Le fils sage et la réponse de la Haggada
Pourquoi la Haggada remplace la réponse de la Torah par le dessert pascal, et ce que cela dit du judaïsme comme peuple.
Rav Élie Kling
Ensuite : Le méchant de la Haggada : la vraie question du rachat, 8 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom à tous. On aimerait tous avoir parmi les quatre enfants de la Haggada le sage comme fils. C'est mieux aussi, déjà. Vous vous rappelez, il y en a quatre. Il y a le hakham, le sage. Le rasha, le méchant, l'impie. Le tam, le simplet ou le naïf, qui n'est pas non plus le rêve de tout parent juif. Et puis celui qui ne sait pas poser de questions. Celui-là, c'est le pire. Apparemment, il est indifférent, on ne sait pas très bien comment le prendre.
Le hakham, alors, le sage, très bien. Comment est-ce que la Haggada sait qu'il s'agit d'un sage ? C'est parce que dans la Torah, lorsqu'on lui met dans la bouche la question qu'il est censé poser, transparaît tout de suite sa sagesse: Ki yishalkha bincha mahar lemor, lorsque ton fils te posera un jour la question: mah ha'edot veha'houkim veha'michpatim, quelles sont les témoignages, les lois et les règles ?
Il faut savoir qu'en hébreu il y a des nuances, mais en français on n'est pas très doués pour ce genre de nuances. Asher tsiva Hachem Elokeinu etkhem, que l'Éternel, notre Dieu, vous a ordonnés. Évidemment, c'est un sage, un hakham, puisqu'il connaît déjà des lois et qu'il sait les classer par catégories: des edot, des houkim, des michpatim. Et alors, lorsque le sage te pose la question, « mais quelles sont les lois ? », il faudra lui répondre la chose suivante.
J'allais vous lire la réponse telle qu'elle figure dans la Torah, mais peut-être d'abord la réponse telle qu'elle figure dans la Haggada. Parce que, curieusement, ce n'est pas la même réponse. Dans la Haggada, le père est censé dire à son fils, le sage: Ein maftirin acharei hapesah afikoman. C'est une halakha qui veut dire qu'on ne prend pas de dessert après avoir mangé du sacrifice pascal.
Afikoman, ça veut dire dessert. Maftirin, on ne termine pas. Acharei hapesah, après avoir mangé la chair du sacrifice de Pessa'h. Le sacrifice de Pessa'h, on ne le faisait pas le soir du Seder, on le faisait quelques heures avant. On gardait la partie comestible pour le soir du Seder. La Haggada nous dit donc: sache que la partie comestible, la viande du korban Pessa'h, tu la prendras en dessert, à la place du dessert. Il n'y aura pas d'autre dessert après.
Et quel rapport avec la question ? Il a demandé quelles sont les lois, les lois et les lois que l'Éternel, notre Dieu, vous a ordonnées. Parmi les centaines, les milliers, les dizaines de milliers de lois et de détails, surtout concernant la fête de Pessa'h, on répond par ce détail vraiment anecdotique. On doit terminer la soirée pascale par la chair du korban Pessa'h, c'est quand même bizarre.
Et d'autant plus bizarre que la Torah ne dit pas que c'est ça qu'il faut répondre. La Torah donne une autre réponse. Là, ce n'est pas seulement bizarre que la Haggada ait changé. C'est même un petit peu... comment dit-on en hébreu ? La chutzpah ! La Torah te dit: s'il pose la question X, il faut lui donner la réponse Y. Et la Haggada dit non, non, non: s'il pose la question X, tu lui donnes la réponse Z, laisse tomber la Y.
Alors c'est quoi, la Y ? Je reviens sur le texte lui-même. Il faut lui répondre: « Nous étions esclaves de Pharaon en Égypte. » Jusque-là, ce n'est pas non plus une réponse à la question. Je vous rappelle qu'il voulait des lois, et nous, on est censés lui rappeler qu'on était esclaves en Égypte. À mon avis, il doit le savoir. S'il est sage et qu'il sait qu'il y a des edot, des houkim et des michpatim, il doit savoir qu'on a été esclaves en Égypte. C'est un truc qu'on apprend au jardin d'enfants.
Vayotsi'enu Hachem mimitsrayim beyad hazaka. Dieu nous en a sortis d'Égypte d'une main forte. Je me doute qu'il doit savoir ça aussi. Pour l'instant, c'est un petit peu à côté de la réponse. Vayiten Hachem otot umoftim gedolim vera'im bemitsrayim beFar'o uvekhol beito le'einenu. Dieu a fait des miracles énormes, devant nos yeux, contre Pharaon et toute sa maison. Oui, mais ça, il le sait aussi. C'est la sortie d'Égypte, quoi. Tout enfant juif le sait, pas besoin d'être sage pour ça.
Alors on commence à perdre un peu patience. Quand va-t-on répondre à la question ? Ah, voilà: « Et nous, il nous en a sortis pour nous donner la terre d'Israël. » La Torah fait du sionisme, maintenant ? Mais pourquoi ce ne serait pas une réponse à la question ? La question, c'est: quelles sont les lois ? Et on vient de raconter une histoire hyper connue, basique, en disant qu'on nous a sortis de là-bas pour nous donner Erets Israël. Très bien. Hachem nishba laavoteinu: Dieu l'a juré à nos ancêtres. Bon, j'imagine. Il savait, nous, que Hachem... la sot et kolachukim. Ah, on y vient !
Dieu nous a ensuite ordonné de faire toutes ces lois. Mais quelles lois, alors ? Lui, il demande quelles sont les lois. Donne-lui des lois. Non, au lieu de lui donner des lois, tu fais d'abord un énorme rappel historique qui est censé être connu de ce garçon, et après tu dis: oui, il nous a donné des lois. Mais il le sait qu'il nous a donné des lois, puisque justement, il demande des lois. Nous voilà très embêtés, finalement.
La question du hakham est une question intelligente, d'accord ? La réponse de la Haggada est curieuse, c'est une sorte de dessert. La réponse de la Torah, elle, est bizarre, et à côté de la plaque, si vous voulez. Comment comprendre tout ça ? Je vais vous dire ce qui se passe. C'est vrai qu'on a tous rêvé d'avoir un fils hakham. Mais il faut se rendre compte que même le fils hakham a quelques problèmes, enfin, quelques risques. Il demande des lois, des lois et des lois. Il est enthousiasmé par le côté rituel de la Torah. Il veut connaître encore plus de lois, et encore, et encore.
Le danger, c'est qu'il finisse par croire que la Torah est une somme de lois. Autrement dit, que le judaïsme est une religion. Et que si quelqu'un a étudié les 613 commandements et les pratique, c'est bon, il est juif à 100 %. Ah oui, mais non. Si c'était ça, le judaïsme, ce serait en effet une religion. Mais vous savez, chers auditeurs, que ce n'est pas une religion. Le judaïsme, ce n'est pas une religion. Le judaïsme, c'est d'abord l'appartenance à une nation, à un peuple.
C'est justement ça que la Torah essaie de lui rappeler. Tu demandes quelles sont les lois, les lois, les lois. C'est bien, je préfère un enfant qui veut étudier et connaître toutes les lois plutôt qu'un rasha qui n'a envie de rien du tout. Mais n'oublie jamais que tout a commencé par un événement historique qui nous a tous pris en charge. On était en Égypte, on en est sortis d'une main puissante, et on nous a donné Erets Israël. Parce que si …
Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling
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