La galout devenue confortable : quand l'exil se justifie
Comment une Torah étudiée en surface fait accepter l'exil comme normal, et pourquoi c'est une inversion des valeurs.
Rav Yehouda Benishai
En bref
Le Rav Yehouda Benishai explique qu'une étude superficielle de la Torah conduit à une connaissance floue de la valeur d'Erets Israël, et qu'elle peut inverser les valeurs au point de faire apparaître l'exil comme acceptable, voire justifié. Il montre comment des justifications idéologiques de la galout se construisent à partir de ce manque. Il conclut que la vie individuelle du juif prend son sens dans la vie d'un peuple vivant sur sa terre, en s'appuyant sur la répétition des mitsvot du Chema Israël.
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C'est le deuxième paragraphe. Nous allons d'abord reprendre un peu ce dont nous avons parlé la semaine passée, à l'intention de ceux qui n'étaient pas là, afin de pouvoir poursuivre notre étude à partir de là. Je lis dans un premier temps le texte en hébreu que vous avez sous les yeux, et ensuite nous continuerons notre étude.
C'est-à-dire que la non-connaissance du côté profond de la Torah amène à une connaissance très floue de la valeur d'Erets Israël. Ce qui laisse supposer que la compréhension de la valeur d'Erets Israël n'est pas quelque chose de superficiel. On peut étudier la Torah à plusieurs niveaux. On peut même lire des choses sans les comprendre. Pour aborder véritablement, sérieusement, sincèrement la compréhension de cette valeur qui s'appelle Erets Israël, il faut entrer dans une compréhension profonde de la Torah. Et c'est ce qui nous est arrivé.
Très souvent en exil, notre connaissance de la Torah n'était pas suffisamment profonde pour nous permettre de saisir cela. C'était peut-être aussi un avantage, parce que si on avait véritablement compris la valeur d'Erets Israël et l'inconvénient d'être en galout, on n'aurait peut-être pas supporté. C'est comme un enfant qui, lorsqu'il est jeune, n'est même pas conscient qu'il a renversé la soupe sur lui et qu'il n'est pas propre. Heureusement qu'il n'en est pas conscient, parce qu'un adulte qui n'est pas propre le ressent tellement profondément qu'il n'a pas la capacité de rester comme ça, avec une petite tache. Alors que les enfants se tachent de partout, et comme ils ne sont pas conscients, cela leur permet de le supporter. Toujours est-il que voici le premier enseignement que le Rav donne.
Nous avions déjà expliqué cela dans le cours précédent.
Quand on n'étudie pas le sens profond, secret, de la Torah, il y a une inversion des valeurs. C'est-à-dire que des choses qui ont peu de valeur prennent une importance énorme, et que d'autres, de valeur immense, deviennent des choses dont on peut s'accommoder, qu'on peut mettre de côté.
Et à cause de cela, on arrive à une situation extrêmement grave, où la galout te plaît. Imaginez-vous que ce qui était depuis toujours une punition dans la Torah — c'est ainsi que la galout est définie par la Torah, comme une punition. Par exemple, dans le deuxième chapitre du Kriat Chema: « Ichamrou lakhem, pen yivtèl Hachem… » — faites attention à ne pas quitter, à ne pas vous éloigner de Dieu, parce que vous risqueriez d'arriver à la galout. Donc, dans toute la Torah, la galout est définie comme une punition grave. Et puis, tout d'un coup, voilà que quelqu'un s'accoutume, s'habitue, prend goût, prend même plaisir. C'est ce qu'il dit ici: c'est-à-dire que l'essence même de la galout finit par te plaire.
Vous comprenez ? Il y a une grande différence entre quelqu'un qui reste en exil parce qu'il dit: « Je n'ai pas le choix. Pourquoi ? Parce que j'ai ma maison, j'ai mon travail et j'ai ma famille. » Cela ne justifie pas tout, mais il y a des choses qui le retiennent matériellement. Mais il y a beaucoup plus grave que cela: c'est que l'on arrive à justifier, au nom d'une idéologie, et parfois même au nom de la Torah, le fait de rester en exil. On trouve des explications. On arrive à expliquer pourquoi non seulement on est en galout, mais pourquoi on doit rester en galout.
Au cours de notre exil, il y a eu des hommes qui ont réussi à expliquer pourquoi ce n'était pas un a posteriori, mais un a priori. Je donne un certain nombre d'exemples de justifications idéologiques. Première justification idéologique: on est là pour aider les peuples à découvrir la Torah. Si nous n'étions pas en exil, les autres peuples n'auraient jamais su ce qu'est la Torah; et grâce à nous, ils peuvent la découvrir. Première explication.
Il y a quelqu'un qui est allé beaucoup plus loin que cela. Il y a quelques années, j'avais lu un article paru dans Le Monde, où un juif avait publié un texte disant: « Personne ne nous affirme que l'État d'Israël est quelque chose de définitif. » Or, pour assurer la survie du peuple d'Israël, il est interdit que les juifs du monde entier aillent dans l'État d'Israël. Parce que si un jour l'État d'Israël est gravement menacé, on risque de mettre tous les œufs dans le même panier. Cela devient dangereux. Donc, au contraire, il faut laisser les juifs disséminés dans le monde: ainsi, quelque part dans le monde, il y aura toujours des juifs qui resteront vivants.
Je ne sais pas si vous vous rendez compte. Il faut bien savoir que, lorsqu'on en arrive à une situation où ce qui est défini par la Torah, la Bible, la loi écrite et la loi orale comme une punition, est justifié par une idéologie, cela prouve qu'il y a eu une inversion des valeurs. Cela prouve que…
— Pardon ?
Oui, c'est ce que je suis en train d'expliquer, justement. Ce n'est pas du tout une bonne philosophie. C'est une philosophie à l'envers: ce qui était une punition devient tout d'un coup la chose la plus justifiée.
— Est-ce que tu… Voilà, voilà. C'est quoi, comme à l'époque ? De quelle époque tu parles ?
Voilà, voilà. Vous comprenez ? Il a raison. Justement, c'est la suite: tu as exactement touché à la suite, tu touches le fond du problème. Comment tu t'appelles ?
— Yaakov.
Yaakov nous dit: mais dans leur logique, cela s'explique. Ce que je viens de dire, dans leur logique, cela s'explique. On peut très bien comprendre qu'ils affirment une chose pareille. Pourquoi ? Parce que, dans leur perspective, effectivement, on est bien installé en exil, on a tous les paramètres qui nous permettent de vivre en tant que juifs, alors que l'État d'Israël, qui affirme être l'espoir véritable du peuple d'Israël, qui dit être ce qu'on a attendu pendant des milliers d'années… peut-être pas. Donc, si je fais la comparaison entre les deux, peut-être que eux, dans leur logique, ont raison.
C'est exactement de cela que traite le Rav. C'est exactement de cela qu'il traite.
— Qu'est-ce que tu voulais dire ? Ça va ?
Mais tu as compris qu'on parle de cette philosophie qui se développe finalement à cause de notre exil. Tu l'avais compris. Alors, cette semaine, on continue exactement là-dessus. C'est exactement ce que nous poursuivons. C'est ce que je disais tout à l'heure: on trouve une justification. C'est ce que dit le Rav. J'espère que vous avez déjà suffisamment de bases pour comprendre ce qu'il dit dans cette cinquième ligne: Ve'ha-galout, motsèt ḥen, mitsad atsmouta. Etsem, c'est l'essence.
C'est-à-dire que l'exil finit par trouver grâce aux yeux de ces individus de par son essence même. Je trouve dans l'essence même de la galout quelque chose qui la justifie elle-même. Donc elle n'est plus considérée comme galout, elle n'est plus considérée comme punition. Et alors, qu'est-ce qui ne va pas dans cette logique dont Yaakov a parlé maintenant ?
Cours d'Orot veKelim
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