Yom HaAtsmaout : célébrer malgré l'angoisse
Pourquoi le calendrier juif impose de fêter l'indépendance même dans les temps sombres, selon le Rav Oury Cherki.
Plusieurs Rabbanim
Ensuite : Yom HaAtsmaout, fin de l'exil selon Rav Cherki, 15 min
En bref
Le Rav Rui Cherki explique pourquoi Yom HaZikaron et Yom HaAtzmaout, situés entre Pessa'h et Chavouot, marquent l'achèvement de la libération commencée à la sortie d'Égypte, et pourquoi le mois d'Iyar voit l'éveil identitaire d'Israël. Il répond à ceux qui doutent de la possibilité de fêter cette année, alors que des otages sont retenus et que des soldats sont au front, en rappelant que le calendrier juif maintient les temps sanctifiés malgré les exils. Il décrit enfin l'optimisme profond du peuple israélien, qui traverse les tensions politiques et la pression internationale.
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Ce qui est absolument extraordinaire dans le calendrier juif, c'est qu'il nous apprend ce que c'est que la permanence. Nous avons fêté la fête de Pessa'h même dans les périodes les plus noires de notre époque, quand nous sommes retombés dans des exils. Le fait qu'il y ait des temps sanctifiés signifie que, malgré les mouvances, les hauts et les bas de notre histoire, il y a un fil conducteur. Et ce fil conducteur ne peut pas être rompu.
Yom HaZikaron et Yom HaAtsmaout approchent, et beaucoup se posent la question: comment, cette année, dans cette période assez compliquée et assez difficile, commémorer et fêter ces deux journées importantes ? C'est ce que nous allons essayer de voir et de comprendre avec le Rav Rui Cherki.
David Altar: Rav Cherki, merci d'être avec nous aujourd'hui.
Rav Cherki: Shalom, c'est un plaisir.
David Altar: Les deux jours solennels du calendrier israélien approchent, et l'on doit savoir comment célébrer et fêter ces deux journées importantes. Peut-être, avant d'en parler, un petit retour sur la signification de ces deux grandes journées, de manière générale.
Rav Cherki: C'est très simple. C'est l'achèvement de ce qui a commencé lors de la sortie d'Égypte. La sortie d'Égypte a bien commencé, on peut dire que Moshé a fait du bon travail, mais finalement elle a abouti à une libération d'Israël qui a conduit à un exil, à plusieurs exils. Il faut donc en finir avec l'exil, et c'est ce que nous avons fait lors de la fondation de l'État d'Israël, y compris au prix douloureux qu'il a fallu payer. Mais nous sommes aujourd'hui dans un événement dont l'importance est en vérité beaucoup plus grande, les prophètes l'ont dit, beaucoup plus grande que la sortie d'Égypte. De ce point de vue, il est très important d'être reconnaissant aux « dieux d'Israël » et à la Providence, ainsi qu'aux héros d'Israël, qui nous ont amenés à ce jour.
David Altar: Ce n'est pas un hasard, entre guillemets, que Yom HaZikaron et Yom HaAtsmaout se situent entre la sortie d'Égypte, entre Pessa'h et Chavouot ?
Rav Cherki: Absolument. Vous savez, le mois d'Iyar, dans lequel se trouvent les événements très importants de Yom HaZikaron, de Yom HaAtsmaout et de Yom Yerouchalaïm, le jour de la libération de Jérusalem, tout cela se situe dans le cadre d'une mouvance qui est celle de l'émergence de l'identité d'Israël. Si, lors de la fête de Pessa'h, la libération nous a été imposée, pourrait-on dire, par le Haut, le temps d'Iyar est le temps où les enfants d'Israël s'éveillent par eux-mêmes à leur libération. Cela explique d'ailleurs la présence, dans le texte de la Torah, de ce qu'on appelle le deuxième Pessa'h, le Pessa'h Chéni, le 14 du mois d'Iyar, qui est l'essence de ce mois dans son ensemble. Voilà pour la signification, donc l'importance de ces deux journées.
David Altar: Des journées qui sont commémorées et célébrées en Israël, de manière générale, de façon solennelle pour Yom HaZikaron, et en grande pompe pour Yom HaAtsmaout. Cette année, comment faire, dans une période où l'on a encore des hayalim sur le front, où des otages sont toujours retenus, dans une situation assez incertaine, pour célébrer ?
Rav Cherki: Ce qui est absolument extraordinaire dans le calendrier juif, c'est qu'il nous apprend ce que c'est que la permanence. Nous avons fêté Pessa'h même dans les périodes les plus noires de notre époque, quand nous sommes retombés dans des exils. Le fait qu'il y ait des temps sanctifiés signifie que, malgré les mouvances, les hauts et les bas de notre histoire, il y a un fil conducteur, et ce fil conducteur ne peut pas être rompu.
Et si l'on va un peu plus loin, ce que veulent nos ennemis, c'est nous détruire. Mais ils ne veulent pas seulement nous détruire physiquement, ils veulent aussi détruire notre esprit, notre optimisme. Le fait de se réjouir lors de la fête de Yom HaAtsmaout, de maintenir la solennité de Yom HaZikaron, tout cela fait partie de la lutte. C'est là que nos ennemis vont comprendre qu'ils n'arriveront pas à détruire l'esprit d'Israël, et d'où l'importance de festoyer à Yom HaAtsmaout. On peut évidemment introduire un élément de réserve, disons un peu plus de retenue. Mais dans l'essence même de l'événement, je pense qu'il ne faut absolument rien annuler.
David Altar: Concernant Yom HaAtsmaout, on va parler d'une façon plus générale de cette situation. Hier, en préparant cette émission, je me suis promené dans les rues de Jérusalem et j'ai interrogé des personnes qui m'ont répondu sur ce qu'elles ressentaient pendant cette période. Certaines parlaient de fêter Yom HaAtsmaout comme d'habitude, et peut-être encore plus que d'habitude. D'autres étaient vraiment dans une situation d'angoisse, peut-être même de déception, par rapport à tout ce qui se passe. Certains m'ont dit: on ne peut pas se permettre de fêter Yom HaAtsmaout tant que les otages ne sont pas revenus. Qu'est-ce qu'on peut répondre à ce genre de personnes ?
Rav Cherki: C'est quelque chose de très sincère de leur part. Cela veut dire que, malgré toute la pellicule extérieure véhiculée par les médias et par le jeu politique, il y a un optimisme fondamental, qui reste très profondément ancré dans la population israélienne dans son ensemble. Pour toute personne qui vit en Israël depuis quelques années, il y a une transformation de l'identité qui se fait à l'insu des individus. Il est vrai qu'il existe des groupes d'intérêt qui agissent, et qui sont parfois destructeurs, mais on peut dire
que les événements sont plus forts que nous. Aujourd'hui, même si l'on voit le grand cadre de la scène internationale, mobilisée contre Israël, cela nous ramène instinctivement à nos mythes fondateurs: Israël comme étant le cœur des nations, ce cœur qui suscite l'animosité des nations. Tout cela nous remet un peu en place. Sartre disait que c'est l'antisémitisme qui crée le juif; on pourrait dire que c'est l'antisionisme qui crée Israël.
David Altar: Par rapport à ce qui se passe en Israël, à cette vie politique, et à ce peuple qui renaît de ses cendres, de l'autre côté on a une vie politique très terre à terre. On a parfois l'impression que cela ne va pas du tout ensemble. Comment arrive-t-on à allier les deux ?
Rav Cherki: Disons qu'au niveau existentiel, les choses se passent indépendamment des volontés individuelles. Quand on est porté par l'histoire, quand un grand événement est en train de se produire, l'individu a certainement une influence sur la rapidité ou le ralentissement des événements. Ces événements peuvent se passer de manière facile, difficile, ou même douloureuse, mais la mouvance dans son ensemble est assez irréversible. Vous pouvez appeler cela la Providence, vous pouvez appeler cela le jeu de l'histoire, mais la sociologie nous a appris que ce sont les collectivités qui influent sur l'individu, plus que l'individu sur la collectivité. C'est un peu ce que nous sommes en train de vivre. Le train est en marche: soit on y monte, soit on n'y monte pas, mais de toute manière, le train roule.
Cours d'Orot veKelim
Dans la même série
Quatre maîtres, 27 cours : halakha, Kabbale, histoire et prophétie pour comprendre le sens profond de Yom HaAtsmaout. De la question du Hallel à la vision de la Géoula, un panorama complet sur le miracle de l'indépendance d'Israël.
- 1
Yom HaAtsmaout : célébrer malgré l'angoissePourquoi le calendrier juif impose de fêter l'indépendance même dans les temps sombres, selon le Rav Oury Cherki. - 2
Yom HaAtsmaout, fin de l'exil selon Rav CherkiPourquoi la fondation de l'État d'Israël marque une délivrance et ce qui fait une vraie souveraineté politique. - 3
Rizkiya, le Machiah manqué et le Hallel du peupleLe Talmud se demande pourquoi Rizkiya n'a pas été le Machiah, et ce que vaut le Hallel récité par le peuple. - 4
Israël, miroir des nations et des mythes de l'OccidentPourquoi l'existence d'Israël dérange, et ce que dit le Talmud du jugement des nations. - 5
Rav Oury Cherki : la délivrance selon la traditionLa Gueoula comme indépendance politique selon le Maharal, et pourquoi l'histoire est sainte. - 6
La sainteté de Yom HaAtsmaout selon le Rav CherkiPourquoi la fête de l'Indépendance n'a pas de sens religieux, mais touche à la mission du peuple d'Israël.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav