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L'achat du caveau de Maarat HaMakhpela à Hevron

Abraham achète le caveau de Hevron aux Hittites et l'on voit ce que signifie être guer ou toshav sur la terre.

40 min

Rav Yossef Attoun

Ensuite : Lekh Lekha : le choix d'Avraham et le mérite de la nation, 41 min

En bref

Le Rav Yossef Attoun commente la paracha Hayei Sarah à partir de l'achat du caveau de Marpela à Hevron par Avraham aux Hittites, premier bien acquis par le peuple juif sur sa terre. Il s'appuie sur l'expression « guer vetoshav » (étranger et habitant) employée par Avraham, dont Rachi et d'autres commentateurs donnent des lectures différentes. Le cours relie cette tension à la notion selon laquelle la terre d'Israël appartient à D.ieu et ne peut être vendue définitivement.

Début du cours (texte)

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom, nous voilà arrivés à la paracha de Hayeï Sarah, qui, comme son nom ne l'indique pas, traite justement de l'épisode de la mort de Sarah. Or, comme nous le savons, les justes sont appelés vivants même dans leur mort, et les méchants sont appelés morts même dans leur vie.

Une petite histoire, pour introduire. On raconte à propos de Rabbi Nahman de Breslev, qui était un grand personnage de la Torah. Aux yeux de ses fidèles, de ses hassidim, il était un tel grand personnage que, contrairement à d'autres groupes hassidiques, il n'a pas été remplacé, parce qu'un Rav comme celui-là, on ne peut pas le remplacer. Ça n'a pas de sens. On l'a donc appelé, en yiddish, moi qui suis d'origine à moitié tunisienne, Toite Rebe, c'est-à-dire le Rebbe mort. Il est Rebbe mort, mais pour les fidèles il n'est pas mort. Il est mort, mais il n'est pas mort.

Une fois, un hassid de Vizhnitz, un autre groupe, se moquait un peu d'un hassid de Breslev et lui disait: « Ah, vous avez un Rebbe mort. » Le hassid de Breslev n'est pas resté en reste et lui a répondu: « Eh bien, il vaut mieux un rabbin mort mais vivant qu'un rabbin vivant mais mort. » Ils étaient un peu féroces les uns avec les autres.

Pour nous, ce qui importe, c'est Vayihyou Hayeï Sarah méa chana véésrim chana véchèv chanim, chenéï Hayeï Sarah: la vie de Sarah fut de cent vingt-sept ans. Mais le verset nous apprend aussi qu'elle est morte à 27 ans. On se rappelle que Sarah était, comme nous l'avons vu dans la paracha précédente, plus grande en prophétie qu'Abraham lui-même. La disparition de Sarah est donc, bien sûr, une étape dans la vie d'Abraham. Et immédiatement, Abraham va s'occuper de quelque chose qui marquera l'histoire juive jusqu'à nos jours: acheter un terrain très particulier, un caveau pour enterrer Sarah, à Hévron.

À Hévron se trouve Maarat Hamakhpéla, le caveau de Marpéla. Marpéla veut dire « le caveau des couples », kafoul, c'est-à-dire double. Comme nous le savons, sont enterrés là-bas quatre couples très importants: Adam et Ève; Avraham et Sarah; Yitzhak et Rivka; et également Yaakov et… ? Yaakov et Léa, puisque Rachel sera enterrée ailleurs, nous le verrons en chemin. Quoi qu'il en soit, même si Adam et Ève s'y trouvent, d'après la tradition, d'après le midrash, ce terrain n'appartient pas à l'identité hébraïque. C'est dans notre paracha, au début, que l'on va assister à toutes les tractations d'Abraham pour acquérir Hévron, le caveau de Marpéla, auprès des Hittites, en la personne d'Efron le Hittite.

Les Hittites étaient une société antique très importante, des agriculteurs très puissants, une puissance économique considérable dans l'Antiquité. On voit d'ailleurs, d'après les tractations pas faciles qu'Abraham mène avec le peuple hittite en général et avec Efron en particulier, que ce sont des durs à cuire du point de vue des affaires, du point de vue commercial.

