Vaéra et les plaies d'Égypte
Le rêve de Pharaon, le déterminisme astral et la bracha que Yosef apporte à l'Égypte.
Rav Yossef Attoun
Ensuite : Le cantique de la mer et l'élévation du regard, 50 min
En bref
Le Rav Yossef Attoun commente la paracha Miketz à partir des deux rêves de Pharaon, les vaches maigres et les épis maigres, et du refus des mages de l'Égypte d'en accepter l'interprétation. Il montre comment Yosef, en se rattachant à Hachem et non à la sagesse humaine, apporte la bracha, la fécondité et l'accumulation, face à une civilisation qui tourne en rond. Le cours relie cette logique à l'idée d'une accumulation de mérite à travers les générations, qui fonde l'espoir messianique.
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Chalom. Parachat Miketz. Nous sommes donc dans la dernière ligne de notre livre de Béréchit, et nous voyons l'ascension irrésistible de Yossef, qui va bientôt devenir le vice-roi de l'Égypte antique. Il faut rappeler que l'Égypte antique n'est pas seulement une grande puissance au sens même moderne du mot.
L'Égypte antique est la superpuissance de l'époque, sur le plan tant militaire qu'économique, de façon générale. Nous en reparlerons. Sur le plan de la science, ou en tout cas de ce que l'on pourrait appeler la science astrologique, par exemple. Et cela confère au Pharaon une place très particulière, comme despote de tout premier plan.
Je crois qu'il est nécessaire de rappeler cela pour comprendre que, même quand on est le pharaon de cette superpuissance de l'Antiquité, on rêve de quelque chose d'autre. C'est ce qui se passe au début de notre paracha.
Le pharaon ne se satisfait apparemment pas de la situation telle qu'il la voit dans son Égypte, qui fonctionne d'une façon quasi mécanique. Cela s'appelle Beït Avadim un peu plus tard, une maison d'esclavage, une maison où tout le monde est esclave de quelqu'un d'autre, explique le Midrash. Esclavage, comme vous le savez, ne veut pas seulement dire des gens qui travaillent pour d'autres.
Il y a aussi un esclavage mental, un esclavage psychologique, lié au déterminisme astral. Une société dans laquelle on peut parfaitement savoir à quoi l'on est déterminé, mais où il est impossible d'échapper à ce déterminisme. Nous allons découvrir petit à petit, au cours de ces paracha, et dès les premières paracha du livre de Chemot, ce que cela signifie.
Mitsraïm, dont le mot même vient de la racine tsar, qui veut dire étroit. C'est-à-dire maison d'étroitesse. Une maison où l'on est comme sur un toboggan, si vous voulez, et où l'on ne peut que descendre dans la glissière qui est donnée à chacun. Or le Pharaon, contrairement apparemment à tout son peuple, rêve de quelque chose d'autre.
Si l'on laisse de côté les rêveries au sens de l'explication psychanalytique, la Guemara nous en parle souvent comme de rêves venant de gens qui ne se satisfont pas. En état de veille, ils sont insatisfaits de la situation du monde en général ou de leur monde intérieur en particulier, alors ils rêvent d'un mieux-être.
Chapitre 41, début de la paracha de Miketz. Vayehi mikets shnataïm yamim. Il y eut, au bout de cette période de deux ans, que Pharaon rêva, et voilà qu'il se tient, dans son rêve, sur le Nil. Ye'or, c'est ce Nil.
Il a une fonction très particulière, quasi divine, en Égypte. Nous parlions d'un agencement quasi mécanique des choses: le Nil n'est pas seulement le fleuve principal de l'Égypte, c'est aussi cette fonction d'irrigation extrêmement régulière. On sait très bien à quelle période le Nil…
Et voilà que, dans le rêve de Pharaon, tout va commencer à se dérégler. Écoutez bien.
Donc, d'une île sont montées sept vaches, belles et saines, qui se sont mises à paître dans les pâturages. Et voilà que sept autres vaches montent à leur tour du fleuve. Elles, au contraire, étaient maigres et de mauvaise apparence. Elles se sont tenues à côté des autres vaches, sur la rive du fleuve. Et celles-ci, les plus maigres, ont mangé celles-là, les plus grasses. À ce moment-là, Pharaon s'est réveillé.
