Israël, miroir des nations et des mythes de l'Occident
Pourquoi l'existence d'Israël dérange, et ce que dit le Talmud du jugement des nations.
Plusieurs Rabbanim
Ensuite : Rav Oury Cherki : la délivrance selon la tradition, 44 min
En bref
Le cours part de la guerre à Gaza et de la place d'Israël dans les débats internationaux, en la reliant à des mythes fondateurs de l'Occident et de l'Islam. Il s'appuie sur un passage du traité Avodah Zarah du Talmud, où chaque nation vient réclamer sa part de la Torah devant le tribunal de l'histoire, pour montrer que les nations ne peuvent être jugées de la même manière. Il conclut que la mission d'Israël est d'avoir un discours assumé et de confronter les valeurs de l'Occident et de l'Islam, plutôt que de se taire.
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
## Israël et les mythes de l'Occident
Bonsoir. On a abordé énormément d'aspects de ce qui se passe actuellement dans l'agression contre Israël au niveau universel. Et on ne peut pas ne pas considérer ce qui se passe à la lumière des mythes fondateurs du subconscient collectif de l'Occident et également de l'Islam.
L'État d'Israël est ressenti, même si ce n'est pas toujours formulé de cette manière, comme un événement biblique en pleine modernité. Un événement biblique en pleine modernité est gênant, pour une raison très simple: cela suppose que, peut-être, la manière dont la Bible lit l'histoire est la bonne. À part ça, il y a une autre inquiétude qui se greffe sur cette première inquiétude: c'est l'idée que peut-être la manière qu'ont les Juifs de lire la Bible est la bonne. C'est encore plus inquiétant. Et donc il y a une nécessité, disons, de neutraliser ce que représente cet événement, menaçant pour les thèmes fondateurs de la civilisation occidentale.
Il y a d'ailleurs une donnée permanente, qui est que l'État d'Israël, et je pense que ça a été très bien analysé par Shmuel Trigano dans son analyse du discours de Charles de Gaulle, bien connu, c'est que l'État d'Israël n'est pas véritablement un État indépendant. Il n'a pas le droit à l'indépendance; il est dépendant de l'aval que peut lui donner la communauté internationale.
Et je ne peux pas ne pas penser à une déclaration assez intéressante, à mon avis révoltante, du ministre des Affaires étrangères de Grande-Bretagne, lors de l'opération Tsukétan. Je ne sais pas si vous vous rappelez, ça existait. Tsukétan, c'était une riposte d'Israël, une riposte militaire à une agression permanente de la bande de Gaza. Et le ministre des Affaires étrangères britannique, j'ai oublié son nom, a sorti deux petites phrases, toutes aussi révoltantes l'une que l'autre.
La première étant: « Israël a le droit de se défendre. » C'est absolument incroyable, une phrase de ce genre. Est-ce que nous avons besoin de dire, par exemple, aux Britanniques: vous avez le droit de vous défendre si vous êtes attaqués ? Israël pourrait, avec beaucoup de sympathie, dire: vous savez, vous avez le droit de vous défendre. Mais ça suppose quelque chose. Ça suppose que si les nations ne disent pas qu'Israël a le droit de se défendre, il n'en a pas le droit.
Deuxièmement, la suite de cette phrase, c'était: « Mais n'oubliez pas votre engagement envers votre morale occidentale. » C'est absolument incroyable, une phrase pareille. « Votre engagement envers votre morale occidentale. » C'est-à-dire que ça reflétait une certaine inquiétude: peut-être que la manière dont Israël mène ses guerres propose un nouveau schéma de valeurs, différent de la manière dont la guerre a été comprise en Occident depuis les origines, depuis le christianisme et tout ce que ça représente. Donc il y a ce problème-là, et on essaye de neutraliser Israël.
Or il y a également, greffé là-dessus, un autre problème que vous connaissez bien: la tentative de se dédouaner de la culpabilité de l'Europe et du monde occidental en général pour la Shoah. C'est évident. C'est une chose qui est souvent colportée. D'ailleurs, l'utilisation du langage shoatique pour condamner Israël est très caractéristique. C'est-à-dire: c'est vous aussi qui faites la Shoah, donc nous ne sommes pas coupables. C'est ça que ça veut dire.
## Le jugement des nations
Mais si on rentre un peu plus profondément dans l'événement: à l'heure où nous parlons, il y a sur Terre soixante guerres. Soixante. Il y a un certain temps, c'était seulement vingt-cinq. Ces dernières années, il y a soixante conflits militaires sur le globe. Ce sont des conflits sanglants, cruels, mais il semblerait, si on croit les médias mondiaux, qu'il n'y a qu'une seule guerre sur Terre: c'est celle qui se déroule à Gaza. C'est celle qui est menée avec le plus de soucis humanitaires, entre guillemets. Que l'on soit d'accord ou pas, c'est un autre problème. Mais c'est la seule guerre qui existe, et c'est la pire de toutes. Et pour alimenter ce schéma-là, on a besoin d'une accumulation absolument incroyable de mensonges.
Si on prend cet ensemble de données, ça veut dire qu'il y a ici quelque chose d'extrême, d'extrêmement particulier. On ne peut pas réduire cette attaque des nations contre Israël à un simple problème de critique ou un manque de hasbara, etc. C'est quelque chose de tout à fait autre, de tout à fait différent.
Et là, on ne peut pas ne pas penser à un texte talmudique. Il y a un texte dans le Talmud, au début du traité Avoda Zara, où il est question du jugement dernier de l'histoire. Lorsque les nations se présentent devant le tribunal de l'histoire — c'est présenté de manière très figurative dans le Talmud — c'est Dieu qui prend un Sefer Torah dans son sein et qui dit: ceux qui ont œuvré pour ce qui est écrit là-dedans, qu'ils viennent recevoir leur récompense. Et, dit le Talmud, qui vient recevoir sa récompense ? Toutes les nations. Les nations viennent demander leur récompense pour s'être occupées de ce que dit la Torah. Et elles viennent be'ir bouvia, ça veut dire: elles sont mélangées. C'est-à-dire que c'est un temps du mondialisme, un temps où il y a une disparition, en tout cas un effacement des différences entre les différentes nationalités.
Et alors, le Talmud dit: oui, mais Dieu dit: ne rentrez pas mélangées, chacune séparément. Pourquoi chacune séparément ? Parce qu'on ne peut pas juger une nation de la même manière qu'on en juge une autre. Par exemple, il y a eu un temps où il y avait un État qu'on appelait la Yougoslavie, Alea Shalom. Et depuis que la Yougoslavie a éclaté, c'est devenu huit États différents. On ne peut pas juger de la même manière les Croates et les Serbes. Les Croates ont collaboré avec les nazis dans l'extermination des Juifs. Les Serbes ont sauvé des Juifs. Donc on ne peut pas juger de la même manière.
C'est ça que la Guemara nous dit: il faut faire la différence entre chacun. Chacun vient avec kol houma vesofréa, chaque nation vient avec ses scribes, c'est-à-dire ceux qui ont écrit son histoire. C'est un texte assez lourd, donc on ne va pas l'étudier. Simplement, rappelons que chaque empire vient réclamer sa part à la Torah. Pourquoi donc ? Manitou expliquait que quand Dieu a donné sa Torah à Israël, il ne l'a pas donnée dans un monde primitif: il fallait civiliser le monde. Or, les nations ont civilisé le monde, et ça donne un sens à la Torah. Donc elles ont, en tout cas, un droit à réclamer leur récompense.
Et la réponse que Dieu leur donne dans le passage du Talmud, ce n'est pas: « Vous êtes des menteurs, ce n'est pas vrai ce que vous dites. » Non, c'est tout à fait vrai, mais ce n'était pas votre intention. Alors, quelle était leur intention véritable ? Eh bien, ça veut dire que chaque grande civilisation qui se prétend universelle est, en fait, impérialiste. Elle vient pour son propre …
Cours d'Orot veKelim
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