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Torah et kedousha : le peuple, le nombre et la communauté

Pourquoi Hillel interdit de se séparer de la communauté, et comment la kedousha s'attache au peuple et au nombre.

33 min

Rav Yaakov Nahon

Ensuite : Moshe Rabbeinu et la transmission de la Torah orale, 58 min

En bref

Le Rav Yaakov Nahon commente les premières maximes du chapitre 1 de Pirké Avot (Hillel, Chammaï, Chimon) à partir de « Al tifrosh min ha tzibour », « ne te sépare pas de la communauté ». Il montre que l'identité juive prend son sens dans l'histoire d'un peuple, que la présence divine s'attache au nombre (zimoun, minyan) et qu'on ne peut rester à l'écart du destin collectif, comme le montre la figure du méchant de la Haggada. Il aborde aussi la vigilance intérieure face à ses propres penchants, la retenue dans le jugement d'autrui et la nécessité de dégager un temps réel pour l'étude, même au milieu du travail.

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Mais ce sont des messages qui, finalement, sont différents. Ils sont liés entre eux, mais apparemment ils sont différents. Premièrement, il y a un message central, vraiment central pour notre identité juive, c'est ce que dit Hillel ici. Il y a énormément à réfléchir, à penser et à apprendre de ce petit message, apparemment très court. Hillel dit:

Al tifrosh min ha tsibour, qui veut dire: tifrosh, c'est se séparer. Al tifrosh min ha tsibour, ne te sépare pas de la communauté d'Israël. Et cela va très, très loin, dans la mesure où notre identité hébraïque, juive, ne prend son vrai sens que dans le contexte de notre aventure historique, qui est essentiellement l'aventure d'un peuple qui marche à travers l'histoire et à travers lequel HaKadosh Baroukh Hou se fait connaître. L'aventure juive, le contrat juif, qui est le contrat de la Torah, est essentiellement un contrat avec un peuple.

Et dans le cas où l'on n'arrive pas à vivre tout à fait notre dimension de peuple, comme on était obligé de le faire quand on était en galout, quand on n'était pas rentré en Erets Israël, au moins vivre une certaine dimension de ce peuple à travers la communauté. Il faut savoir que la kedoucha d'Israël, c'est-à-dire la présence divine qui s'attache au peuple d'Israël, est liée

au nombre. Par exemple, il y a une Michna dans Masseh Et Brachot qui parle du zimoun de Birkat Hamazon. Le zimoun, quand on invite les autres à faire Birkat Hamazon, la façon dont le zimoun se dit dépend du nombre de personnes. Tant qu'on n'est pas trois, comme vous le savez, il n'y a pas de zimoun, chacun fait son Birkat Hamazon tout seul. Quand on commence à être trois, déjà, on fait un zimoun: Nevarekh shekha nou michelo, on rappelle le nom de Hachem, on rappelle le fait

qu'il faut le bénir ensemble. Quand on est dix, on rappelle le nom de Hachem, c'est-à-dire on dit Nevarekh Eloheinou shekha nou michelo. Au niveau de la halakha, pour nous, les choses s'arrêtent là. Au niveau de la Michna, par exemple dans Berakhot, qui parle de ce thème, il y a une opinion qui dirait que si on est... une autre façon de dire l'émouna: au lieu de dire Nevarekh Eloheinou, on devrait dire Nevarekh Hachem Elokeinou. Déjà, le nom de Hachem apparaît en plus. Si on était mille, la

paracha devrait être différente: Nevarekh Hachem Elokeinou Elokei Tsevaot. Si on était dix mille, on devrait faire cela et ajouter en plus Yoshev keroubim, celui qui siège parmi les chérubins de l'Arche, Reshoulé. En réalité, cela n'a pas été retenu parce que c'est trop difficile, disons, mais dans ma conception, c'est une chose qui est connue: le nombre est quelque chose dans lequel la kedoucha s'attache en Israël. La kedoucha est liée au nombre.

