Le Rambam et la place de la halakha
Le Rambam classe les savoirs humains et explique que chaque chose existe pour une raison à découvrir.
Rav Yaakov Nahon
Ensuite : Le Rambam et le monde intérieur de l'homme, 38 min
En bref
Le Rav Yaakov Nahon commente la préface du Rambam à la Michna, où le Rambam explique que les textes ésotériques de la Guemara sont souvent paraboliques et exigent une préparation sérieuse avant d'être abordés. Il met en lumière la conviction du Rambam selon laquelle la rencontre avec le message divin dans sa dimension supérieure est le but de l'éducation juive. Le cours s'attache ensuite à l'interprétation d'une phrase de Berakhot (page Het), selon laquelle les quatre coudées de la halakha seraient seules chères au Saint béni soit-Il, et montre comment le Rambam en propose une lecture qui dépasse le sens immédiat.
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
## Reprise du texte du Rambam
Continuons notre sujet sur la préface du Rambam à la Michna. On travaille sur des textes de Otsat à Rav Kook que vous connaissez. On se trouve quelque part dans l'Hakdama, la Michna, vers les pages Ayin, tout de suite, page Ayin Bet. Je situe un peu notre texte du Rambam.
À l'intérieur de cette préface, on a déjà vu beaucoup de pages dans ce texte. La première partie de la préface sur la Michna est très instructive et nous a permis de jeter un regard sur pratiquement toute l'œuvre littéraire de ce qu'on appelle la Michna, c'est-à-dire toute cette zone d'intérêt qui était développée par les Hachmim, par la Michna, et sur laquelle est venu ensuite, comme vous le savez, le commentaire de la Guemara. Et le Rambam a donné un aperçu pratiquement de tous les traités qui se retrouvent dans l'ensemble du Chas.
Ensuite, le Rambam a ajouté que, quand Rav Achi, qui est celui qui a clôturé la Guemara, le Talmud, a clôturé sa Guemara, à l'intérieur de la Guemara, autour de sujets qui tournaient autour du commentaire de la Michna, Rav Achi a trouvé qu'il y avait place pour ce genre de choses, et il a introduit des textes.
Que l'on peut appeler, par exemple, sous la forme de Haggadot ou de Midrachim, dont le but est un but éducatif très spirituel. Et les messages, ça a été dit dans tous les sens par le Rambam, ce sont des messages pleins de contenus spirituels dans lesquels passent, en fait, des messages essentiels de l'ésotérisme juif. Mais, dit le Rambam, ça a été écrit de façon parabolique, sibylline, et même quelquefois rocambolesque, au point qu'un lecteur qui n'est pas prêt, qui n'est pas averti par rapport à ces textes-là, peut passer complètement à côté. Et le Rambam a consacré des pages à former l'esprit de ces lecteurs pour les préparer à aborder de façon sérieuse ces textes-là.
C'est extrêmement intéressant de voir à quel point le Rambam prend au sérieux ce genre de texte, et comment il insiste pour garder une ouverture vers ces textes et ne pas les rater. Une des raisons, nous le savons, c'est que le Rambam est convaincu qu'en réalité la recherche de l'homme doit mener d'Afka à Ça. Dans sa conception du sens de la vie, du sens de l'homme, du sens d'Israël en particulier, c'est certain que cette rencontre avec le message divin dans sa dimension supérieure est sans aucun doute ce qui est le but final de l'éducation selon le Rambam.
Et donc, où se trouve ce texte-là ? Essentiellement inclus à l'intérieur de la Guemara. D'autant plus, dans le cas du Rambam, que le Rambam, nous le savons, remet en question quelque chose qui a quand même été repris par d'autres Guedolim et que le Rambam n'a pas abordé de façon sérieuse. C'est tout le message du Zohar, par exemple. Le Rambam n'est pas de ceux qui ont abordé officiellement le Zohar comme un message constructif. On n'a pas de texte dans lequel on voit le Rambam aborder et analyser le Zohar. Ce qui n'est pas le cas du tout de l'école de la Kabbale postérieure au Rambam, par exemple l'école, la grande école, disons, du Ari (« Harith »), du Mitra Chlourien, qui se base très officiellement sur le texte du Zohar. Alors que le Rambam considère que cette tradition-là est problématique.
Ce qui n'est pas le cas, selon le regard du Rambam, des messages ésotériques du judaïsme qui sont inclus dans ce chef-d'œuvre qui s'appelle le Talmud, qui pour lui est là où il faut aller chercher, là-bas qu'il faut chercher.
Maintenant, le Rambam s'efforce vraiment de nous aider, d'aider son public à comprendre que, quand on passe à côté de ces textes-là, il faut premièrement ne pas les rejeter. Deuxièmement, être conscient que c'est par notre petitesse d'esprit que nous ne sommes pas capables d'aborder ces textes-là. Quand le texte semble rébarbatif, et même curieux, et baroque, et tout ce qu'on veut, le Rambam nous éduque, nous éduque en long et en large, à apprendre à réagir de la façon suivante: c'est parce que je ne suis pas à la hauteur que je ne comprends pas. Que faire ? Réponse: casse-toi la tête. Prépare-toi, corrige-toi, prie. Si tu as de la chance, si tu es digne de ça, tu pourras effectivement trouver une porte par-ci, par-là, de plus en plus, des portes vont s'ouvrir devant tel ou tel texte, et tu pourras peu à peu rentrer dans ce texte.
Et, dans un premier temps, le Rambam nous a donné une leçon dans laquelle il insistait sur le fait que… Donnez un exemple. Un exemple d'un sujet présenté d'une certaine façon à quelqu'un d'intelligent mais qui n'est pas formé. Il raconte une espèce de petit sketch comme ça: je présente une question à quelqu'un d'intelligent, de formé dans certaines zones de la connaissance, mais qui n'a pas, par exemple, une connaissance suffisante en mathématiques et en astronomie. Je lui donne un message sur les dimensions authentiques du soleil, et je lui dis: sache que le soleil, c'est en fait une sphère qui est tant et tant de fois exactement plus grande que la Terre, et je connais les dimensions de la Terre, non, je connais les dimensions du soleil, et tout ça, sache-le.
Et le Rambam nous dit: a priori, cet homme intelligent, qui est formé à la biologie, à la musique et tout ça, quand il va entendre cette chose-là, il va te dire: arrête avec tes bêtises. Et ensuite, le Rambam nous dit: si, ensuite, je m'arrête… Et je lui donne des bases de mathématiques, de géométrie, des bases d'astronomie, selon les scientifiques, les écrits de Ptolémée, Verkulé, et je lui explique comment on y est arrivé. À ce moment-là, cela deviendra quelque chose d'évident, pas moins évident que le soleil existe.
Il donne cet exemple-là, c'est presque un sketch comme ça qu'il donne, pour nous faire comprendre ce que c'est. Et à la suite de ça, il nous dit: le sketch que j'ai choisi, c'est avec un bonhomme intelligent, gentil, et sur un sujet qui n'est pas trop difficile, qui est un sujet de science. Et même à ce niveau-là, dans mon sketch, dans ma petite histoire, le bonhomme ne comprend pas, et il refuse dans un premier temps, et ensuite évolue.
Le Rambam continue: que serait-ce alors, dans le cas beaucoup plus réaliste, de quelqu'un qui n'a pas cette formation, qui n'est pas aussi intelligent que lui, et à qui on propose un texte du Talmud, qui n'est pas un texte de science, mais un texte qui porte en lui-même des messages extrêmement fins de l'ésotérisme juif ? C'est sûr qu'il va dire qu'il n'y a rien là-dedans.
Alors il nous dit, en conclusion: sachez que, quand ces textes se présentent devant vous, la première des choses à faire, c'est s'arrêter et se dire: je ne comprends pas, parce que je ne suis pas à la hauteur. Qu'est-ce que je fais ? Je commence à m'intéresser à toutes les données qui entourent …
Cours d'Orot veKelim
Dans la même série
Introduction à la Michna de Maïmonide. Transmission de la Torah orale, structure de la Michna et fondements de la loi juive.
- 4
Moshe Rabbeinu et la transmission de la Torah oraleComment la Torah est passée de Moshe à Yehoshoua, puis aux enfants d'Aaron, pendant les quarante ans du désert. - 5
Prophétie, Torah et raison : le Rambam sur le rôle du naviLe prophète n'a pas plus de force que le sage pour interpréter la Torah ; sa prophétie ne sert qu'à juger ce qu'il annonce. - 6
Le prophète et le Rambam : la névoua selon le RambamLe Rambam distingue le vrai prophète du faux et explique ce que la prophétie apporte à l'étude de la Torah. - 7
Rambam : pourquoi la émouna en Moshé est définitiveLe Rambam explique que la émouna née de Matan Torah ne dépend pas des miracles et ne se remet pas en question. - 8
Le Rambam et la place de la halakhaLe Rambam classe les savoirs humains et explique que chaque chose existe pour une raison à découvrir. - 9
Le Rambam et le monde intérieur de l'hommeComment le Rambam décrit le travail intérieur de l'homme et sa place dans la Torah. - 10
Le Rambam, les fondements de la Torah et la prophétiePourquoi les mitsvot nous obligent : la prophétie, source de la Torah, selon Ilchot Yesodé HaTorah. - 11
Pirké Avot 3:1 : d'où tu viens, où tu vas, devant quiTrois repères pour ne pas fauter : l'origine, la fin, la grandeur du Créateur, expliqués par le Rambam et le Ramban. - 12
Le Rambam sur la transmission orale de la MichnaComment la Michna fut transmise de maître à élève, puis complétée par les Baraytot jusqu'à la clôture du Talmud. - 13
Le Rambam sur la prophétie et ses limitesComment reconnaître un vrai navi, et pourquoi une prophétie de malheur peut changer alors qu'une promesse de bien demeure.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav