Orot veKelimאורות וכלים
Se connecter

Le méchant de la Haggada : la vraie question du rachat

Pourquoi le verset de Chemot est une affirmation lancée, non une question, et ce que « avodah » y signifie.

8 min

Rav Élie Kling

Ensuite : Répondre au racha le soir du Séder, 4 min

Début du cours (texte)

Lire le début du cours

Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bonjour à tous ! Ici, on parlait du racha de la Haggada. Vous savez, celui des quatre enfants, qu'on traduit dans les Haggadot en français par « le méchant », « l'impie ». Vous avez même vu une fois « le pervers ». Alors, racha, ma hou omer ? Qu'est-ce qu'il dit, le racha ? Et comment est-ce qu'il faut lui répondre ? Alors, qu'est-ce qu'il dit ? C'est écrit dans le livre de Chemot, de l'Exode, au chapitre 12. Là-bas, il est écrit: « Si un jour tes fils te disent: ma avodah zot lachem ? Qu'est-ce que c'est que ce travail-là pour vous ? Qu'est-ce que c'est que ce culte-là pour vous ? »

Oui, parce qu'il faut vous dire que le contexte, là-bas, dans le verset, c'est le contexte du Korban Pessa'h, du sacrifice pascal. C'est-à-dire que le père est en train de faire le sacrifice pascal, et la Torah dit: peut-être qu'à ce moment-là, tes enfants viendront te dire: mais c'est quoi exactement ce que tu es en train de faire ? Ma avodah zot lachem. Là-dessus, la Haggada part dans une hystérie.

Il a osé dire, pour vous: « Qu'est-ce que c'est que ce travail-là pour vous ? » Pour vous, et pas pour lui. Il s'est exclu de la collectivité. Et s'il s'est exclu de la collectivité, c'est comme s'il reniait l'essentiel du judaïsme. Eh bien, il faut lui répondre dans les dents, hakeh et shinav, il faut lui répondre dans les dents, agressivement, en lui disant: c'est à cause de ça, de ce que tu méprises, de cette avodah, que moi, je suis sorti d'Égypte. Moi, pas toi. Si lui, il avait été là-bas, il ne serait jamais sorti.

Dur échange entre un père et son enfant. On a l'impression qu'on joue à celui qui aura le dernier mot, celui qui sera le plus agressif. C'est un peu bizarre. C'est d'autant plus bizarre que, en fait, qu'est-ce qu'il a tellement dit de mal, ce fameux racha ? Il a dit ma avodah zot lachem ? Qu'est-ce que c'est que ce travail-là pour vous ? Mais alors, tout dépend avec quel ton il l'a dit, vous comprenez ? S'il a dit: « Qu'est-ce que c'est que ce travail-là pour vous

? », évidemment, c'est un racha. Là, il s'exclut. Le lachem, à ce moment-là, « pour vous », c'est pour vous et pas pour lui. Mais s'il dit à son père, qui est en train de faire le fameux sacrifice pascal: ma avodah zot lachem, qu'est-ce que c'est que tu es en train de faire ? Eh bien, ça, ce n'est pas obligatoirement agressif. Le lachem, en tant que tel, le « pour vous », en tant que tel, ne justifie pas l'appellation de racha. Il n'y a pas le

ton. Il n'y a pas d'enregistrement, que je sache, dans la Torah. Comment est-ce qu'on sait sur quel ton il a parlé ?

Alors, la vérité, si vous regardez bien le verset (dans la Haggada, ça n'apparaît pas), si vous regardez bien le verset dans le livre de Chemot, vous verrez qu'il n'y a pas écrit « lorsque tes enfants te poseront une fois la question suivante ». Ce n'est pas écrit comme pour le sage, ou comme pour le tam, dans les quatre enfants: ce n'est pas écrit « lorsqu'ils te poseront des questions ».

Et donc, c'est écrit: Véhaya ki yomrou aléikhem banéikhem, lorsqu'ils affirmeront. En fait, c'est une affirmation: ils te jettent à la tête, ils te jettent à la figure: ma avodah zot lachem, et non pas ma avodah zot lachem ? À la fin de la tirade, il n'y a pas un point d'interrogation, comme pour les deux autres, mais il y a un point d'exclamation: ma avodah zot lachem ! Et c'est à cause de ça que nous savons que c'est un racha.

Et alors, à ce moment-là, puisque je sais que c'est un racha, j'en déduis que le lachem est un lachem d'exclusion, et non pas un lachem technique, parce que c'est toi qui fais le combat et pas moi. Mais ce n'est pas le lachem tout seul, vous voyez, qui fait la différence. C'est le yomrou, pas ce qu'ils disent, et pas parce qu'ils questionnent, vous voyez. Et puis, à partir du moment où je sais, parce que j'ai entendu que c'est un racha, alors à ce moment-là, même l'utilisation du mot avodah est significative.

Dans un contexte de sortie d'Égypte, avodah est le terme qu'on utilise pour décrire l'esclavage: avodah parekh, avodah kachah, avadé maïnou. Nous étions esclaves. Et donc, la vraie question du racha, et ce n'est pas une question facile à répondre, c'est: ma avodah zot lachem, qu'est-ce que c'est que cet esclavage pour toi ? Pourquoi est-ce que tu me racontes, depuis le début, que la fête de Pessa'h, c'est la fête de la liberté ? Zman heroutenou. Eh bien, ce n'est pas la liberté, t'as vu ta tête ? Surtout

celle de maman, qui, depuis trois semaines, brique le pont et nettoie la maison. Enfin, ce n'est pas de la… ce n'est pas une liberté, ça. Liberté, ça veut dire que tu es libre et que tu te conduis de manière agréable. Mais là, le judaïsme, ce sont des contraintes. Alors, bon, tu n'es plus l'esclave de Pharaon, je veux bien, mais tu es devenu l'esclave de Dieu. On t'a changé de maître. Mais esclave tu étais, et esclave tu es toujours. C'est ça, la question du rachat: *ma avodah

zot lachem*. Pourquoi prétends-tu que cette fête, c'est la fête de la liberté ? C'est une bonne question. Et moi, ça m'a pris beaucoup de temps pour comprendre ce que la Torah veut dire par là.

On peut objecter que la sortie d'Égypte est la fête de la liberté, alors qu'on a reçu juste après la Torah, qui est une forme de contrainte choisie librement. J'entends bien, mais c'est quand même une contrainte. Et donc, je vais vous dire à quel moment j'ai compris le sens de cette fameuse liberté. C'était il y a longtemps, lorsque j'ai fait mon aliyah, que je suis allé à l'armée, et que, comme j'étais déjà marié et que j'avais déjà un enfant, et même un enfant et demi, l'armée m'a dit: « Bon, écoute, tu es trop vieux pour nous, tu ne vas pas faire trois ans dans l'armée, tu vas en faire beaucoup moins. » Je suis donc allé dans une unité où il y avait des gens aussi âgés que moi, et même davantage.

Vous savez ce qui était très difficile ? Ce n'était pas tellement l'effort physique, parce que ça va, on n'est pas non plus très vieux. C'était le fait que celui qui nous donnait des ordres (vous savez, celui qui nous disait: « Vous avez quelques secondes, il faut vous mettre en rang, deux, trois, etc. », enfin comme on fait dans les armées, celui qui nous apprenait la discipline militaire) était un gosse de 18 ans, 19 ans. Pour nous, c'était un jeune, très jeune. Psychologiquement, ce n'est pas …

Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling

Dans la même série

Le Séder et la Haggada : Bnei Brak, les quatre fils, les quatre coupes et la liberté.

  1. 6
    Les quatre enfants de la Haggada, lus comme un seul enfant
    Rav Kling propose de voir dans les quatre fils un même enfant à différents stades de sa croissance, puis rattache la Haggada à l'appartenance au peuple.
    1 h 16
  2. 7
    Pourquoi la question du fils qui s'exclut est-elle lue comme un rachat ?
    Le Rav Kling examine le verset « Ma avodat hazot lakhem » et la lecture de la Haggada sur le fils qui se met à part.
    1 h 15
  3. 8
    Les quatre fils de la Haggada et les niveaux de réception
    Des quatre fils du Seder, du passionné à l'indifférent, et de la Torah qui est en nous.
    3 min
  4. 9
    Le fils sage et la réponse de la Haggada
    Pourquoi la Haggada remplace la réponse de la Torah par le dessert pascal, et ce que cela dit du judaïsme comme peuple.
    9 min
  5. 10
    Le méchant de la Haggada : la vraie question du rachat
    Pourquoi le verset de Chemot est une affirmation lancée, non une question, et ce que « avodah » y signifie.
    En cours de lecture
  6. 11
    Répondre au racha le soir du Séder
    Pourquoi la Haggadah conseille de répondre au méchant sur le même ton, et ce que sa réaction révèle.
    4 min
  7. 12
    Pessah : les quatre coupes et les quatre étapes de la Gueoula
    Pourquoi quatre verres de vin, lien avec les quatre expressions de la sortie d'Égypte et les étapes de la libération.
    7 min
  8. 13
    Les quatre langages de la Gueoula et la cinquième coupe
    Les quatre verres de Pessah suivent les quatre étapes de la sortie d'Égypte, et la cinquième coupe ouvre sur la Gueoula d'aujourd'hui.
    1 h 11
  9. 14
    La sortie d'Égypte et la dignité de chaque homme
    Le récit de Pessah 1946 à Latroun, puis la question de la dignité humaine chez Levinas et Kant.
    24 min
  10. 15
    Pessah et la liberté que l'on doit conquérir
    Pourquoi le Korban Pessah, la matzah et le maror doivent être liés, et ce que la sortie d'Égypte dit du peuple d'Iran.
    6 min

— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?

Une question sur ce cours ?

La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.

Commentaires et questions au Rav