Prophétie, Torah et raison : le Rambam sur le rôle du navi
Le prophète n'a pas plus de force que le sage pour interpréter la Torah ; sa prophétie ne sert qu'à juger ce qu'il annonce.
Rav Yaakov Nahon
Ensuite : Le prophète et le Rambam : la névoua selon le Rambam, 50 min
En bref
Le Rav Yaakov Nahon commente la préface du Rambam sur la transmission de la Torah : après Moshé Rabbeinu, la réception prophétique s'arrête, et la Torah progresse par la réflexion intellectuelle, selon les méthodes d'exégèse, où un prophète n'a pas plus d'autorité qu'un sage. Il explique les critères de la vraie prophétie et les limites des exigences qu'un prophète peut formuler, notamment la transgression momentanée de la Torah. Il retrace enfin la chaîne de transmission orale, de Yehoshua bin Nun à la Grande Assemblée, jusqu'à l'époque de Rabbi Yehouda HaNassi.
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Le thème central de tout ce cours du Rambam, c'est quand même le thème de la transmission de la Torah. Si le Rambam a senti la nécessité d'insister sur ce qu'il insiste maintenant, c'est parce que c'est un problème qui accompagne le peuple d'Israël de tout temps. L'inspiration prophétique est certainement très puissante.
Et le prophète qui se sent touché par ce genre d'inspiration peut avoir tendance à penser qu'il a des forces, des intuitions qui dépassent l'humain, et c'est vrai. Il peut penser que ces intuitions qui dépassent l'humain concernent aussi toute la façon dont on doit se comporter au point de vue de la Torah. Le Rambam insiste énormément sur le fait que la Torah que nous avons reçue a bien été reçue par voie prophétique. Celui qui a reçu cette Torah, c'est un prophète, c'est Moshé Rabbeinu. Mais il a insisté sur le fait que la prophétie de Moshé Rabbeinu ne peut pas être comparée, dans sa puissance, sa pureté et son intensité, à toutes les autres prophéties qui ont eu lieu dans toute l'histoire, si grandes qu'elles soient.
Qu'il s'agisse de prophéties telles que celles de Shmuel ou de Yeshayahou Navi, de très grands prophètes, de Yirmiyahou, ce sont d'énormes prophéties, de Yehezkel, d'Eliyahou Navi, mais ce n'est pas Moshé Rabbeinu. Et avec la mort de Moshé Rabbeinu, le côté réception prophétique de la Torah est fini. Ce qui reste, au niveau de la façon dont la Torah progresse dans l'histoire, c'est l'intelligence humaine.
Et il le faut, dans la mesure où l'humanité avance et où les problèmes changent. Ce qui était une situation humaine à l'époque de Moshé Rabbeinu, au moment du Matan Torah, est très différent de nos jours. Il est sûr que la vie et les mœurs de l'homme moderne sont très, très éloignées, au moins au niveau du monde extérieur, même si le cœur et les sentiments sont les mêmes. Le contexte de vie est certainement très différent.
Les choses ont changé. Il faut quand même donner une réponse aux nouveaux problèmes qui se présentent, et il faut les tirer de la Torah. La Torah nous a donné des moyens de le faire. Ce sont des moyens logiques, basés sur des méthodes d'exégèse et sur des règles. Yod Guimel Midot … Ces midot que l'on utilise dans l'exégèse nous permettent d'aborder de nouveaux problèmes.
Mais, dans cette recherche de la réponse à des problèmes nouveaux, les forces qui entrent en jeu sont uniquement des forces intellectuelles, en utilisant les méthodes de l'exégèse, mais pas l'inspiration prophétique. À ce niveau, il l'a dit, il reviendra: à ce niveau, un prophète et un sage qui n'est pas prophète sont équivalents.
Maintenant, pour essayer de situer la prophétie à l'intérieur de ce contexte du monde de la Torah, et de situer le prophète et son rôle, le Rambam a fait une pause et nous a présenté ce qu'est la prophétie, ce qu'est la vraie prophétie et ce qu'est la fausse prophétie. Au dernier cours, on a vu que dans le cas où un prophète répond aux critères d'acceptation, qui sont le fait que c'est quelqu'un qui est visiblement au-dessus de la normale au niveau des qualités intellectuelles et morales, et que c'est quelqu'un qui a fait ses preuves en disant qu'il allait se passer certaines choses, et que ces choses se sont passées comme il l'a dit, avec la parenthèse qu'on avait vue la dernière fois:
Dans le cas où un prophète annonce quelque chose de négatif, un malheur en Israël, ça n'est pas obligé de se réaliser. Et si ça ne se réalise pas, ce n'est pas la preuve que ce prophète est un faux prophète, parce que Dieu peut prendre en miséricorde son peuple et changer des décisions de malheur, pour Israël ou pour le monde en général. Mais, par contre, toute promesse positive faite par un prophète doit s'accomplir. Pas 99 %, mais 100 %.
Et un prophète dont on a l'habitude de voir que tout ce qu'il dit se réalise devient un prophète accepté à l'intérieur d'Israël, comme par exemple Shmuel, l'un des grands prophètes qui ont accompagné l'histoire d'Israël. Si ce prophète vient nous dire qu'il faut transgresser momentanément la Torah, on accepte.