Quoi qu'il en soit, il y a une expression dans la déclaration première d'Abraham. Lorsqu'il se présente, au début du chapitre, il y a une expression qui va attirer notre attention. Je lis avec vous le premier verset, la vie de Sarah: cent vingt-sept ans. Verset deux: Vatamot Sarah bé'Kiryat Arba, hi Hévron, béèrèts Kena'an, Sarah est morte à Kiryat Arba, qui est Hévron, au pays de Canaan. Le midrash enseigne que Hévron est l'un des trois endroits que les nations ne peuvent pas nous réclamer, puisque ce sont des endroits qui ont été achetés, en monnaie sonnante et trébuchante, par nos ancêtres. Hévron en est le premier. On le verra ici. Quel est le deuxième ? Yérouchalayim, et c'est bien, bien, bien plus tard. Avant cela, la ville de Shékhem, Naplouse, achetée par Yossef: le Kévèr Yossef est à Shékhem. Et finalement Yérouchalayim, qui sera achetée par David, le mont Moriah qui sera acheté par David.

Le verset deux nous dit donc que Sarah est morte à Kiryat Arba, qui est Hévron, dans le pays de Canaan, et qu'Avraham est venu pour faire le deuil de Sarah et pour la pleurer. Verset trois: Vayakom Avraham mè'al pené métô. À la fin de la période de deuil, Avraham s'est relevé de son deuil, Vayédabèr èl bné Het, et immédiatement il a parlé aux gens de Het, aux Hittites, aux fils de Het, en ces termes: « Guer vétoshav anokhi imakhèm » — je suis étranger et habitant, étranger et citoyen, avec vous. « Tenou li ahouzat kévèr imakhèm » — donnez-moi avec vous une propriété funéraire, un caveau pour enterrer mes morts. « Vé'ekbera métí milfanaï » — et je pourrai enterrer cette morte de devant moi.

Vient ensuite toute une tractation très étonnante, pleine d'enseignements, entre Avraham et le peuple des Hittites. L'expression guer et toshav saute aux yeux: guer veut dire étranger, et toshav veut dire habitant, citoyen. Alors la question est: pourquoi deux mots absolument opposés, contraires, définissent-ils Avraham, qui se présente comme étant à la fois guer et toshav ? Il y a une controverse à ce sujet chez les commentateurs. Je voudrais vous donner un aperçu de ce qu'ils expliquent.

D'abord, Rachi lui-même nous apporte deux réponses à cette question, et deux réponses qui vont dans deux directions très différentes. Vous allez comprendre tout de suite. Première question: est-il guer ou est-il toshav ? Est-il étranger ou citoyen ? C'est très différent. L'étranger n'est pas chez lui, alors que le citoyen est pleinement chez lui. Voyez les rebondissements qu'une telle étude peut avoir sur des événements contemporains.

Rachi nous donne deux réponses, pas une. Et on se rappelle le principe général: lorsqu'il y a deux réponses chez Rachi, c'est qu'il n'y en a pas une qui soit suffisante. Je dis cela de façon tout à fait banale, mais ce n'est pas banal. Pourquoi Rachi en donne-t-il deux ? Voici la première: je suis étranger, venu d'un autre pays, mais je me suis installé chez vous.

La première explication de Rachi dit que le vav de véthoshav veut dire « et ». Ces deux mots semblent contradictoires, mais une situation permet de les comprendre tous les deux à la fois. Comme on dit en théorie des ensembles, c'est un cas inclusif: je suis un étranger venu d'un pays étranger, mais je me suis maintenant installé au milieu de vous. C'est donc un guer devenu toshav.

Cette explication trouve un écho plus large dans le commentaire du Sforno, qui vivait au Moyen Âge en Italie. Rabbi Ovadia Sforno écrit: « Guer vétoshav: ubi shevil hayoti guer », puisque je suis un étranger, « ein li po kévèr », je n'ai pas ici de caveau familial, pas d'endroit pour enterrer mes morts. Pourquoi ? Parce que je suis nouveau ici, je suis d'hier.

Le Sforno donne ensuite une référence importante, dans le prophète Isaïe, chapitre 22. Il y est question d'un personnage un peu sinistre, qu'on appelle Chevna. Chevna n'était pas habitant de Yérouchalayim. Il fomentait un complot contre le pouvoir du roi Chizkiyahou, Ézéchias, dont il était pourtant l'un des intendants, fonctionnaire de l'appareil …

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