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Noé, un juste qui ne transmet pas

Pourquoi la Torah dit de Noé qu'il était juste « dans ses générations », et ce que révèle le mot toldot.

38 min

Rav Yossef Attoun

Ensuite : Toldot : Isaac, prière et engendrement, 41 min

En bref

Le Rav Yossef Attoun commente le début de la paracha Noach (Béréchit 6, 9), consacré à sa mémoire à l'approche de la commémoration des dix ans de la disparition du Rav Ashkenazi Manitou. Il explique l'expression « Noach était un juste intègre dans ses générations » et la lecture de Rachi sur l'absence de liste des engendrements de Noach. Il montre, à partir du mot toldot, que Noach est juste pour lui-même sans transmettre, et oppose ce modèle à celui d'Abraham, qui marche devant Dieu.

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom. Nous entamons donc la deuxième paracha du livre de Béréchit, c'est-à-dire la paracha de Noach, qui commence au chapitre 6, verset 9. Je voudrais tout de suite consacrer cette étude à celui qui fut notre maître pendant des dizaines d'années, et dont, cette semaine, très exactement le 8 du mois de Kheshvan, qui tombe dimanche soir-lundi, le Rav Ashkenazi Manitou sera commémoré pour les dix ans de sa disparition.

Évidemment, chaque année est une année où l'absence se fait ressentir difficilement. La dixième année est une espèce de perfection de l'absence, puisque dix est le chiffre de la perfection. Je veux dire par là que, quelque part, on peut mieux mesurer, après dix ans, combien il a marqué l'ensemble, non pas de la génération, mais, à mon sens, au moins des trois dernières générations du judaïsme francophone.

Je voudrais non seulement lui consacrer cette étude à sa mémoire, mais aussi citer l'essentiel de certains enseignements qu'il nous donnait sur la paracha de Noach. Noach, Noé, c'est ce personnage dont il est dit, à la fin de la paracha de Béréchit (reportez-vous à la fin de la dernière paracha), qu'après que l'homme, créé par Dieu, a fait une chute libre, un personnage malgré tout va émerger. On dirait, c'est le cas de le dire, car bientôt il va émerger du déluge aussi. Un personnage va émerger d'une humanité en dégradation constante, et il va s'appeler Noach. Il est écrit à la fin de la dernière paracha que Noach a trouvé grâce aux yeux de Dieu.

Là aussi, matsa 'hen, la grâce, ce n'est certainement pas celle qui va marquer la théologie chrétienne. La grâce dont il est question ici vient plutôt, comme on va le voir tout de suite dans le début de la paracha, de la capacité qu'a Noach d'être en adéquation avec l'exigence du Créateur par rapport au comportement moral.

Et je commence tout de suite notre paracha: Éleh toldot Noach. Voici les engendrements de Noé. Noach ish tsadik tamim haya bedorotav. Noé était un homme juste et intègre, témoigne le récit biblique, dans ses générations. Vehaelokim hithalekh Noach. Retenez bien cette expression. Que veut dire ici le mot « et » ?

Et HaElokim hith'halekh Noach. Hith'halekh, vous reconnaissez le mot, hein ? Halakh. Mais alors, qu'est-ce que c'est que hith'halekh ? C'est une forme réfléchie ou pronominale, un hitpaël. Comment traduirait-on en français ? Il avait une démarche, hein ? Noach avait une démarche. Il se laissait aller, il se conduisait. En français, cela n'a pas de sens péjoratif.

Donc il se conduisait, et vehaelokim, que veut dire ici le mot « et » ? Le « et » est ici dans le sens peu commun de « avec ». Il se comportait, on va dire, avec Elokim, avec Dieu. Vous savez que Elokim, nous en avons parlé dans le dernier cours, c'est Dieu en tant que rigueur, en tant que justice. Donc il allait en accord total avec le projet rigoureux du Créateur pour un homme, pour le prototype de l'homme moral.

