La faute des explorateurs et le 9 Av au désert
Pourquoi les dates du Veau d'or et des explorateurs se répondent, et ce que craignaient les explorateurs face à l'entrée en Erets Israël.
Rav Élie Kling
Ensuite : Ticha BeAv et la faute des explorateurs, 44 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
— Erev tov, shalom à toutes et à tous ! Nous sommes très contents de nous retrouver avec le Rav Kling. Même en période de vacances, nous sommes là pour étudier avec vous et pour vous écouter. Vous voulez nous parler de la mort du prophète Iyov, de Job, Rav Kling ?
— Oui, moi je ne l'ai pas appelé prophète, c'est vous qui avez mis « prophète ». — Bah, il a quand même parlé à Dieu à un certain moment, non ? — D'accord, d'accord… Je ne sais pas. D'accord, vous avez raison.
Tov, béseder. Pourquoi Iyov, on va le voir dans un instant. Nous approchons de Rosh Hodesh Av, et donc de Ticha BeAv. Nous sommes en pleines trois semaines, entre le 17 Tammouz et le 9 Av.
Comme vous le savez, le 17 Tammouz et le 9 Av sont des dates importantes pour l'histoire de Jérusalem et la destruction du Temple. Le 17 Tammouz correspond à la première brèche dans les murailles de Jérusalem, et le 9 Av à la destruction du Temple, du premier comme du second. C'est essentiellement ce qui s'est passé à ces deux dates.
Comme vous le savez aussi, même si ce n'est pas écrit de manière explicite, le 17 Tammouz et le 9 Av ont également d'autres connotations… Ce n'est pas exactement la même année, hein. Ce n'est donc pas comme Tammouz et le Nefav des trois semaines, car là-bas il s'agit vraiment de trois semaines. Pour Jérusalem, c'est trois semaines après la brèche que le Temple a brûlé.
En ce qui concerne l'histoire du Sinaï, les tables brisées ont eu lieu la première année, quelques mois après Chavouot, juste la première année de la sortie d'Égypte. En revanche, l'histoire des explorateurs se situe bien le 9 Av, mais l'année suivante. C'est au moment où ils devaient s'organiser au pied du Sinaï: après s'être comptés, s'être séparés par tribus, avoir mis les drapeaux là où il fallait, et avoir construit le Mishkan. Tout cela a pris du temps. Ensuite, il y a eu les quarante jours d'exploration, puis le retour quarante jours plus tard, donc le 9 Av.
Ce n'est pas écrit que les tables ont été brisées le 17 Tammouz, ni que les explorateurs sont revenus d'Erets Israël le 9 Av. Mais c'est facile à démontrer à partir du récit, ce n'est pas si compliqué. On peut y arriver facilement. Donc, même si ce n'est pas écrit, on sait que ce sont ces dates.
Longtemps, je me suis posé la question suivante: de la même façon qu'il y a un rapport direct entre les deux dates à Jérusalem, puisque la brèche a rendu possible la destruction, le 17 Tammouz est la première étape d'un processus qui mène au 9 Av. Bon, ça peut être la deuxième étape, cela dépend de là où l'on commence à compter, mais il est clair qu'il y a un rapport très étroit entre le 17 Tammouz et le 9 Av pour ce qui s'est passé à Jérusalem.
Maintenant, au niveau du Sinaï, je me suis toujours demandé si c'était un simple hasard que ce soient les mêmes dates, ou s'il y avait aussi une sorte de lien entre le veau d'or, les tables qui se brisent, et les explorateurs, comme dans l'histoire de Jérusalem. Vous allez me dire que cela semble évident: c'est une grosse faute, et c'en est une deuxième. En vérité, parmi tous les péchés d'Israël dans le désert, les deux plus grands sont le veau d'or d'une part et les explorateurs de l'autre, les deux ayant failli provoquer la fin de l'aventure. Il en fallait très peu pour qu'Israël disparaisse complètement, dans le premier cas comme dans le deuxième. Ce n'est donc finalement que la tefilah de Moshé qui a remis les choses en place, malgré évidemment les punitions, d'un côté comme de l'autre.
Il y a donc évidemment un rapport. Mais est-ce qu'il y a un rapport plus profond ? À part le fait de dire que ce sont deux grosses fautes, est-ce que, de la même façon que le 17 Tammouz de Jérusalem prépare le 9 Av de Jérusalem, le 17 Tammouz du veau d'or prépare le 9 Av des explorateurs ? En y réfléchissant, oui, on peut le dire. Pourquoi ? Parce que, si l'on veut résumer la faute des explorateurs en une phrase, qu'est-ce que c'est ?
C'est la faute de gens qui pensaient que Dieu n'était pas obligatoirement le Dieu de l'histoire, en tout cas pas pour le moment. Ils préféraient le garder comme le Dieu des quatre coudées de la halakha. Car si vous n'entrez pas en Erets Israël, si vous êtes en plein désert du Sinaï, et que vous décidez soit de retourner en Égypte, comme ils l'ont demandé, soit de rester à tourner en rond dans le Sinaï, alors que faites-vous tous les matins ? Vous étudiez la loi.
Vous étudiez la loi, c'est-à-dire que vous reconnaissez Dieu comme celui qui donne la loi, le grand Législateur, avec un grand L, mais vous refusez d'entrer dans l'histoire en marche, puisque vous refusez de sortir du désert, de sortir de cet endroit qui est très impressionnant mais qui ne présente aucune possibilité de faire avancer les choses, de faire avancer l'histoire. Rester dans le désert, mourir dans le désert, ou retourner en Égypte, c'est refuser à Dieu sa fonction historique. C'est peut-être le Dieu de la loi, d'accord, mais ce n'est pas le Dieu de l'histoire.
Je pense aussi que, dans l'histoire de Hegel, il y a cette idée de figer, si vous voulez, Dieu une fois pour toutes dans le désert. Un veau qui a été fait par l'être humain, c'est finalement un dieu qui est apporté mais qui manque de dynamisme, et qui fait qu'on va finalement tourner en rond. Ce n'est pas qu'on ne va pas progresser sur le plan spirituel: chaque jour on va étudier davantage, mais il n'y aura pas cet aspect historique.
Et que représente la rentrée en Erets Israël ? On tourne en rond, c'est le cas de le dire; ils vont tourner en rond dans le désert. Et peut-être que je m'avance, je ne sais pas, mais le mot égel rappelle peut-être igoul, le hagoul, c'est-à-dire le cercle. Et le égel, surtout quand il est or, c'est-à-dire figé, représente finalement cette manière de tourner en rond. Parce que même si l'on progresse dans sa compréhension de la loi, on tourne en rond au niveau de l'histoire. L'histoire ne peut évidemment pas avancer dans le Sinaï, ni dans le désert; elle ne peut que provoquer une répétition interminable de la même chose. Vous vous levez le matin, vous tournez: soit vous restez assis pendant deux ou trois ans au même endroit, soit vous passez d'un endroit à un autre, mais finalement c'est pour tourner en rond.
[07:51–08:18] On refuse à Dieu, et donc au peuple juif, cette entrée dans l'histoire, et on lui préserve, avec beaucoup de précautions, une identité qui reste une identité spirituelle et religieuse, mais pas plus que cela: pas une nation.
Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling
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— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
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