Vayichlach : le verset des douze fils et le Youlad
Pourquoi le texte compte toujours douze fils malgré la faute de Réhouven, et ce que le mot Youlad annonce.
Rav Yossef Attoun
Ensuite : Vezot Haberakha et la lettre propre de chacun, 33 min
En bref
Le Rav Yossef Attoun commente la paracha Vayishlach à partir de Béréchit 35, 22-26, où la liste des douze fils de Jacob reste intacte malgré la faute de Réhouven, signe que la lignée n'est pas rompue. Il étudie le mot « Youlad », forme ambivalente entre passé et futur, qui jalonne la généalogie messianique depuis Chet jusqu'à David, en passant par Yosef. Il montre enfin, à travers Rachi et le prophète Ovadia, comment l'histoire de Jacob et d'Ésaü annonce le jugement final de l'histoire.
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Shalom. Nous voici dans la paracha de Vayichlah, qui commence au chapitre 32, verset 4 de Béréchit. Le premier épisode de la paracha est la rencontre, extrêmement tendue et extrêmement importante, entre Yaakov et Essav.
Cette rencontre n'est pas notre propos, je la mentionne simplement. Elle a une valeur historique, ou transhistorique, considérable: la rencontre entre la civilisation d'Israël et la civilisation d'Édom, de Rome, descendante d'Essav.
Dans la suite, on voit que, Dieu merci, cela se termine à peu près bien, non sans y laisser des plumes. Ils finissent par se séparer. Yaakov s'installe d'abord dans un endroit qui s'appelle Souccot, un endroit assez mystérieux, où il reste un an et demi. Ensuite, il revient vers le pays d'Israël, vers le pays de son père.
Il s'installe d'abord dans la ville de Chekhem, Naplouse. Là, il y aura toutes sortes d'épisodes avec Dina, sa fille, des choses très difficiles, très problématiques, liées à des problèmes d'assimilation, d'une façon très directe. Mais là non plus, ce n'est pas notre propos. Ensuite, Dieu lui dit de retourner à Beit El, car il reste des étapes à gravir, et le temps est venu d'aller à Beit El.
Quelque part en chemin, Rachel, l'une des deux femmes, deux sur quatre, de Yaakov, meurt. Et tout de suite après, il y a un épisode très court, là aussi très discret, mais dont on sent qu'il a beaucoup d'importance: l'épisode de l'aîné de Yaakov, Réouven, qui veut venger l'honneur de sa mère Léa. Il dit que, du vivant de Rachel, Yaakov était constamment dans sa tente, et que le moment est venu de rejoindre Léa, la mère de Réouven. Il y a là des choses assez problématiques que fait Réouven, qui risqueraient de le disqualifier pour faire partie de l'héritage spirituel de Yaakov, et de faire partie des douze fils. Lui qui est l'aîné, mais un aîné déchu.
La tribu de Réouven sera déchue en tant qu'aîné, mais pas en tant que fils. C'est ce sujet que nous allons étudier maintenant, car le verset que nous allons voir va le réintégrer, on peut dire, avec les autres.
Prenez le chapitre 35, verset 22. Le verset difficile dont je parlais il y a quelques minutes:
Yisraël, c'est le nouveau nom de Yaakov, Sarita El, après avoir vaincu l'ange, le génie d'Essav, au passage du Yabbok, la nuit qui a précédé la rencontre avec Essav lui-même. Il y a eu ce combat avec l'ange, qui va donner à Israël, au peuple d'Israël, pour toutes les générations, son nom.
Yisraël demeurait dans ce pays, et Yisraël, son père, a entendu. Vayehi bnei Yaakov shneim asar, et les enfants de Yaakov étaient douze.
Premièrement, pourquoi dit-on douze, alors qu'il y en avait treize ? On parle des fils, bnei. Qu'est-ce que vous voyez ? Je ne sais pas quelle édition vous avez, mais dans les bonnes éditions du Tanakh, en particulier l'édition coréenne, il y a un espace au milieu du verset. Ça doit être une erreur, non ?
