Yom HaAtsmaout, fin de l'exil selon Rav Cherki
Pourquoi la fondation de l'État d'Israël marque une délivrance et ce qui fait une vraie souveraineté politique.
Plusieurs Rabbanim
Ensuite : Rizkiya, le Machiah manqué et le Hallel du peuple, 45 min
En bref
Le Rav Ouri Cherki explique pourquoi la fondation de l'État d'Israël, le 5 Iyar 5708, peut être comprise comme un événement de Gueoula, c'est-à-dire de sortie de l'exil et de retour à l'indépendance politique, à la lumière de Rachi sur le traité Pessahim et du Rambam. Il montre que l'indépendance se mesure à la souveraineté de l'État (monopole de la force armée et de la monnaie, statut de malchoute) et non à une autarcie, et que les autres étapes de la délivrance messianique se révèlent progressivement, comme un paysage découvert en gravissant une colline. Il aborde aussi la place de la récitation du Hallel ce jour-là, la question du deuil du Omer, et la responsabilité d'Israël envers les nations.
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David Altar: Bonjour à tous, chers téléspectateurs, bienvenue à Jérusalem, dans les studios du Mahon Meir. Nous allons parler aujourd'hui d'un événement que nous allons fêter dans quelques jours, le jour de Yom HaAtsmaout, jour d'indépendance de l'État d'Israël. Pour en parler avec nous, nous avons un invité de marque, le Rav Ouri Cherki. Rav Cherki, bonjour.
Rav Cherki: Bonjour.
David Altar: Merci beaucoup d'être parmi nous aujourd'hui. C'est un plaisir. Alors, tout d'abord, première question, Gwadarav.
Yom HaAtsmaout, jour de l'indépendance de l'État d'Israël. Alors, au-delà de la joie naturelle d'un peuple qui exprime son indépendance, y a-t-il, aux yeux de la Bible et de la tradition rabbinique, une quelconque signification à ce jour si particulier ?
Rav Cherki: Eh bien, pour tout vous dire, si ce jour-là n'a pas de signification, alors aucun jour n'en a. Étant donné que ce dont il est question dans l'alliance entre HaKadosh Baroukh Hou, entre Dieu et nos ancêtres, aussi bien les patriarches que les enfants d'Israël, c'est de leur donner tout d'abord la terre d'Israël en possession perpétuelle. Cela veut dire un État indépendant. C'est-à-dire que l'alliance contractée entre Dieu et Israël est une alliance de type politique. C'est sur la base de cette indépendance politique que par la suite interviennent la Torah, les mitsvot, et tout ce qui donne un sens à notre vie.
On peut dire que le fait d'être revenus en Erets Israël, d'avoir retrouvé cette indépendance, c'est ce qui nous permet, finalement, après une longue interruption, trop longue interruption, de retrouver les conditions naturelles de l'action du peuple d'Israël. Donc, si ce jour-là n'a pas de signification, alors cela voudrait dire que rien n'aurait de signification.
Alors, chez nos sages, cela s'appelle, je ne sais pas, la période messianique, la Gueoula ? Tout simplement, le jour de Yom HaAtsmaout est mentionné dans Rachi, dans le traité de Pessa'him 95b, Tzadikar Mutbeth, quand Rachi nous dit:
A Chir Yel Hachem, Rachi nous dit Bayom Shetetzé Oumina Galout, le jour où vous sortirez de l'exil. Or, il y a un jour où nous sommes sortis effectivement de l'exil: c'était le 5 du mois d'Iyar 5708, lorsqu'il y a eu la déclaration d'indépendance d'Israël. C'est ce moment-là où nous sommes passés de ce qu'on appelle meavdut lecheroute, où a cessé ce qu'on appelle ché'abud malchuyot, l'asservissement aux empires. C'est de cela dont on parle.
David Altar: Alors, est-ce qu'on appelle cela…
Rav Cherki: Fin de l'exil, début de la Gueoula. Pour être plus précis, le terme de Gueoula, délivrance, dans la tradition juive, désigne le passage à l'indépendance politique. Effectivement, la fête de Pessa'h, qui est une fête de Gueoula, est la fête où nous sommes sortis de la domination de Pharaon. Cela n'a rien à voir avec la fête de Chavouot où nous avons reçu la Torah, par exemple.
