L'échelle de Jacob et le mot makom
Le lieu de la rencontre entre la terre et le ciel, et ce que l'échelle du rêve ouvre pour Israël.
Rav Yossef Attoun
Ensuite : Yehouda et Yossef, la rencontre des deux identités, 54 min
En bref
Le Rav Yossef Attoun commente Vayetzé, le rêve de Yaakov à Bet-El (Hamakom) et l'échelle dressée entre la terre et le ciel, en lien avec le mont Moriah. Il explique que le mot makom désigne à la fois un lieu concret et un nom divin, et que l'existence d'un peuple dépend de son lien à son makom, comme l'enseigne le Maharal. Le cours montre que l'échelle permet de monter et de descendre entre le monde d'en haut et le monde d'en bas, et que Dieu se révèle aussi dans ce monde-ci, ce qui fonde le retour du peuple d'Israël sur sa terre.
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
## Introduction à la paracha
Shalom. Nous sommes dans la paracha de Vayetsé, qui veut dire « il est sorti ». Yaakov doit sortir de Beer Shéva pour aller à Haran, comme nous l'avons appris dans la paracha précédente, selon les conseils de sa mère Rivka, qui craint, bien entendu, la colère d'Essav, son frère. Yaakov sort donc. Vayetsé Yaakov mi-Beer Shéva, vayélekh Harana. Yaakov est sorti de Beer Shéva pour aller à Haran. Et voilà qu'il se produit en chemin quelque chose de curieux: Vayifga bamakom. Le mot livgoa veut dire rencontrer, mais presque se heurter à. Vayifga bamakom: il a rencontré l'endroit, avec un grand L et un grand E. Il a rencontré l'endroit, il s'est heurté à l'endroit. Quel endroit ? On ne nous le dit pas, on va en parler. Vayalin cham, et il s'est endormi là-bas, il a couché là-bas, ki va hachémech, car le soleil s'était couché.
Il prend des pierres de l'endroit, encore une fois, et il les met sous sa tête, pour la troisième fois. Et il s'étend en cet endroit-là. À cet endroit très particulier va se produire un événement qui marquera l'histoire d'Israël et l'histoire du monde entier, pour le reste des générations.
Comme il est dit au verset 12: Vayaḥalom, il a rêvé. Vehinei soulam mouatsav artsa. Or, voilà qu'il y avait une échelle qui était dirigée vers la terre. Je traduis littéralement: artsa, ce n'est pas al ha-arets, c'est artsa, en direction de la terre. Veroshô magia hachamayma, et la tête de l'échelle arrivait jusque vers le ciel, non pas au ciel, mais vers le ciel. Vehinei malakhei Elohim olim veyordim bo. Et voilà qu'il y avait des anges d'Elohim qui montaient et qui descendaient sur elle, sur l'échelle. Vehinei Hachem nitsav alav. Et voilà que Dieu se tenait au-dessus de lui. Je traduis selon l'explication de Rachi: au-dessus de Yaakov, qui est en train de rêver, allongé à cet endroit particulier.
Voilà les versets essentiels qui vont nous occuper. Je voudrais tout de suite diriger la réflexion sur ce mot qui revient avec insistance: Hamakom. Makom est un mot très particulier. Il veut dire l'endroit, le lieu, la place.
## Makom, lieu et permanence
Il faut essayer de comprendre pourquoi, dans la tradition hébraïque, le mot Makom a une double signification, au moins. Makom, c'est un lieu géographique, une position, une place, un endroit, un espace. Makom, c'est aussi un des noms de Dieu. Dans la Haggada de Pessa'h: Baroukh Hamakom, Baroukh Hou. Dans beaucoup d'autres endroits, dans les Pirké Avot, dans toutes sortes de formules, par exemple: Mé'ayn ha-makom yenaḥem etkhem ? Dans la guemara, dans les lois sur la tefila, on trouve: Kol hamakhbia makom livtfilato, celui qui fixe un endroit pour sa prière. Ici, a priori, il s'agit bien sûr d'un endroit géographique, mais le Maharal, dans son explication de cette guemara, y voit une référence.
