Critères du choix conjugal : estime et amour
Le Rav Aviner explique que l'estime et l'amour sont les deux conditions d'un choix de mariage juste.
Rav Shlomo Aviner
Ensuite : Le mazal et la place des femmes en Israël, 11 min
En bref
Le Rav Shlomo Aviner répond à des questions sur le mariage dans une émission consacrée à l'éthique de l'amour. Il explique que le célibat prolongé vient surtout de l'individualisme et de l'exigence de perfection, et que le mariage suppose des concessions mutuelles. Il précise que l'estime et l'amour sont les deux conditions d'un choix conjugal, et rejette les recettes magiques comme la récitation du Perek Shira ou la numérologie des prénoms.
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— Shalom à toutes et à tous, et bienvenue sur une nouvelle émission sur l'éthique de l'amour avec le Rav Shlomo Aviner. Bonsoir, Rav Shlomo Aviner.
Rav Shlomo Aviner: Bonsoir, chères téléspectatrices, chers téléspectateurs. Nous espérons que vous êtes également chers l'un pour l'autre, car c'est ça l'objet, l'objectif de notre émission, de notre Kouzari aimable. Nous sommes à la cinquième émission, donc nous commençons à avoir quelques questions. On attend bien sûr votre retour et vos questions.
— Je commence tout de suite par une question que nous avons reçue la semaine dernière: Rav Shlomo Aviner, est-ce que vous organisez des conférences-débats sur le sujet des célibataires ? J'ai des enfants en âge de se marier, et c'est vrai qu'il est parfois difficile de répondre à leurs questions. Qu'est-ce que vous répondez ?
Rav Shlomo Aviner: Je n'organise pas de conférences libres, mais si vous voulez, je peux répondre à vos questions. C'est vrai que ces derniers temps, il y a un problème grave de célibat avancé, non seulement dans le peuple juif, mais dans tout le monde occidental. Et la raison est très simple: c'est la recrudescence de l'individualisme. L'homme est amoureux de lui-même à outrance. Évidemment, on a le droit de s'aimer soi-même. On a même le devoir, puisqu'il est écrit: « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Donc je
dois m'aimer moi-même. Mais si c'est à outrance, il est impossible de se marier. Parce que je chercherai quelqu'un de parfait, quelqu'un qui réponde à tous mes desiderata. En fin de compte, je chercherai une femme objet ou un mari objet. Je tomberai dans le piège de la réification. Res, en latin, objet. Il faut que ma conjointe réponde à toutes mes attentes, qu'elle me cause tous les plaisirs, toutes les joies et toutes les réjouissances. Or, c'est impossible. Le mariage est également fondé sur des concessions mutuelles.
Rav Shlomo Aviner: Le conjoint n'est pas parfait. Une fois, quelqu'un m'a dit: « Je rencontre une jeune fille, mais voilà, elle a des défauts. Un, deux, trois, quatre… » Je lui ai dit: « Elle en a encore d'autres. Cinq, six, sept, huit, neuf, dix. » Il m'a dit: « Comment le savez-vous ? Vous la connaissez ? » J'ai dit: « Non, je ne l'ai jamais rencontrée. Vous n'avez même pas dit son nom. Alors comment pouvez-vous dire qu'elle a d'autres défauts ? » — « Eh bien,
je ne la connais pas personnellement, mais je connais le genre humain, je le suis de près depuis plus de 5000 ans. Nous ne sommes pas des anges, nous sommes des êtres humains, nous avons des défauts. Que voulez-vous ? Vous cherchez à vous marier avec un ange ? Ça n'existe pas. Et si ça existait, elle ne se marierait pas avec vous, parce que vous non plus, vous n'êtes pas un ange. Et bien, tout est pour le mieux, dans le meilleur des mondes. Un non-ange avec une non-ange,
une mésange, etc. »
Donc, lorsqu'on est trop individualiste, trop focalisé sur soi-même, on développe un narcissisme émotionnel, et alors il devient impossible de se marier, et quand on se marie, on divorce. C'est vrai que le mariage doit nous donner du plaisir, mais on doit aussi donner du plaisir à l'autre. On doit avoir du plaisir à donner du plaisir à l'autre.
Rav Shlomo Aviner: Il y a toujours eu de l'individualisme. Adam, Caïn et Abel: Caïn était un individualiste. Mais nous avons toujours su que c'est un vilain défaut, dont il faut se dégager. Donc, à partir du moment où l'on fait de l'individualisme un idéal, l'idéal suprême, la réalisation du moi, alors il devient impossible de se marier. Le mariage est donc une grande gageure. Ce n'est pas seulement la construction d'une relation avec autrui; c'est aussi, pour l'homme, se dégager des contraintes égoïstes qui l'enferment sur lui-même. Et évidemment, cela l'ouvre également vers Dieu.
— Très bien. On a compris: c'est la conséquence de la société de consommation, du marketing ambiant, de la publicité. On recherche notre bien-être au niveau du moi, dans notre recherche individuelle. Je reviendrai sur la question, mais cela doit aller très vite pour les jeunes. Comment savoir que la personne qui est présentée est la bonne ? Comment ne pas rater son zivoug ? Comment faire pour mériter de rencontrer son zivoug ? On donne des recettes. Entre les prénoms, on en a parlé la fois dernière, mais il y en a même un qui nous écrit: « Il faut lire le Perek Shira ».
Rav Shlomo Aviner: Vous avez posé trop de questions à la fois. Il faut les poser une à une. Ça doit aller très vite, quand même. Alors, tout d'abord, le Perek Shira, c'est une prière, c'est une étude. La prière et l'étude ont toujours un impact précieux et positif sur la vie humaine. Mais il faudrait encore ne pas comprendre la prière, l'étude, ou la récitation de versets, comme une recette magique. Cela amène une purification de l'individu, une élévation de l'individu, et dans ce sens, cela le dégage de son égoïsme et lui permet d'engager un dialogue envers autrui et de se marier. C'est vrai. L'étude, les Tehillim, le Perek Shira, tout ce que vous voulez, cela nous fait avancer. Mais, comme le dit Rabbi Moshe Haïm Luzzatto dans son Mesilat Yecharim, le Sentier de la rectitude, il ne suffit pas de réciter les psaumes: il faut également les accomplir dans sa vie personnelle.
Rav Shlomo Aviner: Quant aux prénoms, ce sont déjà des bêtises à la gomme arabique. La correspondance numérologique, ça ne veut rien dire. Il est triste qu'après deux mille ans de travail en vue de l'ascension du rationalisme, on soit encore en butte à la fuite du discernement, de la réflexion rationnelle, et qu'on croie à des bêtises.
Mais comment faire face aux doutes ? C'est ça la question. Comment être sûr que la personne qui est présentée est la bonne ? La question de dix mille dollars, ou bien de dix mille euros: comment puis-je savoir ? Normalement, c'est meilleur, l'euro. L'euro, c'est évidemment mieux, évidemment. Comment puis-je savoir que la douce personne qui m'a été présentée est celle que Dieu m'a désignée ? Eh bien, c'est très simple, il fallait y penser. Il y a deux conditions sine qua non, deux conditions suffisantes et nécessaires: l'estime et l'amour.
Rav Shlomo Aviner: L'estime est fondée sur les qualités d'autrui. C'est ainsi qu'on estime quelqu'un: il a des qualités de droiture, de vertu, de crainte de Dieu. On ne peut pas se marier avec quelqu'un qu'on désestime. Et secondement, il faut l'aimer. Bien que l'amour soit un secret, le secret de l'amour romantique, il faut l'aimer. Mais cela ne suffit pas d'aimer. Si j'aime quelqu'un que je mésestime, je peux me marier avec un chat ou avec une chatte, parce que c'est très sympathique, c'est très aimable, mais je n'ai aucune estime. Tout d'abord, il faut de l'estime. Et l'estime entraîne plus tard le respect, une relation de respect envers un être humain: respecter ses …
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