'est la raison pour laquelle nous récitons le troisième passage du Chéma. Dans ce cas, se pose la question: pourquoi le réciter deux fois par jour ? La Torah nous a-t-elle dit de le faire deux fois par jour ?
Là, nous avons un débat autour de ce problème. Tout le monde est d'accord qu'il faut dire le troisième passage du Chéma le matin, mais pour ce qui est du soir, les Tanaïm, les sages de …
Cours d'Orot veKelim
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