L'âme, le corps et le risque de s'envoler
Pourquoi une élévation de l'âme trop haute laisse le corps et les midot à l'abandon, et comment la techouva remet les choses en ordre.
Rav Yossef Benshoushan
Ensuite : La techouva de la pensée, avant même l'acte accompli, 45 min
En bref
Le Rav Yossef Benshoushan explique le danger de se réfugier dans les hauteurs spirituelles en négligeant le corps, les midot et la conduite quotidienne : l'âme qui redescend trouve alors une personnalité abîmée et doit mener une guerre intérieure. Il affirme que la techouva, puisqu'elle vient de Hachem, peut surmonter les obstacles que le Rambam énumère, à condition que la décision soit prise. Il conclut que la Torah étudiée avec une mauvaise intention peut devenir un poison.
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Bon, on va faire des cheveux un petit peu. Chapitre 14, paragraphe 2.
Et le corps est éclaté de l'esprit. Et c'est à cause de cela que les mauvaises conditions s'adressent à lui. Ensuite, quand la spiritualité élevée s'arrête, et que le pouvoir de la vie retourne à son habitabilité, l'esprit trouve son corps cassé, dans toutes ses caractéristiques, et commence une guerre intérieure, mauvaise, et très dangereuse. Et pour cela, il faut une réponse, avec une épreuve d'espoir des conditions.
Donc il arrive parfois qu'on s'efforce énormément de s'accoler à une spiritualité très haute, très suprême. Et alors toutes les forces de la vie spirituelle s'élèvent dans le monde là.
Pensée la plus suprême. Oui. On s'élève à des sphères spirituelles très hautes. On a une soif intense de goûter aux sphères les plus hautes de la spiritualité. Et on se laisse aller vers ces sphères. Et on abandonne un petit peu le corps. On s'oublie un petit peu. On vit dans une existence spirituelle.
Déconnecté de toute emprise dans ce monde, et on s'envole dans la stratosphère. Et le corps est abandonné. Et de ce fait, vu qu'on n'a plus tellement contact avec notre dimension corporelle, voilà que des défauts et d'autres harrottes, toutes sortes de traits de caractère non souhaitables, commencent à avoir une emprise sur le corps.
On ne se rend pas compte, parce qu'on est tellement pris par ces pensées hautes, qu'on ne se rend pas compte que nos comportements, parfois, peuvent être vils, sales, manquant de délicatesse, etc., parce qu'on n'est pas véritablement là, on est déconnecté, on rêvasse un petit peu, on a une satisfaction profonde et intense des connaissances spirituelles auxquelles on adhère.
On n'a pas véritablement une critique perspicace sur notre comportement. Le corps, et les envies du corps, et les habitudes du corps. Nefesh. Nefesh wa Adam. Nefesh, c'est la vitalité qui permet le bon fonctionnement du corps. Et c'est là, et c'est sur le nefesh que se trouvent les midot.
Ce qui arrive, c'est qu'après cette époque, ça peut durer un jour, deux jours, une semaine, un an, dix ans, ça dépend. Kharkhaf, plus tard, qui a istaklouta ou khanit al yonan il meret, qu'on a eu notre dose, et qu'on décide de ré-atterrir sur terre, Koua Khakhaim Khozer l'Rigilu Tchelo, et on revient à notre train-train quotidien, Motseta Neshama Etagouf Shavour Bikil Koulay Nekhoulotaf.
Il faudrait que l'âme retrouve le corps détruit totalement, avec énormément de défauts. Le corps, le comportement, la personnalité. Le gouf, ça veut dire les envies du corps. Le corps n'a pas de volonté. Les envies du corps, les habitudes du corps, les besoins du corps, qui sont gérés par le nefesh, évidemment. Alors commence une guerre interne, intestine, très grande et très dangereuse.
Comment éviter ? De quoi s'agit-il ? Vous avez compris de quoi il s'agit ? — Oui. — De quoi s'agit-il ? Spirituellement très haut. Il peut arriver que l'on s'oublie, qu'on oublie son corps totalement. Et ? Et que du coup, quand on est face à une situation, on réagisse mal parce qu'on est encore trop enfermé dans cette… dans cette… Ça veut dire on réagit mal ? — On réagit pas comme il faudrait. On ne pense même pas à ce qu'on va faire. Ça peut être dans les choses les plus banales.
Quelqu'un qui est pris par des pensées spirituelles très hautes, mais il abandonne tous les… oui, il abandonne tous les besoins corporels, la politesse, l'hygiène, la droiture, parce que c'est trop petit à ses yeux. Il est tellement pris, a priori, il rêve, par des idéaux très hauts, qu'à ses yeux les autres choses perdent leur importance.
Il est d'Éden, il est mépris. Donc toutes ces choses-là profitent de l'occasion qu'il n'y a personne qui surveille, pour pénétrer sa personnalité et avoir une emprise très forte sur elle. Au fur et à mesure, ce bonhomme devient une brute humaine, pensant que c'est un ange. Parce que son intellect voltige dans la stratosphère, et ça prend tellement son énergie mentale
qu'il n'a pas le temps de s'autocritiquer, de se vérifier, de s'analyser dans ses comportements, dans ses réactions vers les autres, etc. Mais comme toute chose, à un certain moment, ça passe. Toute chose ça passe. Après qu'il a eu sa dose, il dit: « Toi, c'est bon. Maintenant, réatterrissons sur Terre. » Il se retrouve comme un déchet humain. Alors voilà, commence la guerre.
Parce que ça fait dix ans qu'il s'est abandonné, et maintenant il se retrouve avec tout plein de défauts. Il doit commencer à rectifier les uns après les autres. Donc, quelle est la formule pour ne pas tomber dans ce piège ? C'est la suite de l'Opiska, vous l'avez vu. Évidemment. Parce que tout d'un coup il se rend compte
qu'il pensait être quelqu'un de saint et de haut. Finalement, c'est quelqu'un de vil, avec des envies bestiales, etc. A vrai dire, il n'est jamais monté. Il a eu une illusion d'élévation. Il n'est monté qu'intellectuellement. Il n'a pas corrigé sa vie d'hôte. Il n'a pas gravi les échelons au fur et à mesure, petit à petit. La pensée voltige très vite. Alors, si je te dis maintenant: va sur la lune.
Il faut prendre une fusée, ça met du temps. Mais je te dis, pense à la lune. Tu y es déjà ? — Oui. — Je vais me faire attraper par la réalité, quoi. D'accord, la pensée va vite. Mais il faut aussi drainer le corps, toutes les forces de la personnalité avec. Donc on peut, par curiosité, essayer de comprendre des choses très hautes, etc., et on a l'illusion qu'on appartient à ce niveau. Alors qu'on n'y appartient pas,
parce que notre corps, notre comportement, notre personnalité sont bien loin de cela. Non, il faut grimper, sans aucun doute, mais grimper avec toute sa personnalité, forcément avec sa cervelle, et sans abandonner son corps, et sans abandonner les autres forces de son âme, qui sont la volonté, le sentiment, etc. Évidemment, c'est ce qu'on doit faire. Regardez, regardez, regardez, il va expliquer, pour qu'on ne tombe pas dans ce piège, dans cette tragédie, à vrai dire.
Il faut que la techouva et la volonté de purification de nos midot devancent notre élévation spirituelle. Ne pas venir à l'idée de rêver qu'on pourra réussir à s'élever spirituellement, intellectuellement, à comprendre des sujets très hauts, des thèmes très hauts.
Tant que les fondements de ta personnalité n'ont pas été mis en place. Il faut être pur, il faut appliquer les mitsvot, il faut bien développer ses midot, d'abord et avant tout. Une fois que tout ça est solide, les fondations sont solides, tu peux grimper. Et si tu rêves de pouvoir grimper sans t'occuper d'avoir des fondations de ta personnalité, tu vis une vie illusoire. Et à un certain moment, tu t'éveilleras de cette illusion.
Et tu te rendras compte que d'abord tu as perdu dix ans, et en plus tu as régressé au lieu de progresser. Parce que tu étais a priori tellement occupé par des choses hautes, spirituelles et mystiques, etc., que toutes ces choses …
Cours d'Orot veKelim
Dans la même série
L'âme collective d'Israël. Ce qui fait la singularité du peuple juif à travers les sources de la pensée du Rav Kook.
- 7
Ne pas s'enfermer dans ses habitudesRav Benshoushan montre comment l'habitude devient une servitude, et pourquoi il faut garder l'essence plutôt que la forme. - 8
La chute d'un idéal et sa remontéeComment un idéal pur s'enlise dans le matérialisme, puis renaît, à partir de l'exemple d'une association caritative. - 9
Les tsadikim clairvoyants et les écrans de la lumièrePourquoi certains voient le monde comme essentiellement bon, et comment le mal sert de filtre à la lumière divine. - 10
L'amour d'Israël selon la Kabbale : la divinité dans le peuplePourquoi aimer le peuple juif tient à la présence divine en lui, et non à un sentiment de groupe. - 11
L'âme, le corps et le risque de s'envolerPourquoi une élévation de l'âme trop haute laisse le corps et les midot à l'abandon, et comment la techouva remet les choses en ordre. - 12
La techouva de la pensée, avant même l'acte accompliPourquoi les remords et la résolution comptent déjà, même quand la réparation reste à faire. - 13
Le pain de tristesse et le manger avec élévationComment manger dans l'élévation, et ce qu'il advient de la nourriture mangée sans intention, selon Orot Israël. - 14
Tristesse, faute et âme blessée selon Orot IsraëlPourquoi la tristesse surgit sans cause apparente, et comment la techouva soigne l'âme d'abord par le corps. - 15
La Gueoula et la nature de l'âme d'IsraëlPourquoi la tristesse vient de ce qui va contre notre nature, et comment la Torah la rétablit. - 16
Manger avec une intention : l'âme et la nourriturePourquoi manger n'est pas seulement un acte corporel, et quelles pensées doivent accompagner la table selon Orot Israël.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav