Répondre au racha le soir du Séder
Pourquoi la Haggadah conseille de répondre au méchant sur le même ton, et ce que sa réaction révèle.
Rav Élie Kling
Ensuite : Pessah : les quatre coupes et les quatre étapes de la Gueoula, 7 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Connaissez-vous cette explication sur les quatre enfants de la Haggada ? Le sage, le méchant, le simple et celui qui ne sait pas poser de question. Connaissez-vous cette explication qui dit qu'il ne s'agirait en fait que d'un seul et même enfant, mais à différents stades de son évolution ?
Au début, quand il naît, il ne se pose pas de question, bien sûr, puisqu'il n'a pas l'usage de la parole. Mais même s'il avait l'usage de la parole, il ne pourrait pas poser de question.
Pour poser une question, il faut être conscient de soi-même, savoir que l'autre est l'autre et que l'autre a des réponses à nos interrogations. Or, le bébé, quand il est dans le ventre de sa mère, est persuadé que lui et sa mère, c'est la même chose. Et il a raison. Ce n'est pas parce qu'il est sorti maintenant et qu'on a coupé le cordon ombilical qu'il a compris que c'est un être à part. Pendant quelque temps encore, il croit que lui et le monde qui l'entoure, finalement, c'est la même chose. Il ne peut donc pas poser de questions. Absolument incapable.
C'est seulement lorsqu'il prend conscience de lui-même et qu'il est différent des autres que, par curiosité, il essaie de se comprendre et de comprendre le monde. Et alors la question qui lui vient aux lèvres, c'est toujours la question du simple de la Haggada: Mah zot ? Qu'est-ce que c'est ? Mais qu'est-ce que c'est ?
Le « qu'est-ce que c'est ? » peut quelquefois prendre cette forme-là, réellement, et quelquefois une forme un peu plus sophistiquée: pourquoi l'herbe du jardin est-elle verte et pas rouge ? Les enfants posent ce genre de questions pendant très, très longtemps.
Certains parents vous diront trop longtemps. Et une fois qu'il a passé le stade de l'éveil, de la curiosité et du Mah zot, du « qu'est-ce que c'est ? », il devient Racha. C'est la crise d'adolescence, la remise en cause de toutes les autorités, parentales, religieuses, scolaires. Évidemment, puisque les différences physiques entre lui et le monde des adultes s'atténuent et finissent par disparaître. Et aussi parce qu'il a de moins en moins confiance en ses parents.
Il a de moins en moins l'impression que ce sont les demi-dieux qu'il se figurait quand il était jeune. Après tout, ils ne connaissent pas tout, ils ne savent pas tout, et même ils sont incapables, bien souvent, il les a surpris, de rester fidèles aux valeurs qu'ils nous ont éduqués et enseignées. C'est la raison pour laquelle tout le monde passe par ce stade d'adolescence et de crise. Ça peut prendre des formes différentes d'un enfant à l'autre, mais on passe tous par là.
Et à la fin, on est censé arriver au stade du Hakham, c'est-à-dire de celui qui, par sagesse, comprend que pour que ça fonctionne, la société doit être hiérarchisée. On est tous le patron de quelqu'un et l'employé de quelqu'un d'autre. Ça n'a pas d'importance, puisque le but est commun.
Je voudrais ajouter un petit mot concernant le Racha. Il pose des questions très provocatrices, et la Haggada nous conseille de lui répondre sur le même ton. Toi aussi, réponds-lui de manière très provocatrice. L'expression qu'on utilise là-bas, c'est « Hakhé et chinav », « agace-lui les dents ». Tout le monde se souvient de cette expression un peu colorée. Mais pourquoi cette expression ?
J'avais entendu cette explication d'un ancien ministre de l'Éducation israélien, dont le père était dentiste. Quand il était petit, il aimait aller dans le cabinet de son père pour voir comment ça se passait. Une chose lui plaisait énormément: voir son père envoyer de l'air froid sur la dent gâtée, et observer la réaction, le sursaut du patient.
Un jour, il demande à son père: « Mais pourquoi tu lui envoies de l'air froid ? » Et son père répond: « Parce que c'est important pour moi de savoir si on peut encore soigner la dent ou pas, tu vois ? S'il y a encore un nerf, s'il y a encore quelque chose, le patient va sursauter. S'il ne sursaute pas, c'est que c'est terminé et on peut l'enlever. »
Finalement, peut-être qu'en agaçant les dents du Racha, on fait un test du même genre: est-ce qu'il lui reste encore quelque chose ? Est-ce qu'il lui reste encore quelque chose qui le rattache à l'identité juive ? S'il sursaute en disant « mais pourquoi tu me parles sur ce ton, je suis un Juif comme toi », c'est qu'on est sur la bonne voie et qu'il y a encore quelque chose à faire. S'il dit « bon, si c'est comme ça, de toute façon tu ne m'intéresses pas », c'est que là, ça devient très grave. On est déjà passé au stade de celui qui ne pose pas de questions.
Bonne fête à tous ! Chalom et à bientôt !
Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling
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