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Béréchit : création double et nom de Dieu

Pourquoi la Torah emploie Elohim puis Hachem, et pourquoi la création est à la fois ciel et terre.

35 min

Rav Yossef Attoun

Ensuite : L'achat du caveau de Maarat HaMakhpela à Hevron, 40 min

En bref

Le Rav Yossef Attoun ouvre l'étude de Parashat Bereshit en expliquant pourquoi la Torah s'appelle Hamisha Chumshei Torah, les cinq cinquièmes de la Torah, cinq degrés de dévoilement dont l'unité ne se perd pas. Il montre que Bereshit traite moins de la création du monde que de la création de l'identité d'Israël, et qu'il y a une double création, celle du monde et celle de l'homme. Il s'appuie sur Rachi, le Talmud et le Midrash pour expliquer l'usage des noms Elohim et Hachem, la notion de Toledot (l'engendrement de l'histoire) et le passage de la rigueur à la miséricorde.

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom. C'est toujours avec une certaine émotion que nous ouvrons ensemble la première paracha du premier livre du Pentateuque. Une petite parenthèse d'ores et déjà: le Pentateuque, en hébreu Hamicha Houmcheï Torah, l'expression traditionnelle des cinq Houmachim, des cinq « cinquièmes » de la Torah.

C'est une expression plutôt bizarre. Pourquoi parler de cinq cinquièmes ? On aurait pu parler du livre de la Torah et mettre un seul livre, tout faire tenir dans un livre. Je ne pense pas que ce soit pour des raisons typographiques ni pour des raisons d'édition, parce que cela ferait vendre plus de livres. Je ne crois pas que ce soit ça, la raison. D'autant plus qu'à ce moment-là, on aurait parlé des cinq livres, et on n'aurait pas parlé des cinq cinquièmes.

Car c'est ça, la traduction de Hamicha Houmcheï Torah. Juste un mot là-dessus, qui nous servira certainement tout au long de notre étude, tout au long de l'année. Quand on dit Hamicha Houmcheï Torah, on veut dire deux choses à la fois. Et nous verrons que notre étude d'aujourd'hui sur le livre de Béréchit sera liée au même principe d'enseignement. À savoir: il y a cinq catégories de livres.

Le mot Sefer, en hébreu, ce n'est pas seulement un ensemble de pages reliées ou brochées. Le Gaon de Vilna, dans son commentaire du Sefer Yetzira, qui est l'un des premiers livres de la Kabbale, nous explique que Sefer veut dire un degré de dévoilement. Il y a un degré de dévoilement du livre de Béréchit, un degré de dévoilement du livre de Chemot, l'Exode, etc. Et donc il y a cinq degrés de dévoilement. Ce n'est pas parce que Dieu est un, ni parce que le chiffre cinq aurait

une valeur en soi. C'est parce que nous aurons l'occasion de nous rendre compte que le chiffre cinq permet le dévoilement de la trilogie fondamentale. Les trois premiers livres sont des livres du projet du Créateur dans sa dimension de projet, alors que les deux derniers sont des livres de la dimension de la réalisation. Le livre de Bamidbar, quatrième livre, c'est la chute entre le projet et la réalisation. Et le livre de Devarim, le cinquième, c'est le rétablissement: lorsqu'on se rétablit, eh bien, c'est le livre de Devarim.

On raconte qu'un jour, il y avait un nouveau maître qui venait d'être formé dans une école normale, n'est-ce pas, Michael ? Il avait appris tous les principes théoriques de ce que doit être un bon maître. Il arrive pour la première fois devant une classe de jeunes délinquants, parce que c'est là qu'on l'a affecté. On ne le met pas tout de suite avec les élèves les plus parfaits. Au moment où il entre dans la classe, un des élèves tire le fil, et il s'étale de tout son long à l'entrée de la salle. Tout le monde éclate de rire: la bonne blague qu'on a faite au nouveau maître. Et lui, péniblement, ramasse ses lunettes à moitié cassées, se frotte les yeux, sans trop voir où il va, fait le tour de la classe et va s'asseoir. Les rires commencent à s'apaiser, on s'est bien marré, et le maître regarde la salle.

Le silence se fait, et il leur dit: « Mes chers amis, bonjour. Je crois que là était notre premier cours: le tout n'est pas de savoir comment on tombe, le tout est de savoir comment se relever. » Il le dit à la salle de délinquants. C'était simplement pour dire qu'il est bon de se relever, et ce sera le cinquième et dernier livre des cinq livres du Pentateuque.

Je récapitule donc l'enseignement, qui dit qu'il y a bien Hamicha Houmcheï Torah. Pourquoi ? Il y a cinq degrés de dévoilement dans la Torah. Nous sommes à l'aube du premier, qui s'appelle Béréchit, la Genèse. Prenons un autre exemple, pour que ce ne soit pas trop théorique. Entre le livre de Béréchit et le livre de Chemot, l'Exode, il y a tout un monde. On passe de l'identité d'une famille humaine, la famille d'Abraham, Isaac, Jacob et les douze frères de Jacob, à l'identité d'une nation, née en Égypte, qui va en sortir. Il s'agit donc d'un tout autre degré de révélation de la Torah, de révélation du projet du Créateur.

Mais puisqu'on a bien compris maintenant qu'il y a cinq degrés, on devrait trouver Hamicha Houmcheï Torah, ou Hamicha Sifrei Torah. Pourquoi Houmcheï ? Pourquoi « cinquièmes » ? Cela vient nous indiquer que, malgré ce que nous venons de dire, et ce n'est pas le premier enseignement paradoxal que nous verrons, la Torah tout entière se diffuse dans cinq degrés différents, mais ces cinq degrés ne font qu'un. Ce sont cinq cinquièmes de la même Torah. C'est le même enseignement, qui se diffuse à travers cinq degrés. C'est ce que l'on appelle les Hamicha Houmcheï Torah. Fin de la parenthèse, mais je crois qu'elle était nécessaire.

Nous sommes donc à l'ouverture du premier de ces degrés. Je ne vais pas faire l'exercice ici, parce que peut-être nous l'avons déjà fait dans le passé, mais faites-le avec des gens, y compris des gens qui ont beaucoup étudié. Demandez-leur, à brûle-pourpoint, de quoi traite le livre de Béréchit. Ils vous diront bien sûr: de la création du monde. Or nous savons que ce n'est absolument pas vrai. Le livre de Béréchit ne traite pas de la création du monde, mais de la création de l'identité d'Israël.

C'est vrai que la paracha que nous étudions maintenant va traiter un peu de la création du monde, mais si peu: quelques versets en tout et pour tout, un petit chapitre et demi. Et pourtant, notre paracha va nous parler de dizaines et de dizaines de générations de l'humanité qui vont se succéder. Rappelons simplement le midrash que nous aurons à citer.

Tout au long du livre de Béréchit, cela ressemble à quelqu'un qui aurait perdu une pierre précieuse dans le sable de la plage. Il prend un tamis, et il tamise le sable, encore et encore, jusqu'à ce qu'il arrive à la pierre précieuse, et alors il s'arrête. On voit ainsi comment se déroulent les générations, les premières générations de l'humanité, comme ce sable qui coule du tamis, jusqu'à ce qu'on arrive à Noé. Là, on commence à s'arrêter, puis le tamis laisse encore couler le sable jusqu'à ce qu'on arrive à Avram. Là, on va véritablement arrêter l'opération de tamisage et commencer à se concentrer sur cette personnalité. Mais nous n'en sommes pas encore là.

Aujourd'hui, je voudrais prendre un thème que j'appellerais la création du monde et la création de l'homme, mais que je désignerai comme une double création. Non pas deux créations, bien que cela en ait tout l'air, mais une double création. Vous remarquerez que, pour la création du monde, je n'entrerai pas dans les détails pour savoir s'il s'agit bien de l'an zéro de ce que l'on a coutume d'appeler la création du monde. Il ne s'agit bien sûr pas de cela. Pour couper court aux questions banales, nous dirons qu'il s'agit de l'an zéro de la création de ce monde que nous connaissons, de ce monde …

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