Celui qui fixe un endroit pour sa prière, c'est-à-dire qui prie toujours au même endroit, le Dieu des patriarches vient lui en aide dans sa prière. La prière se fait au même endroit si possible, c'est une halakha, de façon à ce qu'il y ait une fixité, quelque chose de permanent. Non seulement dans le monde matériel, mais aussi dans le monde spirituel, qui s'appelle lui aussi Makom. On est en train de voir qu'il y a un Makom d'en haut et un Makom d'en bas, en parallèle. La permanence, qui est l'apanage des choses de l'esprit, des choses profondes, des choses spirituelles, cette permanence-là, l'éternelle, vient aussi se poser sur la dimension Makom qui est dans les mondes d'en bas.
Je vais expliquer un peu plus. Le Maharal de Prague, dans de nombreux endroits, en particulier dans son livre Netsa'h Israël, nous explique que le mot Makom vient de la racine Kiyoum, Kom. On reconnaît le mot kiyoum. Kayam, ça veut dire qui se perpétue. Il y a donc une dimension tout simplement d'existence, de perpétuation de l'existence, dans la notion de Makom. Le Maharal explique, dans ces mots extrêmement simples mais d'une grande profondeur, que toute chose créée dans le monde a son Makom, a été créée avec son
Makom. Et il ajoute quelque chose qu'on croirait entendre d'un sociologue politique moderne, mais il le dit dans des termes profonds et de spiritualité proprement hébraïque: lorsqu'un être ou une créature perd son Makom, ou, pour ne pas être si précis, est chassé de son Makom, est exilé de son Makom, alors il perd au moins une dimension de son existence, et parfois toute son existence. Car le mot Makom, encore une fois, vient de la racine kiyoum: une créature sans Makom ne peut pas se perpétuer.
Vous me direz: il y a une objection majeure. Quel est ce peuple qui a été chassé de son Makom pendant une période colossale de deux millénaires et qui pourtant s'est perpétué ? Bonne objection ? Qu'en dites-vous ? Je n'ai pas dit ça pour avoir une approbation, que ce soit une bonne objection. J'attendais une réponse.
Non, l'objection est bonne, mais la réponse est évidente. Le Makom, comme on vient de le dire, n'est pas seulement le lieu physique. Il est l'attache, le lien avec le lieu physique, le fait que le peuple d'Israël se soit tourné vers ce Makom-là, qui s'appelle Sion, pendant deux mille ans d'exil. Il s'est tourné quand il était à l'ouest d'Erets Israël vers l'est, et quand il était à l'est vers l'ouest, etc. C'est cela qui a été la source de sa pérennité, la source de son kiyoum, l'espoir de retrouver son Makom. Cet espoir, il ne l'a jamais perdu. Et je dirai plus: s'il l'avait perdu, explique le Maharal dans le Netsa'h Israël, il est évident qu'il aurait disparu.
## Le verset et le Moriah
Je me rappelle qu'il y avait deux catégories philosophiques bien connues, l'essence et l'existence. Quelque part, les deux peuvent s'appeler en hébreu makom. Vous savez que le mot existence vient du latin ex-sistere, c'est-à-dire être en dehors. L'essence des choses, c'est le Makom au niveau élevé, Hamakom Baroukh Hou. L'existence des choses, c'est ce qui leur donne, dans la réalité de ce monde-ci, leur kiyoum, leur droit à l'existence, leur droit à être en dehors, en dehors du Makom d'en haut. On est dans le Makom d'en bas. Est-ce suffisamment clair ?
Oui ? Alors reprenons notre verset, maintenant qu'on a compris l'importance du Makom. Je voudrais encore dire un mot. Il y a toute une perspective de la Torah, qu'on peut appeler religieuse, qui dit que la Torah parle uniquement de choses spirituelles et religieuses. C'est vrai. Mais on va voir tout de suite, et j'introduis le sujet que nous allons étudier, qu'elle parle aussi du Olam hazé, du monde d'en bas, du monde physique, du monde géographique, qui lui aussi est, et c'est ça le grand hidouch, le grand renouveau d'enseignement, une réalité spirituelle et religieuse. C'est ce qu'on va voir dans ce verset.
Vayifga bamakom. Je passe les commentateurs, en particulier Rachi, qui vont nous dire si c'est lui qui a rencontré l'endroit ou l'endroit qui l'a rencontré, comme on pourrait …
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