Voyez donc en quoi il tranche avec l'humanité telle qu'elle s'est dégradée à la fin de la paracha précédente. Vous voyez aussi, bien que ce ne soit pas mon propos, comment il tranche avec la grâce telle qu'on peut en avoir l'approche dans la théologie chrétienne. Il ne s'agit pas…

Alors, je voudrais…

Tout de suite, attirez votre attention sur une difficulté. Beaucoup de commentateurs, dont Rachi, le commentateur principal, vont se heurter à cette difficulté du texte. Nous verrons ensuite la réponse de Rachi, puis nous verrons enfin les réponses données par Manitou. Eh bien, Rachi dit

Alors, tel que je l'ai vu maintenant, il n'y a pas trop de difficultés, mais il y en a quand même. Éleh toldot Noach, deux points. Qu'est-ce qu'on s'attend à trouver ? Bien sûr. Si vous voulez savoir, le mot toldot, qui va nous occuper maintenant pendant quelques bonnes minutes, figure treize fois dans le Tanakh, dans la Bible, et à chaque fois…

Si je prends par exemple le chapitre 10, verset 1 de Béréchit: Veéleh toldot benei Noach, même mot, pour les engendrements des enfants de Noé. Il y est marqué Shem, Kham et Yafet, qui sont les enfants de Noé. Eux vont avoir, on le dit tout de suite après, Vayiyoledou lahem banim 'ahar hamabul, ils ont eu des enfants. Donc voici les noms: Benei Yafet, Gomer, Magog, etc. Il y a l'énumération des noms de ces enfants.

Même chose un peu plus tard, par rapport à Shem lui-même, au chapitre 11, verset 10 de Béréchit: Veéleh toldot Shem. Shem ben Meachana vayoled et Arpakhshad. Voici les engendrements de Shem. Lorsqu'il a eu cent ans, il a engendré Arpakhshad deux ans après le déluge, etc. Chaque fois, on voit bien sûr la liste des engendrements. Or, qu'est-ce qu'on voit ici ? Il n'y en a pas. Éleh toldot Noach, Noach ish tsadik tamim haya bedorotav. Voici les engendrements de Noé, et puis on nous laisse sur notre faim: au fait, Noé était un homme juste dans ses générations.

Rachi donne à cette question deux réponses. Première réponse: Roil veiz kiro. Vous voyez combien Rachi met immédiatement le doigt sur la difficulté. Il explique, et il donne toujours la réponse, pas la question; à vous de trouver la question. Puisqu'il a rappelé son nom, dit Rachi, il a raconté sa louange. Kevan chehizkir chemo, sipér bichvacho. Comme il est dit, une expression que nous connaissons bien: zekher tsadik livrakha.

Très souvent, vous verrez dans des textes en français, de plus en plus, cette formule écrite pieusement, zatsal. Vous connaissez ? Le Rav Eytan, zatsal. Qu'est-ce que ça veut dire, zatsal ? Zatsal sont les initiales de zekher tsadik livrakha, c'est-à-dire: le souvenir du juste est une bénédiction. C'est ainsi que l'on parle de quelqu'un qui est disparu. Et cela tombe, bien entendu, précisément à la veille de l'azkara de notre maître, le Rav Ashkenazi Manitou, zatsal, zekher tsadik livrakha.

C'est-à-dire que ce maître est disparu physiquement, mais son souvenir est non seulement présent, il est bénédiction, il est fécond, puisque nous savons que la notion hébraïque de bénédiction veut dire fécondité. C'est lui qui féconde. C'est un enseignement qui traverse la présence physique de la personne, à travers ses élèves, les élèves de ses élèves, et tous ceux qui pourront bénéficier de l'esprit de cet enseignement.

Revenons à Rachi. Il répond à la question « voici les engendrements de Noé » sans nous dire qui ils sont, et nous dit seulement que Noé était un homme juste. À cette difficulté, Rachi donne une première réponse: puisqu'il a rappelé son nom, il a raconté sa louange. Évidemment, c'est une réponse un peu épineuse, parce qu'elle ne répond pas vraiment à la question. Elle évite la question, elle la contourne. Et c'est bien pour cela qu'au passage, puisqu'on a parlé de Noé, on va ajouter quelques mots sur lui.

La vraie réponse, puisque lorsque Rachi donne une réponse qui n'est pas satisfaisante à cent pour cent, il y en a une autre, qui elle-même n'est pas non plus satisfaisante à cent pour cent, sinon …

Cours d'Orot veKelim

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