Apparemment, tout de suite après, il a eu un deuxième rêve. Vayichan, vayahalom shenit. Voilà sept épis, pleins et bons, sur une même tige. Et sept autres épis, minces et brûlés par le vent d'est, qui poussent après eux. Les épis maigres vont dévorer les épis sains, jusqu'à ce qu'il ne reste finalement rien.
Le récit biblique nous raconte ensuite que Pharaon fut extrêmement perturbé par ses rêves. Il a appelé les mages de l'Égypte, à tour de rôle, essayant de comprendre ce qu'il avait rêvé et en quoi cela était prémonitoire.
Il y a quelque chose de très curieux, une première précision de langage. Au verset 8, à la fin du verset, il est dit qu'il fit venir les Hartumei Mitsraïm, les mages de l'Égypte, et leur raconta son rêve. Ve-en poter otam le-Far'o. Il n'y avait personne qui arrivait à l'interpréter, à l'expliquer. Mais regardez bien: il y a un petit mot en trop. Ve-en poter otam le-far'o. Qu'est-ce que vous en dites ? Il aurait suffi de dire ve-en poter otam. Et il n'y en avait pas qui arrivait à les interpréter.
Le Midrash, cité ici par Rachi, mais je vais vous le citer plus précisément dans sa source, qui est Béréchit Rabba: Rabbi Yehochoua de Sihnin, au nom de Rabbi Levi, dit: Pitro Mayouto, ce n'est pas qu'il ne l'interprétait pas. Il y en avait qui l'interprétaient, qui arrivaient à interpréter ce rêve. Mais kolan nikhnas de-oznav, leur voix, littéralement, ne pénétrait pas ses oreilles. Ils se refusaient à accepter leur interprétation.
Pourquoi ? Ils disaient ceci: Chéva parot yafot, les sept vaches belles, bonnes, disaient-ils, ce sont sept filles que tu vas avoir. Tu vas avoir sept filles. Chéva parot ra'ot, les sept vaches maigres, ce sont sept filles que tu vas enterrer de ton vivant. Donc tu vas avoir sept filles, mais tu vas toutes les enterrer.
Remarquez en passant, nous y reviendrons, l'importance du chiffre sept, qui intervient partout, tous azimuts, ici. De la même façon, disaient les mages de Pharaon à propos des sept épis de blé: sept empires, sept provinces. Chéva chibolim ra'ot, mais après viendront les sept épis maigres. Chéva aphiryot mordot bekha, sept comtés se révoltent contre toi. Les interprétations des sages de Pharaon allaient donc toutes dans le même sens. Encore une fois, ein poter otam le-Far'o: ce n'est pas qu'il n'y avait pas de gens pour les interpréter. Ils arrivaient à les interpréter, mais cela ne lui entrait pas dans l'oreille, comme dit le Midrash. C'était inacceptable pour lui.
Car il avait, apparemment, une intuition que dans ses rêves il y a quelque chose de plus que ce que nous disions au début de ce cours: cette espèce de mécanisme inexorable, quelque chose qui grandit et qui disparaît, qui vient à naître et qui vient à mourir, et finalement il ne reste plus rien au bout du compte.
Sept empires, les sept contrées que l'on va conquérir, mais il y en a sept autres qui, pendant le même temps, se révoltent contre toi. Je me rappelle avoir étudié, une fois, un cours sur les jeux de simulation. Il y a deux catégories fondamentales de jeux.
Il y a les jeux qu'on appelle en anglais zero-sum game: si moi je gagne, toi tu perds, si toi tu gagnes, moi je perds. Toi et moi, ça fait zéro. Il y a d'autres catégories de jeux, par exemple le jeu de dames: toi tu as gagné 12 et moi j'ai gagné 15, c'est moi qui ai gagné. On a tous les deux gagné, mais j'ai gagné plus que toi. Zero-sum, c'est autre chose.
Pharaon, lui, rêve. Il voit la situation présente de l'empire égyptien, une situation où, et c'est là qu'on va en arriver, il n'y a pas ce que l'on appelle en hébreu hitstabrout shel zekhouyot, l'accumulation de …
Cours d'Orot veKelim
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