On verra, enfin, on n'a pas encore vu toute l'extension de ce que cela veut dire. On verra comment le Rambam nous décrit réellement quelles sont les prérogatives de ce prophète, ses droits à nous faire faire toutes sortes de choses et à transgresser momentanément la Torah s'il le faut, pour une raison d'ordre dommageable. Mais, toujours, il nous dira que cette transgression de la Torah est simplement momentanée.
Et qu'en aucune façon on ne peut dire que le fait d'avoir transgressé à un moment donné veut dire que cette mitsva de la Torah est caduque. Pas du tout. C'est momentané, pour telle raison. Et il nous dira éventuellement la raison. Et si on lui demande si c'est général, si c'est éternel, il nous dira non, certainement pas.
Bon, on en est là, à ce niveau, dans le texte du Rambam. Alors, ce que je vous propose, c'est: prenez vos livres ou vos textes, ceux qui n'ont pas les livres.
Nous travaillons dans le texte de l'édition de la préface du Rambam, telle qu'elle a été éditée par le Mossad HaRav Kook, selon, comme je l'ai dit la dernière fois, la traduction de Ibn Tibbon. Le texte d'origine du Rambam était en fait écrit en arabe, et il a été traduit en hébreu. Depuis, il a été retraduit à nouveau. Mais j'ai quand même conservé cette édition pour nous, qui est l'édition classique, avec les annotations qui ont été écrites ici, dans l'édition du Mossad HaRav Kook.
Alors, comment ? C'était écrit en arabe dialectal de l'époque, en arabe parlé en Espagne.
Pourquoi ce texte a-t-il été écrit au départ en arabe, et non en hébreu ? Pour la même raison qu'une grande partie des textes essentiels de l'époque, une époque de brassage de pensée très grand, l'époque espagnole. Le Rambam a vécu partiellement en Espagne, partiellement au Maroc, à une époque de richesse de civilisation arabe très grande. Et l'intelligentsia juive qui était celle du Rambam parlait essentiellement l'arabe. Elle connaissait un peu l'hébreu, mais elle ne dominait pas l'hébreu comme elle dominait l'arabe.
Alors, de grands livres tels que, par exemple, le Kuzari de Rabbi Yehouda HaLevi, ont aussi été écrits en arabe. Le Moré Névoukhim, le Guide des égarés du Rambam, a été écrit en arabe. L'introduction aux Hovot HaLevavot d'Ibn Pakouda a été écrite en arabe. Le seul texte que nous connaissons, un des seuls, qui est quand même un texte magistral de l'époque et qui pourtant a été écrit en hébreu, c'est le Mishneh Torah du Rambam.
Il a voulu, dans la mesure où c'est vraiment un texte très spécifique de halakha, visiblement garder son caractère très juif, et que cela ne s'ouvre pas à l'extérieur. Donc il l'a écrit en hébreu. Mais il est visible que le Rambam était intéressé à ce que ces textes soient diffusés aussi en dehors du monde juif, dans la mesure où il situe la place du monde juif, de la pensée juive, …
Cours d'Orot veKelim
Dans la même série
Introduction à la Michna de Maïmonide. Transmission de la Torah orale, structure de la Michna et fondements de la loi juive.
- 1
Quand la grandeur se cherche soi-même : la Michna de HillelPourquoi l'étude constante de la Torah est la seule vraie grandeur, et ce qui arrive à celui qui s'en détourne. - 2
Le Rambam et l'ordre des traités de NezikinPourquoi Baba Kama, Baba Metzia et Baba Batra forment un seul traité, et pourquoi Masseh Avot clôt Nezikin. - 3
Torah et kedousha : le peuple, le nombre et la communautéPourquoi Hillel interdit de se séparer de la communauté, et comment la kedousha s'attache au peuple et au nombre. - 4
Moshe Rabbeinu et la transmission de la Torah oraleComment la Torah est passée de Moshe à Yehoshoua, puis aux enfants d'Aaron, pendant les quarante ans du désert. - 5
Prophétie, Torah et raison : le Rambam sur le rôle du naviLe prophète n'a pas plus de force que le sage pour interpréter la Torah ; sa prophétie ne sert qu'à juger ce qu'il annonce. - 6
Le prophète et le Rambam : la névoua selon le RambamLe Rambam distingue le vrai prophète du faux et explique ce que la prophétie apporte à l'étude de la Torah. - 7
Rambam : pourquoi la émouna en Moshé est définitiveLe Rambam explique que la émouna née de Matan Torah ne dépend pas des miracles et ne se remet pas en question. - 8
Le Rambam et la place de la halakhaLe Rambam classe les savoirs humains et explique que chaque chose existe pour une raison à découvrir. - 9
Le Rambam et le monde intérieur de l'hommeComment le Rambam décrit le travail intérieur de l'homme et sa place dans la Torah. - 10
Le Rambam, les fondements de la Torah et la prophétiePourquoi les mitsvot nous obligent : la prophétie, source de la Torah, selon Ilchot Yesodé HaTorah.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav