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Monter en Israël pendant le Corona : fuite ou vraie montée ?

Le Rav Kling examine si la hausse des demandes d'alya en temps d'épidémie est réelle et si elle est souhaitable.

18 min

Rav Élie Kling

Ensuite : De l'éthique à l'esthétique, la beauté selon la Torah, 22 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

— Bonsoir Rav Élie Kling, bonsoir. — Bonsoir, bonsoir à tous.

— Élie Kling, vous êtes le directeur de la section francophone du collège académique Remdat Adarom. Ce soir, c'est une question que vous nous posez: alya, pour cause d'épidémie, est-ce souhaitable ? Vous avez une expérience concrète de la confrontation avec la crise sanitaire, comme enseignant et directeur de programme, avec parmi vos étudiants des jeunes filles qui viennent de l'étranger, de France en particulier. Israël a fermé ses frontières depuis le mois de mars. Il est très difficile pour des non-résidents d'obtenir un visa d'entrée et de séjour dans le pays.

C'est le sujet de votre réflexion.

Oui, oui, merci beaucoup de m'avoir invité. Très heureux d'être là. L'avantage avec moi, c'est que je termine toujours à l'heure où on m'a dit de terminer. C'est-à-dire que ce n'est pas important si je commence à l'heure ou pas, mais on m'a dit de finir à 8h15, je finirai à 8h15. Je voulais vous parler de la double question. D'abord, y a-t-il vraiment un phénomène d'alya dû au corona ?

Et deuxièmement, est-ce que c'est souhaitable ? Est-ce qu'il y a vraiment un phénomène ? Ça, c'est une question de données et de statistiques. Si j'en crois les spécialistes et les professionnels de l'alya, on nous a dit au début du corona, et encore récemment, qu'en effet, le nombre de tikim, le nombre de dossiers d'alya déposés dans les différentes agences juives qui s'en occupent, que ce soit Nefesh BeNefesh, là-bas aux États-Unis, ou que ce soit l'Agence juive ailleurs, est en augmentation.

Net. Net de combien ? Je ne vais pas entrer maintenant dans les chiffres, mais ça semble être quelque chose d'assez impressionnant. Le fait d'ouvrir un dossier ne veut pas dire encore de faire son alya, surtout dans les conditions un peu difficiles du corona, mais ça veut quand même dire quelque chose. Plus il y a de dossiers ouverts, plus, à la fin de la chaîne, il y aura de gens qui viendront. A priori, apparemment, le corona a poussé en effet des gens à venir. Ce qui, en fait, n'est pas si évident que ça, parce que le corona, comme on l'a rappelé encore ce soir, est un phénomène qui touche le monde entier.

Israël, si on pouvait dire à la rigueur qu'au début il s'en tirait bien par rapport à d'autres, a connu également ces moments de crise où on se demandait où est-ce que ça allait, où il fallait serrer la vis à nouveau. Ariane nous dit qu'il n'y aura pas de troisième vague. On espère évidemment qu'il n'y en aura pas, etc. Donc est-ce que c'est vraiment parce qu'ici les choses ont été mieux gérées que là-bas, dans les pays où on ouvre des dossiers d'alya ? Je ne pense pas. Et donc peut-être qu'il faut chercher ailleurs la raison de ce renouveau de l'alya, si tant est qu'il existe. J'n'ai pas les données nécessaires pour remettre en cause ce que j'apprends par les journaux et par les responsables de l'alya à droite et à gauche.

Donc, si vraiment il y a une montée de l'alya, à quoi est-elle due ? En quoi le corona pousse-t-il les gens à monter si ce n'est pas le fait qu'ici on aurait mieux géré la crise qu'ailleurs ? Moi, je pense qu'il y a un phénomène dont on n'a pas beaucoup parlé ici ce soir, mais qui, pour moi, quand je parle avec les gens qui se trouvent là-bas et qui décident d'accélérer leur alya ou de monter, est ce sentiment, tout d'un coup, très nouveau, qui n'existait pratiquement pas depuis la création de l'État d'Israël: celui de voir fermer les portes du pays.

Je crois que ça a traumatisé, ce serait un mot un peu puissant, un peu trop fort. Mais en tout cas, ça a beaucoup ébranlé un certain nombre de consciences juives en dehors d'Israël, pour qui la venue en Israël était toujours une sorte de possibilité envisageable. Si jamais ça tourne vraiment mal, j'ai toujours où aller. Une sorte d'assurance, si vous voulez, tous risques, au cas où. Et tout d'un coup, cette jolie assurance ne fonctionne plus. Je voudrais bien venir, mais je ne peux pas venir. Non seulement je ne peux pas venir pour m'installer réellement, à moins que ce soit de manière très compliquée, mais je ne peux même pas venir pour préparer l'alya, c'est-à-dire pour faire un voyage d'études, pour voir mes enfants qui y sont, etc. C'est très compliqué.

Et je crois que ce sentiment, tout d'un coup, où le pays ferme ses portes et les juifs se retrouvent coincés là où ils sont, même s'ils n'avaient pas l'intention réelle de venir en Israël demain ou après-demain, a posé quelque part chez certains d'entre eux, pas chez tous, mais chez certains, la grande question: est-ce que vraiment cette idée qu'on pourra venir dès qu'on aura envie, est-ce qu'on aura toujours le choix ? Est-il possible d'envisager qu'Israël ne soit pas obligatoirement un pays ouvert à tous les juifs ?

Que Israël ait fermé ses portes, et que ce soit une bonne chose ou pas, c'est un autre problème. Certains ont pensé que c'était la dernière chose à faire, que par définition l'État juif se doit de laisser la porte ouverte à tous les juifs qui voudraient venir, quelles que soient les situations, que ce soit en temps de guerre réelle ou en temps de guerre sanitaire. Mais la raison d'être de l'État juif, c'est précisément d'être cet État.

Je sais que ça a été un problème réel, et que ça a remis en cause, chez certains de nos frères juifs en diaspora, la justesse du choix qu'ils avaient fait de rester, en attendant, en se disant qu'on peut toujours revenir.

D'ailleurs, ça me rappelle une histoire biblique, parce que vous savez qu'un peuple aussi vieux que le nôtre ne connaît jamais réellement de précédent: il y a toujours un précédent au précédent. Vous vous souvenez certainement de l'épisode des explorateurs, où les Hébreux, dans le désert, montraient en effet qu'entrer en Israël ou ne pas entrer en Israël était une question qu'on ne pouvait pas leur imposer. Si j'ai envie de venir, je viens, et si je n'ai pas envie de venir, je ne viens pas. Les explorateurs ont réussi à convaincre le peuple tout entier que ce n'était pas le moment, que c'était peut-être un pays où coulent le lait et le miel, comme on nous l'avait raconté, mais que, décidément, on était très bien dans le désert, et qu'on serait peut-être même encore mieux de retour en Égypte.

Bon. Alors, si c'est comme ça, Dieu s'énerve. Vous connaissez la suite: puisque vous ne voulez pas rentrer, eh bien vous ne rentrerez pas, et c'est fini, je ferme les portes. Mais ce qui est intéressant, c'est que dans la même paracha, juste après, à partir du moment où les portes sont fermées... vous connaissez les juifs, l'esprit de contradiction. On leur dit: allez-y, rentrez. Ils disent: ah non, on ne veut pas. On leur dit: bon, si c'est comme ça, vous ne rentrerez pas. Et là, …

Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling

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