Ce n'est pas une erreur. Même dans le Sefer Torah, il y a un espace au milieu d'un verset, ce qui est très rare. Vous sentez tout de suite, sans qu'on ait besoin de rentrer dans le détail, parce que le temps nous manque, que dans toute cette mésaventure de Réouven avec son père, dont on en a dit suffisamment, il y a ici une tentative de reprendre son souffle, dans le blanc, dans l'espace.
Après une chose tellement méprisable, en apparence en tout cas, qu'il a pris la concubine de son père, voilà qu'après un blanc pour respirer un tout petit peu, le verset vient témoigner: Vayehi bnei Yaakov shneim asar. Comme s'il venait nous dire: ils sont toujours douze. C'est clair ? Malgré ce qui vient de se passer, Réouven n'est pas exclu en tant que fils. Il faut bien sûr le comprendre plus en profondeur, et vous allez voir où cela nous mène.
Dès maintenant, à partir du verset 23, les versets font l'énumération des douze fils de Yaakov. Tout se passe comme s'il y avait un récapitulatif de l'ensemble de la famille, maintenant achevée, de Yaakov, d'Israël, et ils sont au nombre, très particulier d'ailleurs, de douze.
On nous dit: Bnei Léa, bekhor Yaakov, Réouven. Les fils de Léa, l'aîné de Yaakov, s'appelle Réouven. Tout cela, on le savait. Mais là, c'est un récapitulatif pour nous dire: voici ceux à partir de qui l'ensemble de la destinée historique du peuple d'Israël va commencer à se jouer. Vé Chimon, vé Lévi, vé Yehouda, vé Issakhar, vé Zevouloun. Les fils de Rachel: Yosef et Binyamin. Les fils de Bilha, la servante de Rachel, ont eu deux fils: Dan et Naftali.
Les fils de Zilpa, la servante de Léa: Gad et Acher. Au verset 26, on conclut: Éle bnei Yaakov, voici les enfants de Yaakov, asher youlad lo be Padan Aram, qui lui sont nés en Paddan Aram.
Qu'est-ce que c'est, youlad ? Évidemment, la racine est yalad, engendrer. Mais youlad est une forme grammaticale très difficile. On va l'étudier à travers une sorte de parcours tanakhique, à chaque fois que le mot youlad apparaît. Nous n'aurons pas le temps de voir toutes les occurrences, mais quelques-unes sont très significatives, et vous verrez qu'à chaque fois, il est employé dans un contexte très spécifique que nous allons essayer de mettre à jour ensemble.
Du point de vue grammatical, youlad est une combinaison entre le temps passé, au binyan nif'al, la forme passive. Passé, forme passive, c'est-à-dire comme noulad, donc les enfants de Yaakov qui lui sont nés en Paddan Aram, en Mésopotamie. Et en même temps, youlad est aussi un futur. On va voir d'ailleurs une occurrence du mot au futur, comme s'il était marqué yivaled, toujours au nif'al, la forme passive, mais au temps futur. C'est donc entre le passé et le futur. Tout se passe comme si c'était un passé qui doit encore devenir futur. C'est un engendrement qui n'a pas fini d'être engendré, si vous voulez.
Où trouve-t-on le mot youlad ? Vous avez fait la liste dans la concordance. Je voudrais prendre seulement un certain nombre d'occurrences, faute de temps, mais toutes vont dans le même sens, je crois.
Prenez d'abord, dans Béréchit, chapitre 4, verset 26. On va se promener un petit peu, et ce ne sera pas seulement dans Béréchit, ce ne sera pas seulement dans la Torah. Béréchit 4:26, de qui s'agit-il ? Qui est youlad ? Vayéda... pardon. Ouleshet gam hou youlad ben, vayikra et shmo Enosh. Qui est Chet ? Le dernier fils d'Adam, le premier homme, après que la première génération de l'humanité se soit soldée par le meurtre d'un frère par son frère, un fratricide. Comme je le dis souvent, cela doit nous donner un peu d'humilité par rapport à ce que nous sommes.
Après cette catastrophe, Adam décide de recommencer tout à zéro. Cela s'appelle Chet. Le mot Chet vient du mot tachtit, en dessous, et even chtiya. Qui se rappelle ce qu'est even chtiya ? La pierre du fondement. Dans un autre cours, nous parlions du Har HaMoria, et de la coupole dorée …
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