De même, la fête de Hanouka est une fête où nous sommes sortis de la domination des Séleucides, des Grecs, et c'est la raison pour laquelle nous disons le Hallel. C'est une fête de Gueoula. De même, lorsque nous avons brisé le joug du mandat britannique qui était à l'époque sur Erets Israël, et que nous sommes revenus à notre indépendance politique, c'est également un événement de Gueoula. De surcroît, c'est la dernière Gueoula, parce que, selon nos sources, c'est effectivement le dernier événement de sortie d'exil. Nous avons la promesse qu'il n'y aura plus d'exil.
David Altar: Très bien. J'ai juste un problème avec ce que vous dites: vous savez que dans l'inconscient populaire, quand on parle de Gueoula, délivrance, on pense tout de suite au Messie, au Temple de Jérusalem, à la paix dans le monde, etc. Alors, comment toutes ces notions sont-elles incluses dans le processus que vous venez de décrire ?
Rav Cherki: Tout à fait incluses dans le processus. C'est-à-dire que lorsque vous regardez un point de très loin sur l'horizon, vous vous dites: dans quelques heures, nous arriverons à l'arbre qui se trouve au sommet de la colline. Quand vous arrivez au sommet de la colline, vous découvrez qu'il y a encore beaucoup d'autres choses que la colline. Il y a beaucoup d'autres choses aussi que l'arbre, et le paysage s'étend. De même, lorsque nous étions très loin du temps du retour, dans le temps de l'exil, tous ces événements nous apparaissaient télescopés en un seul point. Il était donc difficile de voir et de faire la différence entre l'indépendance politique, le Beit Hamikdach, le retour de la prophétie, la paix universelle et tout le reste.
Ce sont des événements qui sont séparés les uns des autres, mais qui, vus de loin, signifiaient une seule chose, l'événement de la Gueoula, ce qui donnait souvent une image un peu d'Épinal, une sorte d'apothéose miraculeuse. Mais nos maîtres, en particulier le Rambam, Maïmonide, dans le Michné Torah, sont très clairs: il s'agit effectivement d'un événement de type politique exclusivement.
David Altar: Très bien. Alors, autre question. Si je comprends bien ce que vous dites, c'est le jour de Yom HaAtsmaout, le jour de la Gueoula, le début, en tout cas, du processus messianique. Donc, au même titre que Pessa'h et Chavouot, c'est une fête à part entière, instituée par les Rabbanan, nos sages. Mais on sait que chaque fête a ses propres mitsvot: à Pessa'h, on mange la matsa; à Souccot, on construit les cabanes; à Hanouka, on allume les bougies. Y a-t-il des mitsvot particulières à ce jour de Yom HaAtsmaout ? Et si oui, lesquelles ?
Rav Cherki: Il y a une mitsva tout d'abord, bien connue: c'est de réciter le Hallel complet. Certains le font aussi bien le soir que le matin, comme par exemple lors du grand rassemblement que nous faisons tous les soirs au Mur occidental, où plusieurs milliers de personnes, en particulier des francophones, viennent réciter le Hallel ensemble. La récitation du Hallel est une mitsva qui a été instituée déjà par les prophètes, selon la Guemara dans le traité de Pessa'him Koufiu Tzayin Aleph, 117a. Les prophètes, en particulier les prophètes de la sortie d'Égypte, donc Moshé Rabbénou lui-même, ont institué de réciter le Hallel à chaque fois qu'il y aurait une délivrance. C'est cette mitsva que nous accomplissons.
Autour de cela, se sont développés beaucoup d'usages supplémentaires qui ne sont pas consignés dans la halakha, mais que nous voyons de fait. Tous les Israéliens, de toutes les tendances, font des grillades le jour de Yom HaAtsmaout. C'est un grand jour de fête. Et je pense que nous avons un grand principe: le peuple juif a un Roua'h HaKodesh collectif, une intuition divine collective, qui lui permet de comprendre ce qu'il faut faire ce jour-là.
David Altar: Très bien. Alors, autre chose. Les sources que vous avez citées de nos sages concernent l'indépendance de l'État d'Israël. Certains se posent la question: est-ce qu'on est vraiment indépendant ? On sait que certains disent qu'il y a une dépendance économique et politique de l'État d'Israël, souvent par rapport aux États-Unis, mais cela peut être aussi stratégique. On dit souvent qu'on a …
Cours d'Orot veKelim
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