Par exemple, vous le savez très bien: il y a énormément de thèmes de kedoucha qui ne peuvent être vécus qu'à partir de dix personnes. Tu ne peux pas dire Kaddish si tu n'as pas dix personnes. Une tefila, ce n'est pas une prière dans laquelle tu peux faire une kedoucha, une hazara, un dirkadish, n'importe quoi, s'il n'y a pas dix personnes. Le nombre est un nombre qui, finalement, donne de l'importance. L'aventure d'Israël est une aventure grégaire, une aventure de troupeaux en marche, de peuple en marche. Et quand tu lis le texte de la Torah, tu vois que HaKadosh Baroukh Hou s'adresse à un peuple.

Quand on sort d'Égypte, on sort tous d'Égypte. Il y a ceux qui restent, ils ont raté le coche. Dans la Haggada de Pessah, le thème central de la discussion avec le rasha, ça tourne autour de quoi ? Le rasha, comment s'exprime-t-il dans la Haggada, de quelle façon, comment parle-t-il ? Vous vous souvenez, il leur dit: Ma avoda hazot lakhem. Moi, qu'est-ce que... qu'est-ce que vous faites, vous ? Et lui se met de côté. La Haggada dit, à propos de celui qui hotsi et atsmo min hakelal,

qui s'est sorti du groupe en se mettant à l'extérieur du groupe, que le texte est terrible à son égard. En prenant cette position de se séparer du groupe, le mot qui est donné dans la Haggada, c'est kafar be'ikar: il a renié l'essentiel de sa réalité. Il a remis en question l'essentiel de son identité par le fait qu'il s'est séparé du groupe sur lequel l'histoire avance et qu'Hachem fait avancer. Hachem fait avancer en Israël et apparaît dans l'histoire, dans le monde, à travers l'histoire du peuple d'Israël.

Celui qui se tient à part passe à côté de l'essentiel.

Ici, Hillel nous dit: Al tifrosh atsmekha min ha tsibour, ne te mets pas à l'écart, à l'extérieur de la communauté. C'est le destin d'Israël, pour le meilleur, et aussi pour les moments difficiles. C'est ce qu'on dit, par exemple, à l'époque de Ticha BeAv, quand on nous demande de prendre conscience de la destruction du Temple et de souffrir du fait qu'il y a toute une dimension qui est en attente, qui n'apparaît pas. On a l'habitude de dire la chose suivante: Kol hamitabel al Yerouchalayim, tous ceux qui

se mettent en avelout, c'est-à-dire en deuil, sur Jérusalem, c'est-à-dire sur le destin d'Israël, zokhe lirot besimkhata, plus tard, ils seront aussi capables de voir sa joie. Et la réponse qui est donnée dans la Haggada, à propos du rasha qui parle ainsi, qu'est-ce qu'on dit ? La Haggada dit la chose suivante: toi, tu veux te mettre en dehors du tsibour ? Il faut lui dire: Im lo, s'il avait été là-bas au moment de la sortie d'Égypte, et s'il avait eu cette attitude de ne pas vivre en

commun le destin de l'ensemble, il ne serait pas sorti d'Égypte. Ilou lo hayah sham lo hayah nigal. Parce que le salut de Hachem est un salut qui repose sur l'ensemble du peuple.

Donc, ici, il y a des messages qui sont essentiels. Le Rav Kook a énormément insisté sur cette dimension de l'âme d'Israël. Israël a une âme qui le lie au destin d'un peuple. Il est porté par ces dimensions-là, il est touché par ces dimensions. Nous sommes touchés par l'aventure historique du peuple. Un juif qui ne prend pas conscience qu'il se passe des choses en Israël, le retour d'Israël sur sa terre, a un problème: il est en dehors de choses qui sont essentielles. Et le grand acquis de

notre génération, c'est que, Baroukh Hachem, après deux mille ans d'attente, nous avons réussi plus ou moins à réintégrer notre identité d'âme liée à un peuple. Le peuple est ici, actuellement. Nous sommes en train de vivre quelque chose pour lequel nous avons prié deux mille ans: le jour où nous pouvions nous retrouver ensemble, en tant que peuple, sur notre terre. Tout cela tourne autour de cette expression: Al tifrosh atsmekha min ha tsibour.

Le sujet est un grand sujet, on aura l'occasion d'en parler, mais on a touché un point sensible. Un autre message, qui apparemment est très différent, …

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